Films

C’est la fin : critique

La fin d’une époque

Baruchel, Cera, Rogen, Hill, Franco, McBride et tant d’autres (en fait toute la jeune garde de la comédie US, passée par l’école Apatow) réunis dans un seul et même film, dans leurs propres rôles ? C’est le pari de Seth Rogen et Evan Goldberg (moins connu que ses petits camarades car il n’apparaît jamais à l’écran, ce dernier n’en est pas moins une pièce maîtresse du rire US puisqu’il a scénarisé SuperGrave et Délire express entre autres) et là où le film de potes tend à se morfondre dans des longs métrages nombrilistes et excluants (Nous York, Les petits mouchoirs), Rogen et sa clique transcendent le genre, brassent les univers et livrent la comédie la plus fendarde de l’année 2013.

Partant d’un pitch improbable (Seth Rogen et Jay Baruchel sont invités à la pendaison de crémaillère de James Franco, où tout le gotha comique est réuni, lorsque l’apocalypse se déchaîne…), C’est la fin semble foncer vers un who’s who autocentré puisqu’en plus des personnages principaux on assiste à un vrai défilé de comiques (Mindy Kalling, Aziz Ansari, Paul Rudd, Christopher Mintz-Plasse, Jason Segel-qui se moque allègrement de How I met your Mother-), qui plaira aux initiés mais qui excluera définitivement les autres. Les réalisateurs partent du principe que les spectateurs connaissent les acteurs mais aussi leurs films (ou séries) passés et jouent d’une connivence, certes virtuelle mais bel et bien réelle. Ainsi l’œuvre des uns et des autres plane constamment sur le film (tableaux de Freaks and Geeks, série culte pour beaucoup, fer de lance des carrières de Rogen, Franco, Segel et Apatow ; tournage délirant et amateur de Délire express 2 ; blagues sur 127 Heures …). L’Apatow’s touch est également là tant dans le fond (la première partie nous offre une bromance, si chère au réalisateur/producteur, dont toute représentante de la gent féminine est rapidement dégagée : sont d’ailleurs notablement absentes du film quelques Apatow’s girls ; Kristen Wiig, Aubrey Plazza ou Leslie Mann) que dans la forme (des scènes à rallonge, des tunnels de dialogues, hyper trash, dont deux mémorables sur le potentiel viol d’Emma-Hermione-Watson réfugiée quelque temps avec les compères et sur le manque de savoir-vivre de Danny McBride prêt à s’astiquer à peu près n’importe où…).

Mais si les acteurs jouent leur propre rôle, ils prennent un malin plaisir à s’émanciper de leur représentation dans l’imaginaire collectif. Dès les premières minutes, un badaud demande à Rogen s’il va jouer éternellement le même personnage ou s’il compte devenir un vrai acteur un jour : effectivement le comique continue dans sa voie de prédilection, en étant  décontracté, glandeur et un peu fumeur . De même Danny McBride, toujours hilarant et outrancier (il faut voir comment il traite Channing Tatum, que vous ne verrez plus jamais de la même façon) livre une prestation démesurée, dans la droite lignée de celle de Kenny Powers. En revanche les autres comédiens s’en donnent à cœur joie en donnant des versions alternatives d’eux-mêmes, meilleures ou pires. Ainsi Jonah Hill, la grande gueule hypra vulgos de SuperGrave n’est ici que tendresse et amour pour son prochain. Mais mentions spéciales aux énormes Michael Cera et James Franco. Cera, si gentillet dans Juno, SuperGrave ou Arrested Development, est ici un monstre d’egocentrisme, coké et goujat tandis que Franco (qui aura bien prouvé cette année être multi-talents avec cet enchaînement improbable : Le Monde fantastique d’Oz, Spring Breakers, As I lay dying et C’est la fin) se révèle imbu de lui-même, lâche, manipulateur et vaniteux. Car la fin du monde qui se produit à l’extérieur du bunker du bouffon vert révèle les mesquineries diverses et variées de ces acteurs et leur permettent de faire un point, peut-être de passer un cap. Ainsi selon McBride, la nomination à l’Oscar du second rôle de Hill pour Le Stratège lui interdirait de continuer dans la galéjade (et dans les faits, Hill tend de plus en plus à explorer sa veine sérieuse : Le Stratège, Django unchained, en attendant Le Loup de Wall Street), tandis que Baruchel se demande même si tout ça signifie quelque chose (ils sont « grassement payés » pour un boulot pas si sérieux). Au final C’est la fin, assez mélancolique, ressemble bien à un tournant dans la carrière des protagonistes, à un envol : c’est la fin du monde mais aussi tout simplement la fin d’une époque. Pas si étonnant que le père, le mentor, Apatow ne soit cette fois-ci absolument pas du coup.

 

C’est la fin. Film américain de Seth Rogen et Evan Goldberg. Avec Seth Rogen, James Franco, Jonah Hill. Sortie salle le 9 octobre 2013. Durée : 1h47. Distribution : Sony Pictures releasing France.

Sébastien Normand

Si Sébastien s’accommode tant que bien que mal de Facebook, il se méfie à mort de touitteure, copindavent, linquedine, maillespace et de (sky)net en général et se trouve fort marri face a cette rubrique de présentation. Rebelle? Gros con? Petit con? Parano? On ne le saura jamais.

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