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L’échec de Valérian et la cité des mille planètes

VALERIANÇa y est, la période de silence est passée, on peut enfin parler du dernier Star Wars sans prendre mille précautions, sans rester dans de vagues analyses effrayées d’en dire trop pour « ceux-qui-ne-l-ont-pas-vu » et d’en dire trop peu pour « ceux-qui-l-ont-vu ». Car oui, pour parler de Valérian, il faut parler de Star Wars, le premier ayant été pensé comme le pendant du second, une copie améliorée. Force est de constater que ce fut un échec.

L’histoire avait peut-être l’étoffe d’une saga, mais deux choses ont modifié la donne : Star Wars est arrivé en premier et Valérian n’a pas été à la hauteur. Enfin si, sur certains points, Valérian fut à la hauteur : au niveau technique. Les effets spéciaux sont aussi bons que ce que l’on a pu voir ailleurs. Pour Luc Besson, il s’agissait de se débarrasser d’un vilain complexe d’infériorité vis-à-vis de Hollywood, de faire quelque chose d’aussi abouti visuellement. Gros casting, budget énorme, vaisseaux, explosions, poursuites, créatures étranges et adorables… Valérian voulait être un condensé d’Avatar et de Star Wars. La stratégie promotionnelle fut ingénieusement pensée pour que cette œuvre pas si originale paraisse digne de figurer aux côtés des œuvres qu’elle voulait égaler. En avançant que Valérian (la bande dessinée) était la source d’inspiration de Star Wars et d’Avatar, Luc Besson pouvait conjurer le manque d’originalité dont on aurait pu lui faire rigueur. Il ne se présentait plus comme un suiveur, non il revenait à la source du genre. Avant même sa sortie, le film était déjà pillé par ses prédécesseurs : c’est qu’il devait être drôlement bon, puisqu’on ne pille que les choses de valeur…

Besson a donc misé sur un retour aux origines. Cela n’a pas pris, pas autant qu’il aurait fallu. La raison en est assez simple (c’est une hypothèse du moins) : les publics ne sont pas aussi intéressés que l’on pense par les histoires de retour aux origines. En tout cas, pas en tant que cœur du récit. Et c’est peut-être là que Besson a manqué son coup : trop occupé à monter son budget, à obtenir de beaux effets spéciaux, à considérer les acteurs les plus aguicheurs, bref à créer une œuvre parfaitement visuelle, il a oublié au passage que l’intérêt de la science-fiction ne pouvait pas être uniquement graphique. On crée des livres et des films de science-fiction pour interroger les racines du mal, et sa puissance. Valérian n’est pas raté, non, il est “sans-plus”. Il est divertissant, certes, et voire très divertissant, parfaitement fait pour être divertissant, tout à fait comme il faut ! Mais il est la preuve que le divertissement ne suffit pas. Que c’est un terme inventé pour masquer les lacunes d’un film. Combien de fois n’avons-nous pas entendu sonner comme une excuse : « ce n’est pas un grand film, mais c’est divertissant » ?

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Besson a voulu créer un univers à la hauteur de ce que l’Amérique peut produire, et il a parfaitement réussi. Néanmoins, il lui a manqué une simple intuition, à savoir qu’il n’y a pas de science-fiction sans réflexion sur la dichotomie entre le Bien et le Mal, dont le genre ne cesse d’interroger les contours flous. Du premier au dernier Star Wars, c’est la question centrale qui traverse tous les épisodes. Il suffit de voir The Last Jedi pour s’en persuader. Certains lui reprocheront un Snoke sans relief, éliminé trop facilement, et il est vrai qu’à première vue la critique semble justifiée. Mais il nous semble tout de même que Snoke était, de toute manière, condamné à n’être qu’un personnage secondaire, trop enfoncé dans le mal pour l’interroger. Or, tout l’intérêt se trouve dans le balancement entre un camp et l’autre, dans le schéma attraction/répulsion de Rey et Kylo Ren. La force du dernier Star Wars, sa complexité (qui fut, à titre personnel, une agréable surprise) repose sur le doute constant qui habite les personnages quant au Bien et au Mal : qu’il s’agisse de Luke, Rey, Kylo, Poe ou même du personnage de Benicio del Toro, tous sont confrontés à leur dualité intérieure. Valérian, au contraire, est un film à sens unique, un film où le mal n’a pas de visage, ou si peu. Pour les deux héros, il n’y a que des obstacles (dans le jargon, des « missions »), et leurs seuls doutes reposent sur leur capacité à atteindre, ou non, leurs objectifs. Les camps sont d’emblée choisis, et personne ne subira la moindre tentation. Au centre de Star Wars, il y a la tentation de transformer la puissance (ce n’est pas pour rien que l’on parle de la Force) en pouvoir, c’est-à-dire de choisir le Mal. Au centre de Valérian, il n’y a que la mission. Si importante soit-elle, elle n’a nulle grandeur. Filmer une série de plans parfaitement exécutés n’a pas suffi à Besson pour remporter son pari, car la force de la science-fiction est ailleurs : exprimer, non par des concepts, mais par des images, une dualité fondamentale. On ne va pas voir un film pour ses paysages, si beaux soient-ils.

Valérian et la cité des mille planètes. Réalisé par Luc Besson. Avec Dane DeHaan, Cary Delevingne, Clive Owen… Durée : 2h17. Distributeur : EuropaCorp Distribution. Sortie en salles : 26 juillet 2017. Sortie DVD/ Blu-Ray : 30 décembre 2017.

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