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Festival International du Cinéma d’Animation d’Hiroshima 2012 – Jour 5



Festival International du Cinéma d’Animation d’Hiroshima 2012 – Jour 5

Cinquième et dernier jour au Festival International du Cinéma d’Animation d’Hiroshima. Au programme, encore quelques belles projections, des rencontres intéressantes et la cérémonie de clôture avec l’annonce des gagnants…

Le cinéma d’animation japonais a eu le droit à quelques rétrospectives et rencontres, mais n’a pas été particulièrement mis en avant par rapport aux autres cinémas durant ce festival qui semble plutôt vouloir faire découvrir le cinéma d’animation mondial à son public, essentiellement local. Aujourd’hui cependant, une rétrospective était organisée autour de l’œuvre du réalisateur japonais Aihara Nobuhiro. Artiste peintre et animateur, Aihara qui était un habitué du festival, est également le créateur des affiches des éditions 2010 et 2012. Suite à son décès l’an dernier à l’âge de 66 ans, les organisateurs ont souhaité honorer sa mémoire en retraçant son parcours à travers des œuvres majeures. En parallèle, une exposition permettait de découvrir ses peintures et des dessins originaux de ses films.

Cette rétrospective a été suivie d’un programme dédié au cinéma japonais contemporain et aux œuvres majeures créées au Japon durant les deux années passées. Les œuvres les plus attendues étaient ainsi le nouveau film de Katsuhiro Otomo (Akira), Combustible et le nouveau court de Shuhei Morita Possessions (déjà projetés à Annecy cette année). Les deux films feront partie d’un ensemble qui s’intitule Short Peace (comme le titre d’un recueil de mangas courts par Otomo) et qui comme pour Memories d’Otomo regroupera plusieurs courts réalisés par des grands noms du cinéma d’animation japonais. Ce projet aura pour thème le Japon, devrait comporter quatre courts métrages et est prévu pour courant 2013. Le film de Morita, aux couleurs éclatantes, s’inspire des récits folkloriques japonais et des motifs visuels et graphiques d’un Japon exotique, rêvé. Le court d’Otomo est bien plus sobre dans son usage des couleurs ; il correspond au récit qui nous emporte dans le Japon de l’ère Edo (1603-1867) et à une histoire plus proche du réel. L’influence de la tradition japonaise se retrouve en particulier dans l’alternance entre des compositions contemporaines proches du cinéma à la prise de vue réelle, et des compositions plates où la perspective à l’occidentale est absente, inspirées de la tradition des rouleaux peints et des estampes.

La cérémonie de clôture de cette 14e édition a malheureusement été marquée par un nombre important d’absents parmi les nominés. De nombreux films gagnants, dont celui du Grand Prix, n’avait aucun représentant à Hiroshima pour recevoir la récompense. Ainsi, les membres du jury qui annonçaient les gagnants se trouvaient souvent seuls sur la scène. L’annonce des prix tournait un peu à la comédie. Dommage.

Depuis quatre jours, le public et le jury ont visionné 66 films d’animation venus de 26 pays. 5 grands prix et 10 prix spéciaux ont été attribués par le Festival International d’Hiroshima 2012 (les résultats ci-après). D’après Igor Kovalyov, la sélection a été très pénible, la plus difficile qu’il ait connue à ce jour parmi ces nombreuses expériences en tant que membre du jury. Ses compères ont insisté sur le fait que les films qui ont été présentés en compétition, en dépit d’un niveau très élevé, seraient dans l’ensemble à un niveau égal – d’où la difficulté de les départager. À notre question lors de la conférence de presse sur les critères qui permettraient de départager des films aussi différents du côté de leurs techniques que de leurs styles, Igor Kovalyov a répondu qu’il s’agit en grande partie d’instinct et que ce qu’ils recherchent au-delà des techniques et des styles est une certaine harmonie que doit contenir le film gagnant (narration, son, style, techniques, etc.).

Le premier prix a été discerné à un film réalisé par Dmitry Geller qui a su attirer l’attention et cela dès le titre : I saw mice burying a cat (J’ai vu des souris enterrer un chat). Dans un univers aux inspirations orientales, où des références sont faites au théâtre d’ombres chinois, une parade de souris transportent un chat dans ce qui semble être son dernier voyage. C’est surtout l’atmosphère mystèrieuse qui donne son originalité au film.

Le Prix du public a été attribué à l’excellent film en stop-motion, Head over heels, du britannique Timothy Rackart. On se demande d’ailleurs si ce dernier n’aurait pas mérité l’un des grands prix ou des prix spéciaux. Un couple marié s’éloigne au fil du temps, au point de se retrouver l’un au sol, et l’autre au plafond de leur maison. Au-delà de l’histoire originale, on remarquera en particulier les personnages expressifs et touchants en pâte à modeler.

On trouve aussi deux œuvres françaises parmi les gagnants. La Poisse d’Osman Cerfon qui a obtenu le prix du premier film et Tram de Michaela Pavlàtovà que l’on a mentionné déjà dans nos coups de cœurs et qui a remporté un prix spécial du jury. L’humour à la française semble avoir conquis le jury…

Le palmarès :

– Grand Prix (1 000 000 yen): I saw mice burying a cat – Dmitry Geller (Chine 2011)

-Prix d’Hiroshima (1 000 000 yen) : Kali, the little vampire – Regina Pessoa (Portugal 2012)

– Prix du premier film (500 000 yen): La poisse – Osman Cerfon (France 2010)

– Le prix Renzo Kinoshita(300 000 yen): Futon – Yoriko Mizushiri (Japon 2012)

– Prix du public(100 000 yen): Head over heels– Timothy Reckart (U.K. 2012)

– Prix spéciaux du Jury International :

Chinti – Natalia Mirzoyan (Russie 2011)

Tram – Michaela Pavlàtovà – (France 2012)

Sunday – Partick Doyon – (Canada 2011)

Ursus – Reinis Petersons – (Latvia 2011)

It’s such a beautiful day – Don Hetwfeldt – (U.S.A 2011)

– Prix spéciaux :

Muybridge’s Strings – Koji Yamamura – Japon (2011)

The Great Rabbit – Atsushi Wada – France (2011)

The little bird & the leaf – Lena Von Döhren – Suisse (2012)

Howl – Natalie Bettelheim / Sharon Michaeli – Israël (2011)

Two – Steven Subotnick – U.S.A (2011)

En plus d’un très beau programme, ce qui a marqué les esprits était l’ambiance formidable de ce festival. D’abord son public, local, composé de jeunes et de moins jeunes, de nombreux parents avec leurs enfants qui ont pu, grâce à des ateliers, s’essayer à l’animation numérique et au stop-motion. Grâce à de nombreux volontaires, pour la plupart habitants d’Hiroshima, l’événement offre un accueil chaleureux aux visiteurs (en particulier aux visiteurs étrangers). Dans ce lieu, les barrières et la hiérarchie n’existent pas. Les nombreux artistes invités étaient souvent présents dans les couloirs, disponibles et accessibles durant tout le festival. Cette atmosphère agréable et conviviale que l’on retrouve rarement ailleurs est une expérience extraordinaire pour tous les amateurs du cinéma d’animation.

Rendez-vous à Hiroshima en 2014 !

Plus d’informations sur la programmation et les participants sur :

http://hiroanim.org/en2012/e02program/2-01e.html

 

Yael Ben Nun


 

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