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COBY : Devenir soi-même

Au regard des qualités cinématographiques de Coby et des enjeux qu’il cristallise, le festival Ciné-Rebelle, qui pour cette édition 2018 explore la thématique « briser le silence » dans son volet de programmation documentaire, présentera le film en avant-première le vendredi 23 mars à 20h30 au Cinéma Les Lumières de Nanterre, en présence du réalisateur et en partenariat avec l’ACID.

Coby est le premier long métrage de Christian Sonderegger. Pudique, sensible et plein de bienveillance il accompagne un processus encore peu connu : le changement de sexe. Le documentaire projeté à Cannes dans la sélection ACID suit l’histoire d’un homme emprisonné dans un corps de femme qui décide d’entamer une transition. Cet homme c’est le demi-frère du réalisateur, anciennement Suzanna Hunt, qui va à 23 ans devenir Jacob Hunt, surnommé Coby par ses proches.

Coby est un puissant témoignage livré sans voyeurisme ni fioritures qui, loin de chercher à dresser un portrait factuel ou exhaustif du quotidien de Jake Hunt, nous fait prendre conscience de la transformation intérieure de son sujet, ainsi que celle opérée sur son entourage. Le film aborde subtilement le concept de corporalité. Alors que le philosophe Michel Foucault parle du corps comme « d’un lieu absolu que nous habitons avec une familiarité usée, d’un lieu sans recours auquel nous sommes condamné », Coby, lui, nous entraine dans une autre expérience du corps à travers ces possibilités de transformations qui non seulement questionnent nos idées reçues mais qui démentent également beaucoup de préjugés. On comprend que le corps est bien plus qu’une coquille que l’on habite et par laquelle il faudrait regarder le monde, mais que c’est également à travers lui qu’il faudra être regardé, se regarder soi-même, se reconnaître.

La voix de Coby, de plus en plus grave à mesure que l’on avance dans sa transition, rythme le film. Elle est distincte sans jamais se perdre dans le contexte familial ni dans le climat d’oppression constant avec lequel les personnes transgenres doivent composer aujourd’hui aux États-Unis (mais ailleurs aussi). Les vidéos youtube réalisées par Coby entrecoupent le film et permettent aux spectateurs de pénétrer dans son univers, de comprendre son besoin organique de parler, d’apprivoiser un corps qui change et de partager tous ces bouleversements.

Exempt de tout manichéisme, le film de Sonderegger nous plonge avec un grand souci de justesse dans l’entourage de Coby, lui aussi en métamorphose. La transition de Suzanna à Jake s’étend sur plusieurs années  : elle est traitée à travers le prisme familial et rend compte avec une grande intelligence des changements physiques et psychologiques d’un être bien entouré. On comprend que la transition est une période d’instabilité et que ce statut transitoire est quelque chose d’éprouvant pour la famille sans jamais devenir un problème ou une décision contestée, comme en témoigne une phrase du père : «  nothing is wrong with Coby » (« il n’y a rien qui cloche avec Coby »)

Pour finir, la force du film se niche dans le regard du réalisateur qui accompagne avec soin ce processus en filmant au plus près. On observe la famille défier la pression de la norme qui pèse sur chacun d’entre eux, et c’est non sans effort qu’on les voit tous finir par se rapprocher et s’aimer dans toute la complexité de leurs différences. Un beau voyage vers l’acceptation de soi et des autres.

– Clara N’Dambani (étudiante programmatrice du Festival Ciné-Rebelle 2018)

Découvrez tout le programme du Festival Ciné-Rebelle  ICI 

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