Films

Kick-Ass 2 : critique

 I hate reboots

Matthew Vaughn avait secoué la planète comics en sortant le premier Kick-Ass en 2010. Il était parvenu à collecter les fonds (30 millions de $ quand même !) malgré les refus des gros studios de s’impliquer dans un projet « dérangeant ». Le comics de Mark Millar et John Romita Jr est en effet d’une violence rare, et une petite gamine de 12 ans qui décapite du mafieux en les traitant de tous les noms, ça dérangeait un peu… Mais un coup de fil à Brad Pitt plus tard, Vaughn bouclait son financement. Fort d’un bouche-à-oreilles exceptionnel dans la galaxie geek/marvelophile, le film rencontra le succès qu’on lui connait et Vaughn s’est retrouvé par la suite aux commandes de la franchise X-Men. Une belle american story. Mais l’univers des comics est avant tout un éternel recommencement et le voyage ne pouvait s’arrêter à la naissance d’un héros.

Pour ce second épisode, Vaughn trop occupé par ses X-Men passe donc à la production et Jeff Wadlow (Never Back Down) est propulsé réalisateur. L’idée maîtresse étant de rester dans l’esprit du premier Kick-Ass, Wadlow en a conservé toute l’équipe. Le scénario reprend grosso modo la trame de la BD avec quelques menues variations au vu de l’extrême violence régnante. On se retrouve donc 3 ans après l’action du premier opus. Hit-Girl a bien grandi, et décide d’entraîner Dave pour devenir un vrai super-héros. Mais Red Mist ne le voit pas de cet œil… Rejoints par de nombreux autres super-héros, dont la vocation est née avec l’apparition de Kick-Ass sur internet, les héros évoluent en milice pour faire régner l’ordre. Des milices d’ados au sein d’un monde bien trop dangereux pour les accueillir, et une morale totalement douteuse sur les bienfaits de la vengeance : on est bien devant Kick-Ass, constamment obnubilé par ses références pop pour  public averti. Les tenues des protagonistes diffusent d’ailleurs des messages clairs. Le fameux « I hate reboots » sur le t-shirt de Dave/Kick-ass semble tout droit adressé à la nouvelle franchise Spider-Man ou encore celle des X-Men (l’autoparodie est reine). Juger les reboots en produisant une séquelle semble bien déplacé : c’est totalement dans le ton du film, insolent, dynamique et toujours aussi jubilatoire dans ses clins d’œil à tous les coins.

On reste ainsi dans l’univers désormais bien défini de Kick-Ass tout en explorant d’autres aspects de ses personnages ainsi que de nouvelles têtes (Jim Carrey ne fait pas oublier Nicolas Cage, mais campe un colonel Stars and Stripes plutôt stimulant). Le montage rythmé, l’action déjantée et tonitruante sont conservés ainsi que le langage grossier, marque de fabrique de la saga désormais. Mais Kick-Ass n’est pas seulement une compilation de baston et de vulgarité. Si le film de Vaughn avait si bien marché c’est également car il construisait un univers cohérent, avec ses propres codes, légèrement différents de ceux du comics pur (aucun super pouvoir ici). Les interactions entre le fantasme d’un monde réel et d’un monde fantastique rendent justice à l’excellente BD de Mark Millar. La trame scénaristique reste la même, plus violente que dans le 1 mais aussi plus poussée dans l’exploration de la dualité qui habite tous nos héros préférés, entre une double identité plus jubilatoire que l’acte héroïque lui-même et l’absence de courage de certains « super-héros » plus prompts à aller au théâtre qu’à castagner du méchant. Néanmoins les scènes de baston sont bien au rendez-vous !

Hit Girl, à 15 ans, est toujours capable de mettre à mal une armée de mafieux surarmés en leur débitant des horreurs, et Red Mist est entouré d’une russe rescapée de la Guerre Froide, dopée aux anabolisants et aux stéroïdes, capable de manger un être humain. On rigole, on ne se prend pas au sérieux mais parfois les fulgurances du réel contaminent le récit fantastique et créent l’empathie nécessaire pour être scotché aux aventures de gamins qui veulent jouer dans la cour des grands, véritable sujet de ce Kick-Ass 2. Si certains passages sont moins convaincants -comme la tentative de Hit Girl de s’intégrer dans le monde « normal » – et quelques rouages plus visibles que dans le 1, Wadlow s’en sort avec les honneurs, et nous pousse à attendre avec excitation les nouvelles aventures de Dave Lizewski.

 

Date de sortie 21 août 2013 (1h 43min); Réalisé par Jeff Wadlow; Avec: Aaron Taylor-Johnson, Christopher Mintz-Plasse, Chloë Grace Moretz; Genre Action , Comédie; Nationalité: Américain

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