Films

Belgica : Tribulations rock’n’roll

« Bienvenue dans votre lieu de perdition favori ! » ; tel est le leitmotiv, lourd de sens après visionnage, du cinquième long métrage de Felix Van Groeningen. Incursion immersive dans le monde de la nuit belge, ce nouvel opus vient par ailleurs d’être sacré du Prix de la Meilleure Réalisation au Festival du film de Sundance. Une statuette amplement méritée pour ce cinéaste talentueux qui fait passer le spectateur du rire aux larmes avec grâce durant l’intégralité de ce film énergique et prenant. Après Alabama Monroe (2012), Felix Van Groeningen revient en force avec l’impétueux et très rock’n’roll Belgica. Une pépite visuelle et sonore à consommer sans modération.

Pour ce nouveau projet, le réalisateur nous conte l’histoire de Jo, célibataire passionné de musique qui vient d’ouvrir son propre bar, le Belgica, et de son frère aîné Frank, père de famille à la vie bien rangée et monotone. Ce dernier propose un coup de main à son jeune frère pour faire tourner le bar, et sous l’impulsion de ce duo détonnant, le Belgica devient en peu de temps LE bar huppé de la ville de Gand, avec son lot de dérives et d’euphorie… Si La Merditude des choses (2009) est une adaptation du roman de Dimitri Verhulst, et Alabama Monroe celle de la pièce de théâtre écrite par Johan Heldenbergh et Mieke Dobbels, Belgica est pour sa part un scénario original imaginé par Felix Van Groeningen et Arne Sierens. Il faut dire que le réalisateur connaît son sujet, puisque ce film s’inspire en grande partie de son vécu. En effet, son paternel Jo Van Groeningen a tenu un bar entre 1989 et 2000, le Charlatan, devenu par la suite un club, avant que celui-ci ne soit racheté par deux frères, dont la relation s’est largement effritée avec le temps. Ces derniers ont directement inspiré les deux personnages principaux de Belgica. Ayant baigné dans cet univers dès son plus jeune âge, Van Groeningen combine ces éléments et retranscrit l’évolution de ce lieu qu’il a côtoyé une bonne partie de sa vie avec brio. Une évolution qui est d’autre part universelle dans le milieu de l’entreprenariat, puisqu’un lieu qui grandit doit forcément abandonner une partie de ses idéaux pour que celui-ci fonctionne et perdure. Dépeindre les aléas de cette « mini société » qu’est le Belgica, une « putain d’Arche de Noé » comme le dit fièrement Frank, tel est la belle ambition du réalisateur. Et c’est réussi.

Belgica 3

© Pyramide Distribution.

Belgica a par ailleurs également pour lui une panoplie de personnages – et surtout de comédiens – attachants et justes. A commencer par Jo, interprété par le touchant Stef Aerts, chétif gérant borgne et réservé du Belgica, et le fêtard fonceur Frank, campé par le chanteur guitariste bluffant Tom Vermeir, qui renaît dans ce bar à succès à base de sexe, de drogue et d’alcool, laissant sa petite famille de côté en dilapidant leur argent pour assouvir ses excès. Ces deux compères évoluent parmi des seconds couteaux tout aussi atypiques et bons dans leurs rôles respectifs. Comme dans La Merditude des choses ou Alabama Monroe, Felix Van Groeningen pose ici encore une réflexion sur les liens familiaux, l’amour, le sexe, la nature humaine et plus largement sur la vie. L’ensemble est puissamment sublimé par la bande originale très rock’n’roll à tomber composée par les frères flamands Dewaele, aka Soulwax, qui ont pour l’occasion inventé les groupes musicaux The Shitz ou encore They Live de toutes pièces ! L’atmosphère visuelle ne déroge point à la règle et est tout aussi réussie, avec des séquences de soirées et de concerts électrisantes où il nous est difficile de ne pas dandiner sur notre fauteuil. L’immersion dans la vie du Belgica est totale durant ces (courtes, pour le coup) deux heures sept, et nous redoutons rapidement le générique de fin clôturant ce film « très belge » d’une grande beauté, qui fait du bien et dont on ne ressort pas indemne.

Réalisé par Felix Van Groeningen. Avec Tom Vermeir, Stef Aerts, Hélène Devos… Belgique, France. 2h07. Genre : Comédie dramatique. Distributeur : Pyramide Distribution. Sortie le 2 mars 2016.

Crédits Photo : © Pyramide Distribution.

Camille Griner

Touche-à-tout, Camille a écrit et réalisé plusieurs courts métrages, et tenu différents postes sur des projets courts (première assistante, chef opératrice, cadreuse, scripte, photographe de plateau). Elle officie également en tant que directrice de casting sur des courts et moyens métrages. En parallèle, elle écrit pour Les Ecrans Terribles et Boum! Bang!, photographie compulsivement tout ce qui l’entoure, et voue un culte inexplicable aux ratons laveurs, aux Clash et à la chèvre Djali dans "Le Bossu de Notre Dame", entres autres.

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