Gaspard va au mariage by ClapMag
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Gaspard va au mariage : l’âme animale

Son nom nous a trompés. On s’attendait à une comédie de mariage un peu décalée au cœur d’un zoo du centre de la France. Mais Gaspard va au mariage est bien plus que ça. Évanescent, poétique, lunaire, imprévisible. De quoi nous laisser en fin de projection le sourire aux lèvres.

On entre pourtant dans Gaspard va au mariage un peu étrangement, pas bien sûrs de ce qu’on est en train de regarder. Le jeu détaché de Lætitia Dosch,  presque faux à certains endroits, la rapidité de l’introduction, le ton légèrement loufoque créent une drôle d’impression durant les premières minutes du film. Embarquée par hasard dans une manifestation pacifique somme toute un peu dangereuse, Laura se retrouve enchaînée à un rail. Justement celui sur lequel circule le train qui ramène Gaspard vers sa famille, qu’il n’a pas vue depuis des années. Mais son père se remarie. Ce genre d’occasion ne se rate pas. À moitié séduit par la spontanéité teintée d’inconscience de la jeune femme, Gaspard la convainc de se joindre à lui, effrayé par l’idée d’être seul au milieu des siens. Voilà donc Laura entraînée (et nous avec) dans des retrouvailles à nulle autre pareilles.

Dans son exécution et la rencontre forcée, presque artificielle, qu’elle nous propose, cette mise en place avait de quoi laisser perplexe. Mais elle donne le ton, très vite, de ce qui va suivre. Gaspard va au mariage se moque de faire les choses comme il le faudrait. Passées les cinq premières minutes, on a compris. Antony Cordier nous invite à planer un peu, à nous laisser porter. Laisser la magie opérer. Félix Moati (le Gaspard du titre) n’est pas étranger à cet effet. Face à son sourire rêveur et sa dégaine de post-adolescent lunaire, on n’a plus tout à fait les pieds sur Terre. Quoi de plus adapté ? Au cours de ses 105 minutes, le film joue avec ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, et se drape à de nombreuses reprises des atours d’un conte. La construction du récit en chapitres, comme on tournerait une nouvelle page, n’y est pas étrangère. Gaspard va au mariage n’hésite pas à nous étourdir d’images fortes et incongrues, comme lorsqu’il cache ses âmes perdues sous des peaux d’ours ou les met à nu, sans pudeur, dans un aquarium fluorescent. Une atmosphère à la douce étrangeté, à laquelle répondent les mélodies planantes, entre orchestrations et musique électronique, du jeune compositeur de 25 ans Thylacine. Et nous, au milieu ? On se laisse porter, on assiste, on admire. Ça y est, la magie a opéré.

Gaspard va au mariage by ClapMagQuand Christa Théret embrasse sa part animale © AGAT FILMS / Jeannick Gravelines

Mais ne vous faites pas avoir par cette apparente légèreté. Ne vous laissez pas duper par le titre. Gaspard va au mariage de son père, oui ; mais les noces au cœur du titre – et du film – ne sont qu’un prétexte. Vous craigniez une énième comédie de mariage ? Pour être honnête, nous aussi. La surprise n’en a été que plus grande. Comme tout conte, la troisième réalisation d’Antony Cordier est plus sombre qu’elle n’y paraît et cache ce que toute bonne histoire ne doit mésestimer : une certaine forme de violence. La fin, des êtres, des habitudes, de la vie telle qu’on l’a connue, est omniprésente – qu’elle prenne la forme d’une disparition ou d’un abandon. Et les tensions les plus sourdes viennent parfois de l’intérieur, même de ceux qui sont les plus proches de nous. L’homme est un loup pour l’homme, paraît-il. Ou parfois même un ours. Qui peut le prévoir ? Dans la famille de Gaspard, l’amour est animal. Il se renifle, il grogne, il se tatoue sur la peau. Que ses frères et sœurs soient à la direction d’un zoo n’est pas un hasard.

« J’aimerais faire comme les autres pour une fois« , déclare le futur marié (Johan Heldenbergh, toujours doux-dingue quatre ans après Alabama Monroe) à sa promise quand les choses deviennent plus compliquées que prévues. « Comme les autres ?« , lui répond-elle. « Mais pourquoi faire ?« . Ce très beau mot d’ordre se révèle rapidement aussi bien adapté à Gaspard et ses proches qu’à leur metteur en scène. Cordier parvient à bâtir un nid douillet fait de brindilles de tendresse et de branches de chaleur où il couve l’errance de ses héros et fait en sorte, pour la morale de son histoire, de remettre ces âmes vagabondes sur le droit chemin. Ou « sur les rails », pourrait-on dire, histoire de clarifier la jolie métaphore d’introduction qu’on pensait chancelante. La boucle est bouclée, rien à redire : le conte est bon. 

Écrit et réalisé par Antony Cordier. Avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret, Johan Heldenbergh, Marina Foïs. Genre : Rayon de soleil. France. Durée : 1h45. Distributeur : Pyramide Distribution. Sortie le 31 janvier 2018.

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