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Minority Report : Spielberg, ce visionnaire…

 

Minority Report : Steven Spielberg, ce visionnaire…
 
Des écrans tactiles qui envahissent le champ. Des publicités animées placardées sur les murs de la ville. Un suivi commercial sur mesure, assuré pour tout un chacun. La vision du futur que propose Steven Spielberg dans Minority Report paraît centrée sur son obsession de la technologie de pointe ; une technologie envahissante qui tente de se rendre indispensable et indiscutable. Et si le cinéaste, dans sa boule de cristal numérique, avait lu l’avenir ?

A l’heure où les écrans tactiles remplacent nos ordinateurs, Minority Report semble être un précurseur en la matière, via ses plateformes interactives tactiles en hologramme. Le système de projection est valable aussi bien pour le travail de John Anderton (magnifique entrée en matière du récit avec sa démonstration exemplaire), que pour une vidéo de famille à regarder chez soi. La virtualisation du désir des gens est désormais possible : Anderton peut « toucher » son fils, Rufus T. Riley, un hacker hors-pair, peut réaliser les rêves des gens les plus fous tels que sauter à l’élastique au-dessus du Grand Canyon ou bien coucher virtuellement avec sa star préférée. Cette technologie s’apparente à un futur hypothétique sans aucun doute plus proche de 2054 que de 2012. Mais ce n’est pas pour autant que Spielberg a raté sa vision du futur. Bien au contraire.


Minority Report, c’est aussi une vision du marketing avant-gardiste pas si loin de notre réalité. En effet, si les marques tentent aujourd’hui de proposer des produits de plus en plus personnalisés et basés sur l’analyse des comportements d’achats des consommateurs, chacun de nos achats est désormais tracé, de notre usage de la carte bleue à nos visites sur internet ; bref plus rien n’échappe à leur contrôle. Depuis quelques années déjà, et avec internet notamment, certaines marques personnalisent nos visites avec notre nom et nos achats précédents dûment enregistrés dans des paniers virtuels ne demandant plus qu’à être validés. Nous nous rapprochons à grand pas d’un Tom Cruise tracé par sa pupille et à qui l’on propose toutes sortes de produits dès son arrivée chez GAP : l’écran animé abordant un « Bonjour Mr Yakamoto, avez-vous aimé vos débardeurs achetés la dernière fois et êtes vous intéressé par ce T-Shirt ? », est la représentation par Spielberg du personal branding qui bat son plein en 2054. Réalisé en 2002 l’œil averti de Spielberg semble avoir deviné les prochaines tendances du marketing !

Le réalisateur d’A.I. lie étrangement la publicité et l’information qui font l’objet à la fois de décor et de technologie avancée. Omniprésentes sur tous les murs du métro, du supermarché et des magasins, elles conditionnent le quotidien et les déplacements de chacun (et servent à placer insidieusement des sponsors tout au long du film). Il n’y a pas un plan de l’un de ces lieux publics sans une affiche publicitaire ou d’informations. Le monde de 2054 est peuplé d’images virtuelles, la technologie principalement tactile s’est banalisée et s’est répandue dans la vie de tous les jours. Submergés d’informations secondes après secondes, l’instant présent se réduit de plus en plus vite. Twitter, Facebook, flux RSS, emails via Smartphones… la course à l’information n’a t elle pas déjà commencé ? Et aujourd’hui, avec les systèmes de géolocalisation, nos Smartphones ne sont ils pas déjà pistés ?

 

La publicité est devenue, en 2054, une forme de technologie bien plus puissante que nous pouvons l’imaginer : les magazines et journaux qui tombent de l’attaché case sont autant d’informations viscéralement portées par la technologie, et plus précisément par l’animation virtuelle. En effet, les pages vivent par des mouvements d’images et de titres qui semblent s’actualiser d’eux-mêmes au cours de la journée. De 2012 à 2054 il n’y a qu’un pas : grâce aux IPad et Touch Pad, par exemple, nous nous rapprochons peu à peu de ces magazines et journaux animés tels que Spielberg les a conçus.

Alors, Steven Spielberg messager du futur ? Les paris faits sur certaines technologies de 2002 se sont, pour la majorité d’entre elles, déjà réalisés (plus précisément, le tactile qui s’est grandement développé en dix ans). Spielberg, partant, nous met en garde face à une technologie de plus en plus au service de la sécurité et propose une réflexion sur le sens du libre-arbitre et les dérives d’une société trop contrôlée. Quelles en sont les limites ? Si en un laps de temps de dix ans, Spielberg a eu le génie de nous révéler les avancées technologiques, qui dit qu’il ne nous révèlera pas également notre avenir proche de 2054 ? N’oublions pas que Big Brother is watching you…

Aimée Leroux

 

 

Ava Cahen

Profession : journaliste - chargée de cours à Paris Ouest Nanterre La Défense. Religion : Woody Allen (Dieu à lunettes). Série culte : Friends. Réalisateurs fétiches : Allen, Scorsese, Polanski, Dolan, Almodovar, Desplechin,... Ce que je n'aime pas : les films moralisateurs.

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