manon-20-ans
Archives Clap!,  Séries

Manon 20 ans : la fureur de vivre (enfin)

Après les remous d’une adolescence plus que difficile, comment faire face aux complications de la vie d’adulte ? C’est la question que doit affronter la jeune héroïne de Manon 20 ans, le nouveau triptyque d’ARTE, qui vient de remporter le prix de la meilleure série française aux Prix du Syndicat Français de la Critique de Cinéma 2018. 

Il y a trois ans, une jeune fille perdue utilisait sa rage et ses poings pour hurler son incompréhension du monde. Elle s’appelait Manon et, après avoir poignardé sa mère dans un excès de colère, devait apprendre à se contrôler dans un centre éducatif fermé pour jeunes. Écrits et réalisés par Jean-Xavier de Lestrade, les trois épisodes de 3 x Manon nous avaient ravi le cœur et asséché les canaux lacrymaux. Il y avait quelque chose de bouleversant à  voir cette frêle demoiselle exprimer sa rage et sa solitude de la seule manière qu’elle pouvait trouver : à travers les insultes, un caractère explosif et un refus de toute forme d’autorité. Apprendre à s’exprimer sans les facilités de l’agressivité, à interagir avec autrui sans chercher la confrontation, tels étaient les défis de cette ado rebelle au mal-être palpable.

Le temps a passé, pour nous comme pour Manon, et même un peu plus pour elle. Désormais âgée de 20 ans, la jeune femme essaye de survivre seule comme une grande, dans le monde réel. « It’s a jungle out there« , chantait Randy Newman, et Manon s’en rend compte un peu plus chaque jour. Grâce au centre et aux personnes qui ont cru en elle, l’ex-ado en souffrance a pu apprendre la mécanique et le self-control. Là voici donc en quête d’un job qui lui permettrait de subvenir à ses propres besoins, une nécessité d’autant plus urgente qu’en cachette son compagnon prononce de belles paroles à d’autres prétendantes. Difficile de trouver le moindre apaisement quand on n’a plus personne sur qui compter. « L’âge difficile » est bel et bien passé, mais pas sûr que celui qui suive soit plus facile à gérer.

Manon 20 ans by ClapMag

En 2014, 3 x Manon avait relevé un pari risqué : rendre attachante une héroïne qui s’ignore en trois épisodes d’une heure. À travers sa relation avec sa mère (Marina Foïs), incroyablement toxique sans s’en rendre compte, ses échanges avec ses paires dans ce foyer mouvementé ou sa reconnaissance envers ses bienfaiteurs, Manon s’était vite mue en petite merveille comme la télévision ne nous en propose que trop rarement. Loin de faire dans la redite, Manon 20 ans nous propulse donc cinq ans dans le futur à la découverte d’autres défis, d’autres montagnes à gravir. La colère gronde toujours, là, au fond de son cœur, et brûle dans ses veines. Mais désormais, Manon veut utiliser sa hargne pour résoudre des injustices… quitte à s’en brûler les doigts. Manon, super-héroïne repentie ? En quelque sorte. « Ils ont réussi à mettre une chaîne au chien des enfers, alors ? », lui demande avec un soupçon de provoc’ une ancienne rivale du centre d’accueil, miraculeusement retrouvée. « Ah nan nan, faut pas croire ça », répond Manon. Encore heureux : ce serait tellement dommage !

L’intelligence de cette suite, toujours supervisée par Jean-Xavier de Lestrade, est d’avoir radicalement changé d’univers. Adieu le centre éducatif fermé et ses pensionnaires survoltées. Manon 20 ans s’éloigne de la notion de collectif pour se rapprocher de l’intime. Il y a trois ans, le portrait de ces adolescentes en souffrance apportait à 3 x Manon un réalisme bluffant, un style coup-de-poing à la manière du film La Tête haute d’Emmanuelle Bercot l’année suivante. Par la force des choses, cette nouvelle aventure se révèle forcément moins détonante. Mais elle surfe pourtant à merveille sur les bases que la précédente avait si bien établies. La violence est toujours omniprésente, sous d’autres formes, plus sournoises encore. Sexisme, rancœurs entre collègues et harcèlement sexuel jonchent le chemin de la nouvelle travailleuse, qui doit se faire sa place en serrant les dents plutôt que les poings. Que son joli minois fasse tourner les têtes (des garçons, mais pas que) ne jouera pas qu’en sa faveur, la jeune femme n’ayant reçu aucun modèle d’amour, qu’il soit familial, amical ou sentimental, tout au long de sa vie. Le seul sur lequel elle peut compter est celui de Jean-Xavier de Lestrade, dont l’affection inconditionnelle pour son héroïne se ressent à chaque plan. Pas étonnant qu’on en soit à notre tour tombés fous amoureux…

Écrit et réalisé par Jean-Xavier de Lestrade. Avec Alba Gaïa Bellugi, Déborah François et Marina Foïs. Diffusée sur ARTE en juin 2017. Disponible en DVD chez ARTE Vidéo.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *