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Belinda, une histoire d’amour et de résilience

Présenté à l’ACID, Bélinda dresse le portrait d’une jeune Yéniche d’Alsace. Un documentaire réalisé sur quinze ans, romanesque et poétique, véritable ode à la rage de vivre.

Belinda a 23 ans et s’apprête à se marier. Il s’agit de la troisième rencontre cinématographique entre  Marie Dumora et la jeune fille. La première fois, elle avait tout juste 9 ans et vivait dans un foyer avec sa sœur Sabrina dont elle allait être séparée. Elle avait la « grâce des personnages de Chaplin si fortement ancrés dans le présent », se rappelle la cinéaste. Aujourd’hui, elle a retrouvé sa famille qui appartient à la communauté Yéniche, des semi-nomades d’Alsace. Son père est sorti de prison mais c’est Thierry, son fiancé, qui est désormais derrière les barreaux. Entre les visites au parloir et le choix de la robe de mariée, Bélinda tente de garder le cap, de s’accrocher à ses rêves romantiques. Car ce n’est pas un simple documentaire social qui nous est présenté, mais un « vrai film » d’amour.

L’œuvre de Marie Dumora s’est construite au fil des rencontres. Belinda et sa sœur Sabrina, leurs voisins Manouches, la musique jazz de Forbach, ses films se répondent et se complètent jusqu’à tisser une généalogie de l’intime. Un Boyhood de Richard Linklater à la sauce alsacienne et façon documentaire. La trame de ce dernier long métrage respecte d’ailleurs la chronologie de la vie de Belinda. Nous la découvrons enfant, la mine boudeuse, déjà déterminée. Puis, à 15 ans pour le baptême de son neveu. Ces séquences, tout en expliquant son histoire singulière, octroient à son personnage un caractère universel. Un parti pris pleinement assumé par la réalisatrice qui revendique un cinéma à la « Bresson », avec une caméra volumineuse, au plus près des protagonistes. Il n’est pas question de disparaître, de faire oublier le dispositif cinématographique, mais de créer une histoire, ensemble : offrir à une existence marginalisée la grâce des tragédies antiques, aux oubliés la dignité des héros romanesques.

Offrir à une existence marginalisée la grâce des tragédies antiques, aux oubliés la dignité des héros romanesques.

On peut cependant regretter que ce désir de réhabilitation convoque un paysage culturel bien loin de celui de Belinda. Il y a peut-être un « petit côté Paulette Goddard » chez la jeune Alsacienne, comme l’affirme Dumora. Mais son quotidien reste aux antipodes des lumières hollywoodiennes. Certes, il serait mal venu de reprocher à une cinéaste d’observer le réel par le prisme de ses références filmiques. Ou à un documentaire de marcher sur les plates-bandes de la fiction. Néanmoins, l’effet pervers d’une légitimation qui s’appuie sur la comparaison avec ce que l’on nomme pompeusement la « grande culture » est d’accroître le fossé entre deux univers quand on voudrait, au contraire, le réduire.

Une dissonance, heureusement, rapidement expédiée par des scènes d’une incroyable justesse, à l’instar des conversations que Belinda et son père tiennent dans leur cuisine exiguë, en fumant des cigarettes. La subtile évocation de l’histoire familiale marquée par la barbarie nazie, les discussions sur le sens du mariage et le rôle des époux. Et cette maladresse qui devient le revers de l’engagement sincère qui semble guider la réalisatrice, se dissout finalement dans la sincérité farouche d’une jeune amoureuse de 23 ans.

Écrit et réalisé par Marie Dumora. Avec Belinda Baudein, Thierry Baudein, Sabrina Bensmail-Muller, Frantz Muller. Documentaire. France. 2018. 1h47. Distributeur : NewStory. Sortie : 10 janvier 2018.

Léa Casagrande

Des Beaux Arts à la philosophie, de Jurassic Parc à Jeanne Dielman, il n'a jamais été question de choisir. Mais le cinéma n'est-il pas, justement, le lieu rêvé pour tous les incohérents qui ont refusé de trancher entre un vélociraptor et un éplucheur à pomme de terre ?

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