Cannes 2014,  Films

Mommy : Vivo per lei – Cannes 2014

Aimer sa mère. Pour plus d’un, c’est naturel, facile, inné. Pour Xavier Dolan, aimer sa mère, c’est d’abord la tuer – métaphoriquement parlant – (J’ai tué ma mère), puis lui rendre la vie (échange de bons procédés). Mommy, c’est donc la seconde phase du processus; la déclaration d’amour, brutale, sensible, toxique et féroce d’un fils à sa mère. Le réalisateur, dès la séquence d’ouverture donne le ton : un article de loi qui explique qu’un parent peut remettre son enfant entre les mains d’établissements spécialisés si celui-ci fait état de troubles comportementaux et psychologiques impossibles à gérer. Une délégation de l’autorité parentale, un abandon masqué. Ça donne froid dans le dos. Pourtant, c’est bien « Maman, je t’aime » qu’on entend en bruit de fond dans chaque plan du film. Un amour entre une mère à l’allure adolescente et son fils atteint de TDAH rongé par l’acidité de la vie précaire, tandis que Wonderwall d’Oasis résonne à fendre le cœur. Après Tom à la ferme, thriller lourd et poignant, Xavier Dolan revient à la fable gonflée d’âme. Et si à 25 ans, le prix de la mise en scène à Cannes cette année, c’était pour lui ?

Si en se rasant tous les matins, Dolan doit rêver de la Palme d’or depuis sa nomination en compétition officielle, on peut dire qu’il à des rêves à la hauteur de ses ambitions. Mommy est une claque, tant émotionnelle, qu’esthétique; la confirmation que le réalisateur sait donner son coup de griffe à lui. On retrouve les élans habituels de sa caméra, les slow motions et les travellings léchés, sauf qu’ici, Dolan s’affranchit des limites du cadre, jouant des formats : jeu du 1.1 (décidément tendance) au cinémascope – et le passage d’un format à l’autre s’opère dans une séquence à couper le souffle, une séquence qui, en pleine projection, a fait applaudir la salle entière. L’histoire de Die et Steve, le réalisateur lui donne un écrin sublime, bercé par une lumière de fin d’après-midi. Il zoome sur une mère, veuve, qui vient récupérer son fils de quinze ans dans un centre de redressement après avoir tenté de mettre le feu à l’un de ses camarades. Chouette ambiance. Diane, dite Die (un surnom qui en dit long si l’on pense à son sens en anglais) va donc devoir s’occuper de Steve, jeune chien fou viscéralement attaché à celle qui lui a donné la vie, jusqu’à lui témoigner son amour par un bijou consacré : un collier sur lequel est inscrit « Mommy ».

Un manège cyclothymique où rires et larmes se mêlent dans une même extase.

« Les considérations freudiennes sommeillent toujours en nous » dit Xavier Dolan et, ici, c’est en effet l’analyse du lien mère-fils qui explose à la figure, en couleurs et chansons pop – que des classiques dans la playlist : On ne change pas de Céline Dion alias « trésor national », ou encore Blue d’Eiffel 65. Le sujet est grave, étouffant, violent; pourtant c’est la beauté du combat de Die et Steve pour faire tenir les harmonies qui l’emporte. On passe alors par toutes les gammes et tous les registres, de la violence physique à l’amour fou en passant par la paix, le calme et l’espoir. Un manège cyclothymique où rires et larmes se mêlent dans une même extase. On retrouve au casting quelques membres de la famille cinéma de Dolan : Anne Dorval (Die), Suzanne Clément (Kyla, la voisine qui va essayer de recomposer les morceaux de la cellule familiale, de restaurer la confiance) et Antoine Olivier Pilon (Steve), l’ado martyr de Collège Boy, clip d’Indochine signé de la main de Dolan. Un trio d’acteurs rayonnant, vecteur d’émotions vives et intenses – et les séquences de tensions qui se jouent entre Steve et chacune des deux femmes virent au duel âpre et érotique. Œdipe est toujours là, ouf. Mommy est une balade qui file au rythme des pulsions et impulsions de Steve, donnant comme des coups abrupts sur  les pédales de frein d’une voiture, alors que les passagers ne s’y attendent pas. Un nouveau bijou à compter dans la filmographie de l’enfant terrible du cinéma canadien. Un de plus. « And after all, you’re my wonderwall ». Tout est dit.

Mommy. Film candien de Xavier Dolan. Avec Anne Dorval, Suzanne Clément, Antoine-Olivier Pilon… Durée : 2h14. Genre :Drame. Distributeur : MK2 / Diaphana Distribution. En compétition officielle Festival de Cannes 2014. Sortie en salle: prochainement.

