Séries

Doctor Who a cinquante ans

En 2013, il n’est plus concevable pour les téléspectateurs du monde entier d’attendre que leurs feuilletons favoris soient diffusés sur leurs chaines nationales. Internet et le piratage ont changé les habitudes de chacun, à tel point que l’on voit désormais des études et sondages en venir à faire un classement des séries les plus piratées. Alors que des producteurs et créateurs se plaignent des téléchargements intempestifs accusés de faire baisser les courbes d’audience, l’un d’entre eux a récemment réussi le pari incroyable de mettre tous les fans du monde entier devant leurs postes de télévision au même moment. Cet homme s’appelle Steven Moffat et Doctor Who lui doit beaucoup.

Pour ceux qui ont pu voir leurs amis crier leur bonheur sur les réseaux sociaux en ce week-end du 23 novembre 2013 sans comprendre de quoi ils pouvaient bien parler, il convient de faire une petite présentation. Doctor Who nous fait suivre les aventures du Docteur, un extra-terrestre de mille ans et des poussières (d’étoiles) voyageant à travers le temps et l’espace dans un vaisseau spatial en forme de cabine téléphonique. Pour tromper l’ennui et la solitude, il emmène avec lui de jeunes humains, principalement des jeunes femmes, à qui il s’empresse de faire découvrir le monde et qu’il met très souvent en danger. Parce que le Docteur se retrouve toujours face à des robots, monstres, tyrans et autres créatures extraterrestres rêvant d’asservir, d’annihiler, de détruire, d’exterminer ou, dans le meilleur des cas, de soumettre d’autres espèces à leur supériorité ! Le Docteur se charge alors de contrer leurs plans machiavéliques de manière pacifique, sans aucune autre arme que son ton autoritaire, son intelligence et… un tournevis sonique qui fait « bzzz » et lui permet de faire à peu près tout et n’importe quoi.

 

Futurama Doctor Who
Doctor Who repris dans d’autres séries, comme Futurama

La plus longue série de science-fiction du monde

Raconté de cette manière, on a l’impression de parler d’un nanar intergalactique annulé vite fait bien fait après cinq épisodes n’ayant convaincu que les enfants les plus indulgents de Grande-Bretagne. Et pourtant, cela fait cinquante ans et 799 épisodes que ça dure, le tout premier ayant été diffusé le 23 Novembre 1963 sur la BBC ! Une longévité à mettre entre guillemets, puisque la série a connu une longue pause entre 1989 et 2005. Elle a alors été tirée de son sommeil et, afin de ne pas trop décourager les téléspectateurs, a recommencé avec une nouvelle saison 1. Pour prouver à quel point cette série de science-fiction était novatrice, soulignons qu’elle a été créée trois ans avant Star Trek, cinq ans avant 2001, L’Odyssée de l’Espace et La Planète des Singes, ou encore quatorze ans avant Star Wars. Avec les années, Doctor Who est devenue l’une des séries britanniques les plus populaires. Sa page Facebook peut en témoigner avec ses 3.8 millions de fans, soit le double de Downton Abbey, « it-show » anglais de ces dernières années.

Cette popularité, la série la doit évidemment à sa longévité mais surtout à l’incroyable mythologie qui a pu être construite au fil des années : un bestiaire affolant, des planètes récurrentes et des personnages terriblement attachants peuplent la série. Surtout, pour déjouer l’emprise du temps, et parce qu’aucun comédien ne peut rester cinquante ans dans une même série, Doctor Who a mis en place un ingénieux et très pratique système de régénération. Lorsque le Docteur est mortellement blessé, son corps libère une grande quantité d’énergie lui permettant certes de se soigner, mais impliquant la mort de ce qui fait de lui l’homme qu’il est. Le Docteur survit, ses connaissances et ses principes perdurent, mais son visage et certains traits de caractères changent. À l’heure actuelle, on compte douze incarnations différentes du Docteur, réparties sur ces cinquante ans d’existence. Les fans se font d’ailleurs un plaisir de débattre encore et encore de leurs incarnations préférées et chacun hurle de joie lorsque les épisodes jouent avec l’héritage de la série en multipliant les clins d’œil aux précédents héros.

