Quand je serai mort
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Berlinale : road-movies restaurés

Parmi les centaines de films montrés chaque année, le festival de Berlin présente à chaque fois une vingtaine de films restaurés, dans la section dédiée de la rétrospective mais aussi au Forum. Cette année, on a pu y voir, entre autres, le premier opus des films mexicains mettant en scène le catcheur masqué El Santo, et surtout deux road-movies, très différents l’un de l’autre.

quand-je-serai-mortQuand je serai mort et livide nous transporte dans la Yougoslavie (dans la zone serbe) de 1967. Son auteur Živojin Pavlović, était l’un des représentants de la nouvelle vague du cinéma yougoslave des années soixante, désignée comme une “vague noire” pour son pessimisme, et qui étouffé sous l’effet de la censure dans les années soixante-dix. Jimmy Barka, une vingtaine d’années, alias Janko, se fait aussi appeler Jimmy Boat. Il revient voir sa mère, blanchisseuse en usine, après trois ans de vadrouille. Il travaillait lui aussi dans une usine, le chef y violait les jeunes ouvrières. Jimmy veut en finir avec cette vie à dormir à deux hommes dans un lit une place le jour pour aller travailler à l’usine la nuit, dans cette Yougoslavie où il n’est pas même possible de faire grève « parce qu’on est dans un État ouvrier », comme le dit un chef à des travailleurs revendicatifs. Jimmy, lui, voudrait être chanteur. Il repart, en voiture, en train, en bateau. Il tombe dans les bras d’une chanteuse blonde aux allures de Marilyn de l’Est, puis dans ceux d’une contrôleuse de train entre deux âges et d’une toute jeune femme apprentie dentiste. Il chante dans des bals de province, pour les soldats d’une garnison, avant de se retrouver à Belgrade dans un concours de chanson pop, qui déferle alors en Yougoslavie comme ailleurs dans le monde. Un beau film sur la révolte et sur la jeunesse, un film rebelle et déjà tout à fait désillusionné.

En 1977, le cinéaste américain James Benning présentait au Forum de la Berlinale 11 x 14, son premier long métrage. Le film y est revenu cette année en copie 35 mm restaurée. Dans cette œuvre sans dialogue, le réalisateur parcourt les États-Unis pour en saisir des tableaux vivants emblématiques de la réalité et de l’imaginaire du pays. Un groupe de jeunes gens qui sort d’une voiture sur le parking d’un motel, une rixe à la sortie d’un bar, de l’épaisse fumée qui s’échappe d’une cheminée d’usine sur de la musique folk, trois golfeuses en pleine partie, une ville sidérurgique, des panneaux publicitaires de bords de route, deux femmes nues sur le lit d’un motel dans une tendre caresse au ralenti… Tout cela pourrait être ennuyeux, c’est en fait fascinant. Parce qu’il se passe toujours quelque chose à l’écran, l’image est sans cesse en mouvement. Et parce qu’elle est aussi d’une qualité exceptionnelle. Les couleurs du 35 mm, les verts, les rouges en particulier, irradient l’écran. De ces décors, saisis sur pellicule, se dégage une sensation intense de réalité de plus en plus rare dans l’expérience du spectateur.

Images : © Yugoslav Film Archive, Österreichisches Filmmuseum © James Benning

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