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Naomi Watts dans Twin Peaks : le feu qui couve ?

Au moment où David Lynch est en plein tournage de la saison 3 de la série Twin Peaks, commencé au mois de septembre de cette année et dont la diffusion sur la chaîne de télévision américaine Showtime est prévue pour 2017, les rumeurs vont bon train sur le choix de son casting. On sait la place centrale qu’occupent les femmes dans l’œuvre et la vie du cinéaste, à tel point que les deux ont parfois tendance à se mêler entre elles comme le rêve et la vie dans ses films. D’Isabella Rosselini (qui fut pour un temps sa compagne à la ville) à Laura Dern en passant par Patricia Arquette, elles représentent une source d’inspiration essentielle pour le réalisateur. Naomi Watts s’ajoute à la liste, puisque après Mulholland Drive (2001) qui révéla son talent d’actrice au grand public, et Inland Empire (2006) où comme elle l’avait déjà fait dans la série Rabbits (2002) disponible sur son site internet, elle prête sa voix au personnage de la famille lapin prénommé Suzie, elle devrait rejoindre l’aventure momentanément interrompue en 1991 (année de diffusion du dernier épisode en date de la série).

Si l’on s’en tient à la distribution des rôles tenus par de jeunes actrices dans les films de David Lynch, reflet des conceptions imprégnées de puritanisme de l’homme (né au sein d’une famille presbytérienne), le personnage de Naomi Watts devrait avoir le choix entre deux figures complémentaires constitutives de son œuvre. Objet du désir et/ou de l’en-quête, elle est la femme « corruptrice », flamme à laquelle le héros masculin se brûle (Fire Walk with me, sous-titre du long métrage tiré de la série Twin Peaks ; 1992), clé de songes qui se métamorphosent presque aussitôt en cauchemar (Renee/Alice interprétées par Patricia Arquette dans Lost Highway ; 1997). Élément moteur du désir inconscient de transgresser l’ordre établi : le principe de réalité dans Lost Highway (au moment d’assouvir son fantasme, l’objet de son désir disparaît et Pete Dayton « redevient » Fred Madison), ou encore l’autorité maternelle (Sailor et Lula ; 1990), celui qui cède à sa tentation doit s’attendre à en subir les conséquences. Le plan final de la série nous montre justement un Dale Cooper sur le point de sombrer dans une folie délétère qui se trouve être l’exact reflet de celle qui s’est emparée de Leland, le père de Laura Palmer. Mais le cinéma lynchien en fait aussi la dupe de ses propres fantasmes et/ou pulsions auto-destructrices : rêve hollywoodien de l’actrice débutante broyée par le système impitoyable de l’industrie cinématographique (Mulholland Drive), désir frustré d’évasion d’une jeune fille prise au piège de la jalousie maladive de son père (Twin Peaks).

Twin Peaks

La disparition de son propre père dans des conditions mystérieuses à l’âge de 7 ans n’est sûrement pas étrangère à la sensibilité à fleur de peau caractéristique de Naomi Watts, fragilité psychologique qui émane naturellement de l’actrice et que le réalisateur aura su justement exploiter dans Mulholland Drive. D’autant plus que celle-ci semble partager avec son mentor une fascination naturelle pour les aspects les plus sombres de la vie, au point qu’elle confiera au magazine Variety (interview du 12 décembre 2006) que les comédies romantiques n’évoquant rien chez elle, on ne risque pas d’y retrouver un jour son nom au générique. Si l’on ajoute qu’elle est une adepte de la méditation transcendantale si chère à David Lynch lui-même, Naomi Watts se présente comme une actrice prédestinée au rôle que son génie artistique voudra bien lui offrir, quel qu’il soit. Reste à savoir à quelle sauce ce dernier compte la « cuisiner ».

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