An Ordinary Woman by ClapMag
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An Ordinary Woman : la maman et les putains

Comme chaque année, la programmation du IXe Festival Séries Mania nous permet de découvrir des créations venues du monde entier et qui ne trouveront très probablement jamais le chemin de nos écrans français. Présentée en compétition internationale, la Russe An Ordinary Woman est l’un des coups de cœur des sélectionneurs. Malgré de vraies qualités de fond et une héroïne intrigante, on peine un peu à comprendre pourquoi…

Dans son discours d’introduction, Laurence Herszberg, présidente de Séries Mania, a d’entrée de jeu attisé notre curiosité. Toujours en plein tournage, l’équipe d’An Ordinary Woman s’est démenée pour présenter soixante-cinq minutes (soit un épisode et demi) de cette série prévue en 8x50min. Créée par Valery Fedorovich et Evgeny Nikishov, des showrunners « extrêmement féministes » selon les dires de Laurence Herszberg, An Ordinary Woman met en scène Marina, 39 ans, mère de deux filles compliquées et gérante d’une boutique de fleurs pour le coup peu florissante. « Une femme ordinaire », donc… en apparence. Car Marina est un peu la Walter White russe. Derrière sa discrétion et son quotidien pas bien marrant se cache une proxénète revêche et très organisée. Aussi dure en affaire que douée pour embobiner les filles dont elle s’occupe et dont elle vend la virginité sur WhatsApp, Marina gère sa double-vie avec une aisance déconcertante pour une femme enceinte a priori effacée. Jusqu’au jour où, évidemment, vie publique et vie secrète dérapent en moins de 24h.

Dans An Ordinary Woman, les femmes prennent toute la place. Les hommes, peu présents, peuvent être réduits à leur libido mal placée, leur manque d’investissement ou leurs reproches. Face à eux, les femmes se battent pour exister, pour survivre, pour être indépendantes, chacune à sa manière. En usant de la perversion des hommes à leur avantage (quitte à donner un peu de leur personne), en prenant de la distance ou en faisant des choix drastiques. Insaisissable, le visage hermétique, Marina (interprétée par la comédienne et présentatrice Anna Mihalkova) peut aussi bien se révéler détachée face au comportement évasif de son mari qu’omniprésente et autoritaire avec les filles qu’elle exploite et protège. Pleine de contradictions, Marina est sans hésitation la grand réussite de la série et cristallise à elle seule bien des interrogations sociales, sexuelles ou financières de la Russie contemporaine. Dommage alors que la forme ne suive pas et qu’An Ordinary Woman se révèle finalement bien plus ordinaire que son héroïne. Histoires de familles communes à tous les dramas (quelles que soient leurs nationalités), personnages déjà agaçants, sans oublier la petite musique à la Desperate Housewives soulignant les passages plus légers : à notre grand regret, la série embaume ses atouts – et ses spectateurs – dans un déjà-vu déroutant. Face à d’autres concurrentes aux pitchs plus novateurs (On The Spectrum, The Rain, Ad Vitam), on ne donne pas cher de sa peau en compétition officielle. Cette extraordinary woman aurait mérité plus de panache et de personnalité.

Russie. Créée par Valery Fedorovich et Evgeny Nikishov. Avec Anna Mihalkova, Boris Hlebnikov, Alexandra Bortich. 8×50 min. Diffusion à venir (encore en tournage).

Gauthier Moindrot

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi. Une identité se forge quand elle peut ! Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Voue un culte à Zach Braff, Jim Carrey, Guillermo DelToro, Quentin Tarantino et Balthazar Picsou (because why not ?).

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