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Rencontre avec Ira Ungerleider, showrunner de Angie Tribeca)

Angie Tribeca (Rashida Jones) est une inspectrice de police déterminée, coriace, accro à son travail, traumatisée par le décès de son partenaire et fiancé (James Franco). Mais surtout, elle évolue dans un univers où rien n’a de sens : un pastiche de série procédurale inspiré des films et de la série Y a-t-Il un flic… La chaîne TBS s’offre un beau moment d’absurdité avec Angie Tribeca, qui fait preuve d’une grande diversité en incluant… un chien parmi son équipe d’enquêteurs ! Les comédiens Steve et Nancy Carell, à l’origine de cette grande récré, ont confié la série à un routier des comédies traditionnelles comme Friends ou How I Met Your Mother : Ira Ungerleider. Grand manitou du gag, il nous explique la science très sérieuse… du pied de nez télévisé.

Aviez-vous déjà travaillé avec ses créateurs Steve et Nancy Carell auparavant ?

Ira Ungerleider : Je n’ai jamais travaillé avec eux. Steve et Nancy Carell ont eu l’idée de la série et ils en ont écrit le pilote. Ils cherchaient quelqu’un pour être le showrunner et le producteur exécutif au quotidien, car ils n’avaient pas beaucoup d’expérience sur la production d’une série télé. Je crois qu’ils m’ont choisi parce qu’ils pensaient que j’étais le plus étrange parmi les producteurs qu’ils ont pu rencontrer… On a commencé à écrire la première saison avec mes scénaristes, puis on a été renouvelés pour les saisons 2 et 3. On s’apprête à commencer la production de la saison 4.

Est-ce que la décision de choisir Rashida Jones est arrivée au bon moment ? Elle a développé ses talents de comédienne tout au long des 7 saisons de Parks & Recreation, comme personnage sérieux (« straight woman ») …

Quand Steve et Nancy l’ont appelée, elle voulait faire une pause dans sa carrière d’actrice. Mais après la lecture du pilote, elle leur a répondu qu’elle ne pouvait pas refuser l’opportunité. Rashida adore les inspirations de la série, tous les films du trio Zucker-Abrahams-Zucker : Y a-t-il un Pilote dans l’Avion, la série des Y a-t-il Un Flic, des farces avec lesquelles on a tous grandi. Elle comprend vraiment la manière de jouer la satire. La série est très absurde et légère, mais tout est interprété de manière très sérieuse. Les personnages pensent qu’ils sont dans une vraie série policière.

Angie Tribeca est une série très définie : à chaque épisode, on sait à quoi s’attendre en termes de ton. À l’approche de la quatrième saison, est-ce que vous réfléchissez aux manières de faire évoluer la série au-delà de son concept original ? La plupart de vos inspirations sont des films ou des séries annulées après une seule saison, comme Police Squad

C’est tout le cœur du défi de la série, et le sujet principal de nos conversations avec Rashida. Des séries comme Police Squad pouvaient facilement épuiser toutes leurs idées. On a donc essayé de rendre les enquêtes intéressantes et de faire évoluer les relations entre les personnages. Il y a plus d’histoires centrées sur eux, auxquelles on peut ajouter des blagues. Je ne veux pas spoiler, mais il y a une relation romantique entre Tribeca et Geils (Hayes MacArthur) qui parcourt la saison 2, et une intrigue concernant quelqu’un qui divorce en saison 3. Donc il y a toujours des arcs en plus des blagues. On est conscients que la série peut arrêter de se renouveler, on essaie donc d’avoir le plus de trames possibles, plus encore que Zucker, Abrahams et Zucker en avaient pour Police Squad.

Un épisode en saison 3 est intitulé « On sait que c’est dingue, mais Les Experts : Miami l’ont déjà fait ». Est-ce que vous puisez l’inspiration dans la franchise Les Experts de la même manière que New York Police Judiciaire va parcourir la rubrique « faits divers » ?

