Moi Tonya by CLapMag
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3 bonnes raisons de ne pas manquer Moi Tonya

Début des années 1990, aux États-Unis. Tonya Harding, première patineuse à avoir réussi le très dangereux triple axel en compétition internationale, défraie la chronique pour avoir supposément participé à l’agression d’une de ses concurrentes à quelques semaines des Jeux Olympiques. Moi Tonya revient sur cette affaire de la meilleure des manières : avec distanciation et humour. On vous donne trois bonnes raisons de ne pas le manquer.

1°/ Pour le parcours atypique de Tonya Harding

À trois ans, sa mère l’a mise sur des patins. À cinq, elle remportait compétition sur compétition, reléguant des patineuses plus âgées et expérimentées aux autres marches du podium. Mais une fois adulte, les choses ne se sont pas passées aussi simplement. Si le monde entier a connu le nom de Tonya Harding lorsque le scandale a éclaté, très peu connaissaient le parcours de la sportive, qu’aucun jury de professionnels n’avait envie de faire gagner. Moi Tonya revient sur son éducation à la dure par une mère très pauvre et ce style brut de décoffrage qui lui a joué des tours en compétition. Une redneck pour représenter l’Amérique auprès du monde entier ? Avec ses costumes faits main et des chorégraphies sur du ACDC ? Impensable ! Si le film nous entraîne évidemment et inexorablement vers les quelques minutes qui bouleverseront l’existence de Tonya, il travaille surtout à nuancer le portrait de celle qui semblait n’être qu’une concurrente jalouse et ambitieuse de Nancy Kerrigan, la petite fiancée de l’Amérique version patins à glace. Moi Tonya, au contraire, donne à voir une Tonya Harding plus complexe. La femme battue et la sportive déçue. Et la preuve qu’une coupable idéale cache souvent bien des frustrations.

2°/ Pour sa galerie de personnages bigger than life

Au-delà de Tonya Harding, fascinante de combativité et d’espoirs déchus, Moi Tonya est peuplée de personnages réussis, stupéfiants de bêtise, de cruauté ou de gentillesse. Que ce soit Jeff, le mari charmeur et violent (finalement, surtout violent), insupportable d’agressivité ; Diane, l’entraîneuse, incroyable de douceur et de persévérance face à une élève tête-brûlée ; et surtout Lavona, mère terrifiante et cruelle, aussi avare en affection que généreuse en coups dans la gueule. Écrit à partir d’interviews de Tonya Harding et ses proches réalisées de longues années après sa déchéance, Moi Tonya offre à tous ces personnages un double portrait. Celui, à chaud, pris au coeur des événements, et celui, a posteriori, d’êtres prêts à tout pour faire valoir leur version des faits, quitte à mentir, se contredire et clamer que telle ou telle chose ne s’est jamais passée comme on le pense. Le film de Craig Gillepsie profite de ce dispositif pour se doubler d’un sous-texte sur la subjectivité des souvenirs et tacler de manière souvent drôle toutes les personnes qui ont pu mener la vie dure à Tonya Harding. Œil pour œil…

Moi Tonya by ClapMagAllison Janney. Terrifiante, méconnaissable, proprement hallucinante. 

3°/ Pour cet humour qu’on n’avait pas vu venir

Si on redoutait de se retrouver devant un énième biopic au style bien académique, Moi Tonya a rapidement balayé nos craintes. Mordant, rythmé par une bande-son so eighties redoutable et porté par l’énergie sans faille de Margot Robbie, le film drape son intrigue dramatique d’une ambiance joviale et profondément optimiste. Grâce aux témoignages enregistrés de Tonya, Lavona, Jeff, Diane et leurs proches, le film parvient à utiliser l’ironie dramatique et la distanciation avec une efficacité insoupçonnée. Entre confessions sur le tard, pause des personnages face caméra en plein milieu du récit et dédramatisation des événements (nécessaire pour rendre les dures scènes de violences domestiques supportables pour les spectateurs), Moi Tonya révèle progressivement ses atours comiques et peut surtout compter sur le talent de son casting. Allison Janney, en très grande forme, campe le pendant redneck de son avatar de la série Mom : une mère de famille acariâtre et adepte de l’amour vache, incapable de garder qui que ce soit autour d’elle, mais néanmoins prête à tout pour assurer le meilleur entraînement possible à sa fille. Avec un Screen Actor Guild Award, un BAFTA et un Golden Globe déjà en poche, elle pourrait bien gagner son premier Oscar le 4 mars prochain. On touche de la glace. 

Gauthier Moindrot

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi. Une identité se forge quand elle peut ! Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Voue un culte à Zach Braff, Jim Carrey, Guillermo DelToro, Quentin Tarantino et Balthazar Picsou (because why not ?).

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