Cannes 2015,  Films

Le Lendemain : critique

Onde de choc

Enfant légitime de Boy A et de La Chasse, Le Lendemain retient la jeunesse et la nature du crime du premier pour les transposer dans le cadre familier du second. Efterskalv, le titre original suédois, désigne l’onde de choc qui suit un séisme et sa version française, Le Lendemain, traduit une volonté de se projeter dans l’avenir. La première réalisation de Magnus von Horn est une synthèse des deux où le crime commis par le passé est relégué au second plan au profit de l’auscultation fine et précise des retombées du choc.

De retour chez lui après avoir purgé une peine de prison de deux ans, John aspire à prendre un nouveau départ, sans pour autant déménager ou changer de lycée. Dans les mémoires encore vives, le crime semble impardonnable et la seule vue de John attise les colères et la peur. Privé d’une véritable seconde chance, l’adolescent craint le lynchage imminent mais prend la décision de ne pas reculer.

Si son film ne tutoie pas les sommets paranoïaques de La Chasse, il parvient tout de même à distiller une inquiétude convaincante.

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, Le Lendemain s’est démarqué de la concurrence par une véritable proposition esthétique. Magnus von Horn, réalisateur débutant dans le long métrage, comprime son héros dans des cadres très composés et le force à aller de l’avant par le choix d’une suite de plans- séquences qui privilégie la profondeur de champ. Avec pudeur et acuité, il sonde les intérieurs graphiques d’une Suède glaciale et la peur sourde qui s’y loge lentement mais sûrement. La trame quelque peu prévisible bricole une petite paix de fortune dont elle explose ensuite les sutures point par point jusqu’à la confrontation finale ; toutefois l’application tenace et presque intraitable que Magnus von Horn met à son service suffit à combler les lacunes narratives. Si son film ne tutoie pas les sommets paranoïaques de La Chasse, il parvient tout de même à distiller une inquiétude convaincante.

Le Lendemain n’est ni le conte d’une rédemption ni le chemin de croix d’un damné, il hésite constamment et se suspend en vol à défaut de pouvoir trancher le destin de son héros. Ce constat ne serait pas une critique si Magnus von Horn s’était risqué à clôturer son film autrement que par un plan tristement commun à ce type de productions. Le sort de son héros lui échappe certes, mais la fin de son film doit-elle lui filer entre les doigts pour autant ? Si ce premier long métrage ne tient pas tout à fait ses promesses, il n’en demeure pas moins une réflexion subtile sur le devenir-monstre. Dommage alors que l’idée qui veut que la métamorphose naisse de la peur et s’opère à grands coups de violence subite ne soit pas plus mise en exergue.

Sortie en salles : 10 février 2016. Réalisé par Magnus von Horn. Avec : Ulrik Munther, Mats Blomgren, Wieslaw Komasa. Genre : drame. Nationalité : suédoise. Durée : 1h42. Distribution : Nour Films. 

Elisabeth Yturbe

Elisabeth apprend à parler comme une adulte avant d’avoir des choses à dire, dicte une nouvelle avant de savoir former des lettres et réalise sa première vidéo à l’âge de huit ans. Moins précoce que précipitée, elle acquiert le surnom de Miss Catastrophe et se trouve bien obligée de prendre en main son hyper-activité. Bavarde et polémiste, elle aime les questions sans réponse et les débats sans fin. Son grand rêve ? Remonter le temps pour rencontrer l’Histoire et satisfaire son insatiable curiosité.

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