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Elysium : critique Pour

Hollywood: repaire de gauchistes?

Quelques jours après le déjà engagé Lone Ranger, Hollywood nous offre un nouveau blockbuster politisé avec Elysium. Neill Blomkamp, sorti d’à peu près nulle part en 2009 avec son District 9, succès-surprise et métaphore réussie de l’apartheid, s’est vu offrir un budget bien plus conséquent pour son deuxième long-métrage, SF brillante et plutôt douloureuse dans ce qu’elle dit, lorgnant sur Metropolis, le manga cyber-punk Gunnm (que James Cameron a longtemps rêvé d’adapter sur grand écran) voire New-York 1997: en 2154 (année de l’action d’Avatar: petit clin d’oeil de Blomkamp ?), la peur du pauvre a poussé une partie de l’humanité à s’exiler dans une station spatiale, où l’abondance règne et où toute trace de maladie a disparu.

Si les blockbusters US font régulièrement preuve d’un patriotisme exacerbé, depuis quelques années semblent s’élever de nouvelles voix, celles de véritables auteurs (et non de gentillets faiseurs à la solde des studios) qui ont à coeur de délivrer des messages. Dans Avatar, sorte de relecture de Pocahontas (Neytiri=Pocahontas, Jake Sully=John Smith), Cameron prend ainsi fait et cause pour les Indiens/Na’vi et dans Lone Ranger, Gore Verbinski à son tour défend la cause indienne. Mais là où ces deux réalisateurs de talent racontaient des histoires du passé (même si Avatar se déroule dans le futur), Blomkamp, sous couvert de SF, livre un état des lieux alarmant sur ce qu’est en train de devenir la société dans laquelle on vit. Le réalisateur, ultra-pessimiste, montre une société coupée en deux par une barrière infranchissable, l’espace. Tandis que les habitants de la planète bleue s’entassent dans des favelas gigantesques, les habitants d’Elysium vivent dans l’abondance mais aussi dans la peur du pauvre, la classe moyenne ayant quant à elle purement et simplement disparu. Blomkamp livre une première heure magistrale, avec une planète Terre infernale, crasseuse, avec des robots faisant office de policiers ou d’agents d’administration. Caméra à l’épaule, le réalisateur rend une copie nerveuse faite de poursuites efficaces, aidé par un Matt Damon tatoué/crâne rasé/affuté, un vrai badass échappé des nineties, parfaitement à son aise ici. Le contrepoint à la terre, Elysium est également une réussite esthétique même si on aurait aimé en voir davantage. Au-delà de l’aspect technique, la puissance de la première partie du film vient surtout de la description d’une société familière, que personne ne serait étonné de voir se développer dans les prochaines années. Des robots remplaçant des employés ? Fait. Des riches fuyant les pauvres ? Fait (les fameuses zonas dans certains pays d’Amérique Centrale et du Sud). Circonscrire les populations les plus faibles dans des quartiers insalubres ? Fait. Utiliser les enfants pour faire passer les idées les plus nauséabondes ? Fait (les joyeux lurons de la manif pour tous par exemple). La disparition de la classe moyenne ? En cours. Blomkamp nous renvoie ainsi sans ménagement des vérités pas vraiment reluisantes et nous emporte dans ses envies de révolution.

Cependant, après une première heure maîtrisée de bout en bout alliant message politique et action effrénée, Elysium ne parvient pas totalement à tenir ses promesses, à l’instar d’un The Island dont la première partie est certainement ce qu’a fait de mieux Michael Bay avant de tomber dans ses travers habituels (défonçages en cascades, courses-poursuites exténuantes…). Ici le soufflé retombe un peu. La grande révolution prolétarienne qui semble se dessiner tout au long du film se résume à quelques vaisseaux déboulant à Elysium (syndrome Terminator 3, avec un soulèvement des machines se contentant de quelques pauvres drones) et à des combats bien trop vite expédiés: manque de temps ? d’argent ? D’autre part les motivations du personnage principal sont très personnelles et n’en font en rien un héraut d’un peuple en proie à la souffrance. Mais on fermera volontiers les yeux sur ce second acte, au vu de la réussite de la première partie et on se jettera sur une éventuelle séquelle.

 

Date de sortie: 14 août 2013 ; Réalisé par: Neill Blomkamp; Avec: Matt Damon, Jodie Foster, Sharlto Copley… Genre: Science fiction , Action , Thriller; Nationalité: Américaine ; Durée: 01h50. Distributeur: Sony.

Sébastien Normand

Si Sébastien s’accommode tant que bien que mal de Facebook, il se méfie à mort de touitteure, copindavent, linquedine, maillespace et de (sky)net en général et se trouve fort marri face a cette rubrique de présentation. Rebelle? Gros con? Petit con? Parano? On ne le saura jamais.

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