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Cannabis : pur kif

La nouvelle série d’Arte nous plonge pendant six épisodes haletants dans ce commerce triangulaire moderne qu’est celui du cannabis, produit et conditionné au Maroc, vendu en gros en Espagne et dealé en barrettes dans les cités françaises. La meilleure idée de la chaîne franco-allemande ? Avoir confié la réalisation à la jeune Lucie Borleteau, remarquée avec son très beau premier film Fidelio, l’odyssée d’Alice.

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Du Rif marocain à une cité de banlieue française en passant par les bordels glauques de Marbella, Cannabis avait tout du projet casse-gueule : une action éclatée entre trois pays, des implications dans le grand banditisme, le petit deal et la politique de la ville. Sans oublier les motifs classiques (pour ne pas dire shakespeariens) de toute série de gangsters qui se respecte : les oppositions fratricides, les relations père-fils, la force salvatrice des figures féminines (mère, grand-mère…), les héritages, les dettes  et les paroles d’honneur jamais tenues.

D’un côté (à Marbella, en Espagne), Anna Belhadj (sublime Kate Moran) perd Farid, son caïd de mari, et se retrouve à devoir gérer un lourd héritage : Le Princess, un bordel en perte de vitesse qui sert à blanchir l’argent, et une dette présumée de deux millions d’euros auprès du baron local El Feo (Pedro Casablanc), monstre spectral à sang froid. De l’autre (une cité de banlieue parisienne), le petit dealer Shams (la révélation Yasin Houicha, acteur félin sur qui le cinéma va devoir compter), neveu de Farid, a maille à partir avec le taulier du quartier, Morphée. C’est Christophe Paou, toujours dangereusement ambigu même sans sa moustache de L’Inconnu du lac, qui interprète ce Morphée, dealer puissant et violent qui fait une utilisation très respectueuse de la fonction de sa garçonnière. Quand un chargement n’arrive pas à destination et qu’une jeune maire a des velléités de débarrasser le quartier des trafics bien rodés, tout se dérègle façon cascade de dominos…

→ Retrouvez l’intégralité de ce texte dans Clap! #12

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Playlist : Trois titres commentés par Lucie Borleteau

« Cannabis », générique de la série (radio mix) par Jesus Diaz

Composée, écrite et enregistrée à Barcelone par Jesus Diaz, la chanson mélange l’Espagnol et l’Arabe, les styles et les instruments. Mon fantasme c’était la Mano Negra de mon adolescence, mais j’avais fait écouter à Jesus une chanson de Cypress Hill, une chanson de Horace Andy et un titre de Son Little qu’on a d’ailleurs utilisé, « Loser blues ». Je voulais que ce soit la musique qui dise « CANNABIS », les paroles ne parlent pas du trafic mais évoquent les destins de nos personnages et sont poétiques, nostalgiques.

« Esset abl el noom » par Bu Kolthoum (Episode 1)

Pour le premier raccord entre Yassine et son fils Shams, la monteuse Gwen Mallauran a posé le rap syrien de Bu Kolthoum. On s’est fait traduire les paroles, qui évoquent un jeune homme qui sort d’un immeuble détruit par une bombe. Pour moi cette musique est comme une ballade dédiée à la trajectoire de Shams qui va devoir quitter sa cité comme on part au front, en bon soldat.

« La mort sur le dancefloor » par Vitalic (Episode 6)

J’ai découvert Vitalic le soir du réveillon, alors que nous sortions tout juste de 13 semaines de tournage. J’ai été conquise de manière complètement animale, instinctive, par la musique de Vitalic, et dans cette chanson j’ai retrouvé la voix de Sexy Sushi que je connaissais déjà un peu. Je me suis dit tout de suite que ce morceau aurait une place dans l’épisode 6, que j’avais surnommé « La Muerte ». C’est toujours délicat quand il y a des paroles en français, mais en salle de montage le titre a été  très vite magnétiquement lié à nos images. Rendez-vous au dernier épisode pour voir qui a survécu…

Vous pouvez écouter Cannabis sur Soundcloud

Diffusion de la série sur ARTE les jeudis 8 et 15 décembre à 20h55 (2 x 3 épisodes).
Album disponible en 2CD et Vinyle le 9 décembre.

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