On regarde parmi les intrigues de toutes les séries procédurales à l’antenne pour trouver des idées à parodier : Les Experts, New York Police Judiciaire, NCIS… On s’inspire aussi de faits divers que l’on peut tourner en dérision. Ce qui est dingue, c’est que certaines histoires dans Les Experts sont tellement absurdes qu’on ne pense pas pouvoir les imiter ! Dans Les Experts : Miami, un aigle a laissé tomber un œil dans le café de David Caruso, et cela a été son premier indice pour l’enquête. Si on proposait ça à Steve et Nancy, ils diraient que c’est trop absurde ! Un épisode des Experts avait pour sujet un cadavre qui tombe d’un avion expérimental ; on en a fait un avec un cadavre tombé d’une sorte de capsule spatiale, un peu comme les avions Virgin Galactic. Dans l’épisode, Natalie Portman joue la chef des opérations à la NASA, mais pour les besoins de la série, l’agence est restée bloquée dans les années 1960 ! On n’arrivait pas à croire à quel point la série originelle était ridicule.

Pour parodier habilement un genre, la version que l’on en donne doit être crédible.

À quel point l’équipe d’Angie Tribeca est-elle obsédée par les séries procédurales ?

Je viens de la comédie traditionnelle et je n’ai jamais vraiment pensé au fonctionnement d’une série procédurale. Le défi principal pour les scénaristes, c’est d’inventer des mystères qui puissent avoir un tout petit peu de sens. Je pense que, lorsque Mel Brooks et Zucker-Abrahams-Zucker parodiaient un genre comme le western dans Le Shérif est en prison, ils devaient l’aborder correctement. Pour parodier habilement un genre, la version que l’on en donne doit être crédible. Et c’est difficile de trouver des histoires qui tiennent la route, aucun d’entre nous ne sommes auteurs de romans policiers ! (rires).

Les accessoiristes et décorateurs de la série donnent toujours un cachet impressionnant aux vannes. Dans un épisode de la saison 3, Geils conduit une immense voiture-jouet en plastique pour un plan de quelques secondes. Dans le pilote, Angie Tribeca fait des saltos vêtue d’une robe en papier de journal qu’elle a confectionné à la hâte…

Les décorateurs, chefs décorateurs, accessoiristes de plateau et costumiers ont toujours quelque chose de dingue à fabriquer pour chaque épisode. La petite Corvette en jouet est probablement mon gag préféré, car quelqu’un doit trouver un moyen de la faire fonctionner. On organise beaucoup de réunions techniques sur ces sujets et les chefs de département adorent : sur des séries procédurales, leur travail consiste à fabriquer du faux sang, des chaises qui se cassent… Ils ne sont pas habitués à faire un revolver qui tire du ketchup ou un fauteuil assez léger pour que Rashida le soulève toute seule !

En 30 épisodes, quel est le record de temps passé à préparer et tourner une blague que vous aviez inclus dans le scénario ?

En saison 2, on a fait exploser le troisième étage d’un immeuble et, pour une comédie, c’est plutôt un gros coup. J’ai réalisé moi-même cet épisode et j’avais l’impression de me trouver sur le plateau de Il faut sauver le soldat Ryan. Dans Friends, les personnages se réunissaient pour boire une tasse de café, là on avait les pompiers, des cascadeurs en feu… C’était palpitant, mais c’était aussi terrifiant.

La comédie naît de la pure stupidité du gag. Mais il ne faut pas tomber dans un rythme assez prévisible

L’écriture de ce genre de séries est un exercice délicat : quand les blagues sont exécutées correctement, vous déclenchez le rire, mais quelquefois, quand ce n’est pas le cas, cela fait grincer des dents. Au fur et à mesure de la série, tentez-vous d’écrire des blagues qui déclenchent ces deux types de réaction ?

Effectivement, c’est un exercice de funambule. On y pense tous les jours, et certaines blagues sont tellement subtiles qu’on croit que personne ne va les saisir. On peut aussi produire quelque chose de tellement lourd et évident que ça en devient idiot. La comédie naît de la pure stupidité du gag. Mais il ne faut pas tomber dans un rythme assez prévisible, donc on essaie de varier les types d’humour. Certaines blagues sont totalement lourdes, d’autres sont des gags visuels, d’autres encore n’interviennent qu’au second plan. Lors de l’écriture, on prend tout ça très au sérieux, comme si on parlait de lancer une fusée dans l’espace ! Tout doit être parfait : on peut louper le coche sur n’importe quel gag, soit en étant trop évident, soit en étant trop pince-sans-rire. Croyez-le ou non, c’est beaucoup de travail !

Propos recueillis par Florian Etcheverry

Série créée par Steve et Nancy Carell. Avec Rashida Jones, Hayes MacArthur, Deon Cole. 10 épisodes de 22 minutes par saison. Saisons 1 à 3 en janvier sur Warner TV (disponible dans les offres Canal).

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