Ava Cahen

Profession : journaliste - chargée de cours à Paris Ouest Nanterre La Défense. Religion : Woody Allen (Dieu à lunettes). Série culte : Friends. Réalisateurs fétiches : Allen, Scorsese, Polanski, Dolan, Almodovar, Desplechin,... Ce que je n'aime pas : les films moralisateurs.

One Comment

  • Bertier

    Je n’ai vu qu’un seul film de Dolan, son premier, où il tue sa mère.
    Je l’ai vu sans savoir que le réalisateur était un génie, sans savoir qu’il avait 9 ans et demi au moment du tournage, sans savoir qu’il était gay, sans savoir qu’il se prenait et que le monde entier le prendrait pour le nouveau Kubrick quelques mois plus tard.

    J’avais adoré ce film, du moins la première partie, la fin se perdant dans un délire artistico-ésthétisant moins percutant. Mais cette première partie fut jouissive. J’ai encore en mémoire les disputes du héros avec sa mère dans la voiture et cette légereté si rare d’émouvoir tout en étant drôle, là ou très lourdement les productions actuelles enchainent piteusement les « scènes émotions » avec les scènes « drôles » et ne sont si touchantes ni marrantes.

    Quelle déception alors que ce Mommy.
    Je ne sais même pas par où commencer… Tiens ce fameux 1:1 qui s’élargit au grès des humeurs… Quelle trouvaille ! J’ai cru à un moment donné qu’on allait se le bouffer tout le film, que le format suivrait à la seconde prés les fluctuations du moral de nos héros et que tels les battements du cœur, les blanking bougeraient sans arrêt jusqu’à foutre la gerbe à toute l’audience. C’aurait au moins eu le mérite d’être drôle.
    Mais non, c’est simplement un artifice de mauvais étudiant en cinéma. Un marqueur trop visible et ostentatoire de la vanité et de l’égocentrisme de la mise en scène, que chaque séquence reprend sous d’autres formes.

    L’ésthétique ? Qui peut m’expliquer ces moments clipesques ?
    Rien d’autre qu’une mode absolument insupportable d’adolescent retardé. A la fin de la séquence de skateboard, je n’aurais pas été très étonné de voir le logo Apple apparaître à l’écran. Tout y est, la musique à gerber, l’image à la cool, le feel good, le pseudo-sentiment de liberté…
    Dolan fait un film publicitaire.

    Un point aussi sur le niveau sonore. Toutes les scènes se finissent en gueulant dans une hystérie totale et l’emporte celui qui tient le plus longtemps à des décibels inhumains pour un individu lambda non québécois(c’est gratuit je sais!) !
    Le film braille braille et braille jusqu’à ce qu’on rende les armes, qu’on avoue tout, qu’on avalise le propos, qu’on reconnaisse le génie.
    A peu de choses, la même technique qu’à Guantanamo où est diffusé du Britney Spears à fond 24h/24h.

    La musique justement…
    Le nouveau snobisme est d’être tellement snobe sans l’assumer, qu’on assume de la merde simplement pour montrer qu’on est pas snobe, ce qui est bien entendu le comble du snobisme…
    Alors pour admirer Dolan nous pondre un « moment déchirant » malgré la B.O. , on doit se taper Céline Dion, Eiffel 65 et Vivo per Lei en karaoké.
    Dans des scènes d’une niaiserie indicibles qui plus est…

    Les deux actrices, en revanche, sous la direction de Dolan, sont sensationnelles. Dorval, je pourrais la regarder des heures entières sans m’ennuyer, elle est magnifique et je n’ose imaginer le film sans elle.
    Le gars encensé partout est lui agaçant au possible, irritant et presque haïssable tant le film est complaisant avec son personnage. L’envie de lui mettre un bonne gifle dans la tronche au bout de 15 minutes, ce qui n’aide vraiment pas à être touché par le film.

    Je pourrais continuer longtemps pour évoquer le fond avec lequel je suis en désaccord total, ce qui n’empêche pas normalement d’apprécier un film quand le reste est appréciable. Içi, pas une séquence ne m’a ému et si j’ai ri de bon cœur 2 ou 3 fois, j’ai surtout eu l’impression d’être pris en otage par un adolescent de 15 ans qui ajoute à toutes les tares de cet âge ingrat, la parfaite prétention d’être le génie absolu et désormais indépassable du cinéma contemporain.
    Dolan ne fait pas son âge, c’est bien vrai, on lui donnerait bien 10 ans de moins. Il aurait alors des circonstances atténuantes.

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