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Dawson’s Creek : Ados mais pas trop

Cet article est publié dans le cadre de notre semaine spéciale pour l’anniversaire des vingt ans de la série Dawson’s Creek débutée en 1998 sur la WB.

Un générique entêtant, un décor idyllique, des dialogues à qui mieux-mieux, des adolescents aux états d’âmes capillotractés. Une série pour ados pas comme les autres, qu’on aura regardé sans oser toujours l’avouer. Pourtant, malgré le passage du temps, les atermoiements de Dawson, Joey, Jen et Pacey dans nos esprits restent gravés. Honte de rien ! On retourne à Capeside.

En 1996, auréolé du succès de Scream 1 & 2 dont il signe le scénario, Kevin Williamson se voit mandaté pour écrire une série sur une bande de lycéens. Le projet est soumis à la Fox qui n’en veut pas et atterrit sur les bureaux de la WB, une chaîne qui s’intéresse alors de près à cette frange du public encore mystérieuse : les adolescents. Des spectateurs pas faciles à cerner ni à fidéliser car à l’âge de tous les bouleversements, on change de goût comme de chemise, de vernis ou de boyfriend. Mais chez Warner, on sent tout l’intérêt de se pencher sur cette communauté versatile, dont le goût pour la consommation de produits dérivés en fait aussi une cible commerciale tout trouvée. La WB commande donc une première fournée de 13 épisodes, diffusés à la mi-saison 1997-1998. L’affaire est loin d’être gagnée car dès le pilote, l’équipe de Williamson s’attire les foudres de la critique : dialogues trop explicites et rythme déstabilisant par rapport aux habitudes du genre. Dawson impose d’emblée sa singularité et fait bifurquer le chemin tout tracé de la teen série, alors en pleine expansion. Lancée sur les écrans le 20 janvier 1998, le show est programmé avec Buffy contre les vampires, alors dans sa deuxième saison. La série de Joss Whedon est ainsi séparée dans la grosse machine 7 à la maison. Le duo Dawson / Buffy s’avère un combo gagnant côté audimat. Les deux séries, d’un genre pourtant très différent, se répondent dans leur acuité à peindre les affres de l’adolescence comme un temps de la métamorphose permanente, partageant un même goût du dialogue et un même intérêt pour les passions amoureuses comme pour la magie des liens humains.

« Depuis le départ, je voulais parler des âmes sœurs.

Raconter ce que je crois être des âmes sœurs »

Kevin Williamson – Festival ATX – juin 2015

Gnangan Dawson ? Que nenni ! Revoir la série de Williamson, c’est prendre toute la mesure de son audace. Aussi étrange que cela puisse paraître aujourd’hui, Dawson s’est très vite attiré les foudres des lobbys : l’association Parents Television Council étiquette la série comme la plus perverse de la télévision américaine. Il faut dire qu’à Capeside, malgré une pruderie de façade, le sexe est sur toutes les lèvres… Si les corps sont rarement dénudés et les passages à l’acte subtilement ellipsés, les ébats font débat : parler ouvertement de sexualité, de toutes les sexualités, voilà ce qui fait l’impudence de la série, voilà ce qui fait grincer les conservateurs. Montrer les chairs se mélanger, on a l’habitude, mais en parler, voilà qui est osé ! Cette liberté de parole, dérangeante pour certains, ennuyeuse pour d’autres, fait tout le sel d’une série où le verbe se fait spectacle. À l’action, Dawson supplante le mot avec une écriture ciselée. Si la capacité des héros à verbaliser leurs émotions peut paraître surfaite, elle fait baigner la série dans une étrangeté certaine. Les adolescents loquaces de Capeside sont de bien curieuses créatures, avec leur physique mature (les acteurs sont pour la plupart trop âgés pour leurs rôles) et leurs tenues casual qui effacent toute singularité (partenariat avec American Apparel oblige, coucou les débuts du marketing ciblé!). Dawson explore l’adolescence comme un âge aussi inquiet qu’inquiétant, faisant d’une bande d’amis un monstre à plusieurs têtes. En toile de fond, un ville fictive : Capeside, qui prend pour décor la ville de Wilmington en Caroline du Nord, où un certain David Lynch tournait Blue Velvet en 1986…

Carole Milleliri

À dix ans, Carole est sûre d’une seule chose : l’unique endroit où elle se sent bien, c’est dans une salle de cinéma. Peu après, elle tombe aussi dans le bain des séries avec The X-Files, puis plonge littéralement avec Buffy The Vampire Slayer. Aujourd’hui, elle partage son temps entre enseignement, critique, programmation et écriture de scénarios.

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