Cette particularité, ajoutée à un capital sympathie immédiat que l’on doit à l’écriture brillante des personnages, fait de Doctor Who une série à part, ayant marqué de nombreux spectateurs depuis cinquante ans. En témoignent le grand nombre de guest stars invitées ces dernières années, telles que John Hurt, Bill Nighy, Carey Mulligan ou Michael Gambon ; les innombrables références que l’on peut trouver dans d’autres séries (Futurama, Nikita, The Big Bang Theory ou encore Grey’s Anatomy lui ont rendu hommage) ou ces répliques devenues cultes que se lancent sans se lasser les Whovians, les fans de la série. Prononcez les mots « ex-ter-mi-nate ! », « are you my mommy ? » , « allons-y ! » ou « Geronimo ! » à un fan et vous verrez une excitation instantanée briller dans ses yeux.

Steven Moffat, Matt Smith, Jenna Coleman
Steven Moffat (scénariste en chef), Matt Smith (le Onzième Docteur) et Jenna Coleman (Clara)

Un anniversaire événementiel

De fait, pour célébrer le demi-siècle de la série, Steven Moffat, qui est aux commandes du mastodonte depuis maintenant trois ans, a réussi à mettre en place un évènement phénoménal sans précédent à base de teasing intelligemment dosé. Le dernier épisode diffusé (7.13) laissait entendre que l’épisode anniversaire reviendrait sur le sombre passé du Docteur, responsable du génocide de sa propre espèce. Un peu plus tard, Moffat a annoncé que David Tennant, l’interprète du Docteur le plus populaire depuis les débuts, serait de la partie, de même que son ancienne compagne interprétée par Billy Piper. Puis en laissant entendre que l’épisode en question serait diffusé dans le monde entier à l’heure même de la diffusion anglaise. Finalement, après deux mini-épisodes délivrés deux semaines avant pour faire monter la sauce, ce sont 94 pays répartis sur tous les continents qui auront diffusé l’épisode intitulé « The Day Of The Doctor » samedi 23 novembre, tous calés sur l’heure anglaise. Ajoutés à cette diffusion télévisuelle massive, on comptait 834 salles de cinéma projetant l’épisode anniversaire sur grand écran à travers le monde, certaines en 3D, d’autres incitant les spectateurs à venir costumés. iPlayer, le site de vidéo à la demande de la BBC, a pour l’occasion fait exploser les compteurs, dépassant le record tenu jusqu’ici par la dernière cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, tandis qu’on pouvait compter sur une twittosphère enflammée jusqu’à 13.000 tweets à la minute. Cette opération d’envergure sans précédent a permis à Doctor Who de recevoir le record du monde de la plus large retransmission simultanée pour une série télé.

Et maintenant ?

L’excitation n’est pas prête de retomber puisque la série reviendra le 25 décembre sur la BBC pour le rituel épisode de Noël. Sobrement intitulé « The Time of The Doctor », sa diffusion est très appréhendé par beaucoup de fans puisqu’on y verra l’interprète actuel du Docteur, Matt Smith, faire ses adieux. Il sera alors remplacé par Peter Capaldi, qui aura en charge de renouveler le personnage lors d’une huitième saison que l’on attend et espère pour l’été prochain. Les changements de Docteur sont toujours des moments remplis d’émotion, à la fois attendus et appréhendés. Le cycle naturel auquel tout Whovian est désormais habitué devrait alors reprendre son cours : d’abord déprécié (« non, ce nouveau Docteur ne vaut pas le précédent ! »), notre nouveau héros devrait peu à peu faire son trou (« moui, il n’est pas si mal ») avant de faire oublier Matt Smith et de relancer la série dans une nouvelle direction. C’est en tout cas tout le mal que l’on souhaite à Peter Capaldi.

 

Quant à Steven Moffat et la BBC, ils ont repris leurs petites habitudes de teasing futés pour en faire profiter la seconde série du scénariste : le 1er janvier verra en effet le retour de Sherlock, petit bijou d’adaptation des aventures du célèbre détective dans le monde contemporain. Laissé pour mort à la fin de la saison 2, il y a deux ans déjà, Sherlock Holmes revient enfin pour un troisième round. Celui-ci sera amorcé dans un mini-épisode caché sous le sapin puisque disponible le 25 décembre. Surtout, c’est une promo très originale qui s’est mise en place puisqu’un corbillard fleuri circule depuis quelques jours dans les rues de Londres, accompagné d’un hashtag aussi simple que percutant. Rassurez-vous, amis sériephiles : #SherlockLives…

 

Gauthier Moindrot

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi. Une identité se forge quand elle peut ! Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Voue un culte à Zach Braff, Jim Carrey, Guillermo DelToro, Quentin Tarantino et Balthazar Picsou (because why not ?).

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