Films

Je fais le mort : critique

Espoir brisé

Les cinéastes habitués aux grosses productions aiment souvent revenir, ponctuellement, à des projets plus confidentiels (comme Marchal, Richet, Besson, etc.). Noble ambition, mais le résultat n’est pas toujours au rendez-vous. Dans les années 2000, Jean-Paul Salomé a enchaîné Belphégor, Arsène Lupin et Les Femmes de l’Ombre (des blockbusters de qualité inégale); il revient aujourd’hui avec Je Fais Le Mort, réalisation plus modeste, tant niveau budget que niveau têtes d’affiche. Plus de Sophie Marceau, de Romain Duris ou Julie Depardieu. Salomé met en scène deux acteurs montants à l’écran, réunis dans un film au pitch… surprenant.

Jean (François Damiens), ancien espoir du cinéma français, réalise un peu tardivement que le monde du cinéma n’espère désormais plus grand chose de lui. Les portes se ferment les unes après les autres à cause de son comportement irritant. En effet, fier de son César reçu de nombreuses années plus tôt, Jean a pris ce qu’on peut appeler la grosse tête, doublée d’une grande gueule. Blacklisté, Jean désespère de retrouver du travail quand, au Pôle Emploi, on lui propose de « faire le mort » lors de reconstitutions de scènes de crimes gérées par la juge Desfontaines (Géraldine Nakache). Mais évidemment, quand on a le melon, on apprécie rarement d’être dirigé par des amateurs… La collaboration s’annonce donc difficile.

De ce point de départ comique, on espérait un film décalé, boosté par l’humour déstabilisant de Damiens et l’énergie de Nakache. La déception est rude tant Je Fais Le Mort peine à trouver son rythme. Le scénario de Salomé, finalement très prévisible, ne joue pas suffisamment sur le côté loufoque de la situation et, au lieu d’en faire une vraie confrontation entre deux fortes têtes, s’enlise rapidement dans une sorte de comédie policière, genre cinématographique dangereux et vite lassant. Sans aller jusqu’à devenir un whodunit à la sauce « Agathachristienne », Je Fais Le Mort tente de nous faire suspecter chacun de ses personnages (quand le spectateur sait pertinemment que le coupable est généralement celui auquel l’intrigue évite de s’intéresser). Salomé, lui, n’évite malheureusement pas cet écueil – qu’on aurait pu lui pardonner si le travail de mise en scène avait été plus inspiré. Mais ici nous sommes face à l’équivalent sur grand écran d’un téléfilm du vendredi soir sur France 2. Côté casting, Géraldine Nakache, qui nous avait plu dans ses rôles de bonne copine rentre-dedans (Tout ce qui brille, Comme t’y es belle!), ne convainc pas vraiment dans son rôle de juge coincée limite castratrice.

Même si le couple Damiens/Nakache parait assez improbable, les tentatives d’évolution romantique fonctionnent davantage que la ligne comico-policière. Si l’on regrette la façon dont les deux personnages finissent par se rapprocher (l’usage de stupéfiants devrait être interdit au cinéma pour faire avancer une intrigue amoureuse), leur duo s’avère sympathique malgré tout. La réussite de ce duo dernier, on la doit surtout à certaines répliques qui font mouche, mais aussi à des situations cocasses – quoiqu’un peu forcées. Cela ne nous empêche pas de considérer que Je Fais Le Mort fait partie de ces films aussi vite vu, aussi vite oublié qui squattent inutilement le grand écran, créant une surdose de sorties hebdomadaires au cinéma. une diffusion télé aurait suffi… Folie des grandeurs toujours.

Sortie en salles le 11 décembre 2013 ; réalisé par Jean-Paul Salomé ; avec François Damiens, Géraldine Nakache,…; nationalité : française ; durée : 1h45; distributeur : Diaphana Distribution.

 

Gauthier Moindrot

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi. Une identité se forge quand elle peut ! Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Voue un culte à Zach Braff, Jim Carrey, Guillermo DelToro, Quentin Tarantino et Balthazar Picsou (because why not ?).

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