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Irresponsable, la gloire de mon père

Article publié le 20 juin 2016. Rediffusion de la série à partir du 29 septembre 2016 à 20h40 sur OCS City.

Un trentenaire, contraint de retourner chez sa mère, se découvre père d’un ado du jour au lendemain… alors qu’il n’en a lui-même jamais vraiment terminé avec l’adolescence. Deux points de départs pour une comédie brute et explosive, servie par une révélation, Sébastien Chassagne. À découvrir dès ce lundi sur OCS Signature.

Vaillamment mais dans une discrétion toute relative, OCS continue d’investir dans des 26 minutes survitaminés (un virelangue très sympa, NDLR), avec des résultats allant du culte (la déjà regrettée Lazy Company) au moins bon (la plus anecdotique Zak, depuis rediffusée sur Canal + et W9). Mais point de shortcoms, de grosses stars ou de grands créateurs aux commandes : OCS mise sur ce format de comédie hors normes. Irresponsable est le dernier-né de cette ribambelle de commandes. Et à l’instar de son personnage principal, il marque un vrai passage à l’âge adulte pour la chaîne, qui plus est avec le postulat le moins « flashy » de tous.

Au centre d’Irresponsable, il y a Julien (Sébastien Chassagne), personnage sympa et un peu gauche qui vit sa vie au ralenti, entre entretiens ratés, galères de logement et mère seule (Nathalie Cerda). Jusqu’au moment où il retrouve par hasard Marie, prof dans un collège et son premier amour. Le dîner de retrouvailles va vite tourner court lorsqu’elle lui apprend qu’elle a un fils… et qu’il est de lui. Une trame qu’explore totalement Frédéric Rosset, qui a tourné le pilote d’Irresponsable pour une des premières promotions « séries télé » de la Fémis, et dont l’esprit se retrouve dans les deux premiers épisodes.

Ce qui frappe de prime abord, c’est de voir la dextérité avec laquelle Irresponsable évite les pièges. Ne pas essayer de rentrer systématiquement dans le potache à l’américaine ou dans le cru moqueur, comme le font de nombreuses comédies britanniques dites « générationnelles ». L’équipe de la série parvient à digérer ses influences et faire confiance aux multiples faux pas de ses personnages ancrés dans une banlieue paisible, celle de Chaville, perdue à l’ouest de la région parisienne… un peu comme ses personnages, à deux doigts de la « working class ». Sous ses airs d’éternels paumés, le quatuor d’Irresponsable, Julien en tête, tente de sortir des galères balancées dans chaque épisode à grands coups de système D. Si le ton flirte avec la comédie, la série met ses situations en premier plan, comme autant d’épreuves, de rites initiatiques. Ni ado, ni adulte, Julien vole de mensonges en explications alambiquées comme dans un Livre dont vous êtes le héros : avec un goût de l’aventure, mais en sautant plein de pages.

Irresponsable

Peu importent les épreuves traversées, le sel de la série se trouve dans le manque de communication entre Julien et son entourage. La réalité d’Irresponsable est à l’extrême opposé de Gilmore Girls, qui mettait en place une relation symbiotique où le parent était souvent la « bonne copine ». Ici, Jacques ne veut rien avoir à faire avec son père, qui arrive de manière assez désastreuse dans sa vie, et l’attachement va découler de leur vécu commun – notamment avec un dealer à la petite semaine dans le deuxième épisode. La dynamique inversée où Jacques, son fils, est le plus mutique et Julien le plus « ado » dans son comportement, fait des merveilles. La seconde partie de saison (malheureusement diffusée en juillet, ce qui est pallié par l’intégralité de la saison disponible à la demande sur OCS GO) fait basculer la série dans une direction dramatique toute naturelle.

La coexistence entre père et fils est la colonne vertébrale de la série, mais il ne faut pas oublier l’interprétation de Marie Kauffmann dans le rôle de Marie. Même si l’ensemble de ses scènes prend souvent pour prétexte une interaction avec Julien, son passé et sa personnalité ressortent dans la deuxième moitié de saison. Loin de la « fille à reconquérir » de Julien, la décision de la série de l’étayer sauve quelques travers lourdauds de leurs échanges. En définitive, une des plus belles réussites de l’année, et une recommandation estivale très sûre.

Irresponsable. Série française créée par Frédéric Rosset. Diffusion originale : OCS (2016). Saison 1 : 10×26 minutes.  Avec Sébastien Chassagne, Marie Kauffmann, Théo Fernandez, Nathalie Cerda. Diffusion dès le 20 juin à 22h30 et saison 1 disponible en intégralité à la demande sur OCS GO.

Photos : © Tetra Media Fiction/La Pépinière.

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