Downsizing by ClapMag
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Downsizing, l’aventure inférieure

Plus gros pari artistique de la carrière d’Alexander Payne, Downsizing a largement déçu les observateurs du box-office américain, où il a fait un véritable four, et sort affublé de critiques plus tièdes qu’à l’accoutumée après sa présentation à Venise. Est-ce que sa singularité a rapetissé sa reconnaissance potentielle auprès du public ?

Le jeu de mot à la base de « downsizing » est annonciateur du choix narratif principal qui va qualifier le nouveau film d’Alexander Payne. En anglais, downsizing qualifie aussi le dégraissement de certaines entreprises à travers des plans sociaux, et c’est bel et bien à une épure narrative auquel on assiste ici. Si on attend une fable autour d’une société de liliputiens qui va devoir apprendre à survivre dans l’infiniment petit, Alexander Payne réduit son focus sur le parcours de son personnage principal, Paul Safranek (Matt Damon). Ce qui donne une idée de l’entêtement d’auteur dans un film qui fait grand cas de ses effets spéciaux concoctés par les vétérans de Industrial Light & Magic, l’illustre société fondée par George Lucas, pour faire interagir des humains avec des homologues de 12 centimètres, disposant de tout et enfermés dans une communauté close qui n’est pas sans rappeler Legoland.

Oui, il s’agit bien d’une satire sociale et d’une tentative de rappeler que Matt Damon sait être un comédien plus humain que ses derniers rôles, en mercenaire livré à des monstres ou encore en Jason Bourne. Mais Downsizing, bon gré mal gré, tire ses enjeux de personnages mal ajustés qui doivent composer avec une réalité inédite et surtout de fortes personnalités. Peu importe les subterfuges créés par l’infiniment petit et de grands pétales de roses : c’est bien la relation entre la tempétueuse Ngoc Lan Tran (Hong Chau), immigrée qui survit dans un mini-bidonville non loin de là, et Paul, kinésithérapeute au grand cœur, qui est au cœur du film.

Downsizing by ClapMagMatt Damon, Hong Chau © Paramount Pictures

Downsizing n’a jamais pour dessein de représenter les dérives d’une société dont les sujets n’arrivent pas à la plénitude et à la stabilité une fois réduits. Il ne cherche pas non plus à faire rire au-delà de son premier tiers, où le rêve américain réduit à une maison de poupée ne provoque, au mieux, qu’un véritable sourire. Une fois Paul miniaturisé, le film suit son propre rythme : une scène de ballet médical imposante et gentiment gore sur les accords de Rolfe Kent représentant le faîte de la verve satirique du film.

Downsizing est un film compliqué à aimer ou à défendre. Matt Damon se fond dans l’anonymat et joue presque de candeur face aux performances plus énergiques de Hong Chau et Christoph Waltz. Pis encore : il s’agit d’un film qui se révèle plus chaleureux au cours du visionnage, grâce à ses virages narratifs raides ou encore sa bande originale impeccable mêlant des accords brésiliens à l’électro de Thievery Corporation. Refusant les gags basés sur la taille ou même grossir le trait de ses colons d’un genre nouveau, il aborde un chemin sinueux vers la nécessité de la solidarité humaine pour assurer un développement durable. Même s’il manque de qualités indéniables pour pouvoir trouver les grâces de l’Académie des Oscars et des prix critiques dans une année très fertile en films punchy, Downsizing appartient à une catégorie aussi rare que les licornes : le film d’auteur aigre-doux à gros budget. Ce qui n’est pas une gageure, à l’heure où Hollywood rejette les idées originales à grande vitesse.

D’Alexander Payne. Avec : Matt Damon, Kristen Wiig, Hong Chau. En salles depuis le 21 janvier 2018.

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