Minhunter
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Mindhunter : on ne naît pas criminel, on le devient

Dexter, Hannibal, Esprits Criminels : le sujet n’est pas nouveau. Nombreuses sont les séries qui placent les tueurs en série au cœur de leurs intrigues. Ce n’est pas non plus le premier essai de David Fincher, passé maître dans l’art du thriller crimino-psychologique (Seven, Millenium, Gone Girl).  En cela, Mindhunter ne brille pas par l’originalité, mais elle propose un angle original en s’arrêtant sur les prémices du métier de profiler. Une immersion historique pour mieux explorer une question universelle : pourquoi et comment sommes-nous capables du pire ?

Dans Mindhunter, Holden Ford est un jeune agent du FBI, ambitieux mais frustré. Alors qu’il voyage à travers le pays pour enseigner, il se rend compte que les questions les plus importantes ne sont pas encore posées. Le crime évolue mais pas son traitement. D’abord dans le dos de leur hiérarchie puis avec son soutien, Holden et son mentor l’agent Bill Tench font appel à Wendy Carr, Docteure en psychologie, pour appuyer leur enquête sur le comportement criminel de ceux qu’ils nomment les sequence killers, ou tueurs en série. Pour obtenir des résultats précis, le duo va chercher ses réponses à la source, dans les prisons, et interrogent les tueurs eux-mêmes sur la motivation de leurs actes.

Inspiré d’un ouvrage édité en 1995 et consacré aux travaux de l’agent spécial John Douglas au sein de l’Unité des sciences du comportement (BSU), Mindhunter raconte ainsi l’histoire – évidemment romancée – de ces recherches qui mettent en lumière les liens entre investigation et sociologie. Recherches discrètement menées par le FBI au début des années 1970 avant de faire naître une pratique encore très discutée aujourd’hui : le profilage criminel. Si les spécimens étudiés dans leur milieu naturel – des prisons de haute sécurité – sont par moments rappelés à leur bestialité à l’occasion de certaines scènes presque glauques (pas question d’être trop complaisant envers les pires rebuts de la société), la majorité de leurs entretiens nous glacent autant qu’ils nous fascinent.

Basic instincts

Mindhunter tient en haleine par son habileté saisissante à nous questionner sur notre propre animalité. La raison pour laquelle les histoires d’assassins nous fascinent en même temps qu’elles nous révulsent, c’est qu’elles nous confrontent au pire de ce que l’humain peut accomplir. Une réalité si difficile à regarder en face que la plupart préfère catégoriser les meurtriers psychopathes comme des monstres sanguinaires. D’où la résistance rencontrée par les deux agents et le Docteur Carr. Le FBI, l’Amérique post-Watergate et le monde entier préférant acter qu’il est impossible de prévenir les mauvaises graines qui, naturellement, poussent parmi nous.

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Tout le propos de Mindhunter est de nuancer cette théorie du Bien et du Mal. On ne naît pas criminel, on le devient. Et c’est d’ailleurs avec plaisir que ces zones grises sont introduites par les personnages féminins. D’abord par la petite amie de Holden, Debbie (Hannah Gross), qui se présente tout de suite comme étudiante en sociologie et digne héritière d’Émile Durkheim. Si, comme le jeune agent du FBI, vous ne connaissez pas ce nom, la série vous en apprend un peu sur sa théorie du fait social. Et pendant que Debbie explique à son nouvel amant qu’il devrait s’intéresser à sa discipline pour cerner les serial-killers, Wendy Carr est celle qui lui apprend que les entretiens qu’il mène ont le potentiel d’appartenir à une recherche d’ampleur. Recherche qui à  terme, pourrait devenir une étude, puis un livre, susceptible d’intéresser bien au-delà du FBI. Une projection qui fait briller les yeux de notre jeune héros, désormais prêt à tout pour faire avancer ses pions. Et c’est peut-être là que la série pêche un peu. L’impatiente de Holden à apporter des réponses se conjugue à des conclusions rapides et faciles. Car si les femmes sont finement caractérisées dans Mindhunter, elles sont présentées comme le sujet principal de la déviance des serial-killers. Encore et toujours la faute des mères…

Des hommes et des bêtes

Mindhunter est une série qui filme les corps et les esprits. Les esprits sains dans les corps sains et leurs antagonistes. À l’écran, on ne voit que l’humain parler, penser et se mouvoir. Et lorsque la caméra se concentre sur ceux qui racontent leurs atrocités, ils sont filmés de la même façon que les autres. Seul l’arène change. L’image est léchée, les plans faussement académiques et la lumière jure avec l’époque dans laquelle l’action se déroule. Loin des couleurs flashy associées aux années 1970, le parti pris esthétique de Mindhunter fait dans la sobriété. La caméra se concentre sur les personnages. Les « gentils » et les « méchants » sont filmés d’égal à égal. La mise en scène rend ces derniers tour à tour captivants, attachants et effrayants. C’est de cette attirance perverse que découle l’évolution d’un héros grisé par cette activité obsessionnelle. Jeune loup ambitieux et sûr de lui, Holden ne se rend pas compte de l’impact que ces entretiens ont sur sa personne. Et au spectateur aussi, d’être surpris d’oublier, à force d’habitude, à quoi il est confronté.

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Respiration nécessaire, les héros sont aussi montrés dans un quotidien plus prosaïque. Parce qu’elle parle de la part (plus ou moins grande) d’humanité en chacun de nous, Mindhunter ne peut faire l’impasse sur ce qui nous rend humains : les autres. C’est donc avec plaisir que l’on entre dans l’intimité des agents du FBI. Celle de Holden bien sûr et sa romance avec Debbie. Mais aussi sa bromance avec son coéquipier, les deux hommes étant forcés de partager leurs chambres d’hôtels lors de leurs pérégrinations à travers le pays. Bill Tench (interprété par Holt McCallany) a aussi droit à son coup de projecteur hors intrigue policière. Marié, père d’un enfant adopté qui ne décroche pas un mot, il offre une performance touchante et juste du flic désabusé à qui on ne l’a fait plus. Holden et Bill se complètent et se répondent. Le troisième mousquetaire de la bande, Wendy Carr (interprétée par Anna Torv) est le seul qui laisse encore planer un peu de mystère à la fin de la saison. Une brève séquence nous la présente dans son milieu naturel à Boston, mais tout porte à croire que la psychologue continuera de jouer un rôle déterminant dans la suite de la série.

Incarnée par des acteurs et des actrices talentueux (et encore peu connus), Mindhunter est une série qui, sans trop sortir des sentiers battus, a le mérite de réfléchir à des questions qui remuent car elles sont – encore et toujours – bien réelles. La bestialité humaine, l’absence d’empathie et la violence gratuite sont autant de thèmes qui continuent, malheureusement, d’interpeller.

Mindhunter . Série Créée par Joe Penhall. Avec Jonathan Groff, Holt McCallany, Hannah Gross…. 10 épisodes de 50 minutes. Saison 1 disponible sur Netflix depuis le 13 octobre 2017.

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