Films

New York Melody : critique

I’m gonna be a part of it

Une chanson peut-elle changer le cours de votre vie ? C’est à cette question toute bête que tente de répondre New York Melody, dernier film de John Carney, rendant grâce – comme le faisait déjà Shakespeare (La Nuit des rois, Le Songe d’une nuit d’été) – à la musique et son pouvoir magique. Après Once, petit bijou indé de la rom’com musicale, le réalisateur pose ses bagages dans les rues de la Big Apple pour y saisir les harmonies et les dissonances des cœurs qui font battre la ville. Là-bas, les hauts et les bémols. La caméra isole alors dans le champ deux personnages, Gretta (Keira Knightley) et Dan (Mark Ruffalo) deux inconnus, mais des inconnus qui partagent pourtant le même blues, et dont le destin va se lier, un soir, dans un bar, comme par enchantement. La naissance des hasards, la beauté des rencontres, la fécondité de la chance, la force des sentiments, voilà quelques- unes des thématiques filées dans New York Melody. Amateurs de feel-good movie et de guitare folk, ce film est fait pour vous.

A New York, tout est possible, on le sait bien; il ne faut jamais dire jamais. Pourtant Gretta et Dan semblent vouloir baisser les bras. Plaqués, blessés, trahis, ils ont chacun leurs raisons d’abandonner, leurs poches trouées laissant peu à peu s’échapper les rêves qu’ils avaient bâtis. Mais un soir, dans un petit rade de la ville, Dan a une révélation. Passée l’ envie de se fiche en l’air du haut d’un pont; il vient de trouver la perle rare, celle qui a ranimé son flair de producteur : Gretta, une jeune chanteuse, en scène, que le monde alentour ne voit même pas. Si les oreilles des buveurs de bière du coin sont insensibles à la beauté de la ballade jouée, celles du producteur, elles, se mettent au garde-à-vous. Dan imagine les lignes de basse qui pourraient s’accorder à la mélodie, les coups de baguettes sur une caisse claire, les notes de piano qui rehausseraient l’humeur générale; dans un coin de sa tête, la musique prend vie, sonnant comme le tube qu’il attendait depuis longtemps. C’est donc autour de cette rencontre-clé que Carney construit son récit musical, alternant les points de vue des deux protagonistes sur l’histoire, jonglant avec les chronologies, entre présent et passé, afin de nous faire marcher au plus près des héros.

On découvre en effet, petit à petit, les blessures (au cœur et à l’ego) que Dan et Gretta tentent de cacher, remontant le fil des évènements qui ont fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui : des êtres paumés. Alors pour casser le cycle de la lose, ils font le pari fou de faire un disque ensemble, sans label, sans fric, mais dans le plus beau studio du monde : New York, à ciel ouvert. Balade et Ballade, c’est ce que nous propose John Carney, d’aller chanter sur les toits de la ville, dans les ruelles piétonnes, sur la Ve Avenue, jusqu’au Bronx; de vivre ses rêves, malgré tout. I’m gonna be a part of it comme chantait si bien Sinatra.  Certes le message est éculé, mais il sonne juste – comme la douce voix de Keira Knightley, toute en retenue. L’actrice, qui se révèle multi-talents, partage ici l’affiche avec Mark Ruffalo qui, lui, se fait rare dans les comédies romantiques – et si on se réfère à Et si c’était vrai, on comprend mieux pourquoi; pourtant, le look « Hank Moody » (Californication) qu’il arbore ici lui va comme un gant, un naturel cabotin que Carney cerne bien.

Un duo qui fonctionne, des mélodies entêtantes, un scénario sympathique, New York Melody n’a pas besoin de plus pour ravir les cinéphiles de l’été. Un film qui fait du bien, jusqu’à la BO qu’on a directement envie de charger dans son iPod. Il aura fallu attendre sept ans après Once; finalement, ça en valait la peine.

Sortie en salle le 30 juillet 2014; réalisé par John Carney; avec Keira Knightley, Mark Ruffalo, Adam Levine, …; durée : 1h44; Distributeur : UGC Distribution.

Ava Cahen

Profession : journaliste - chargée de cours à Paris Ouest Nanterre La Défense. Religion : Woody Allen (Dieu à lunettes). Série culte : Friends. Réalisateurs fétiches : Allen, Scorsese, Polanski, Dolan, Almodovar, Desplechin,... Ce que je n'aime pas : les films moralisateurs.

2 Comments

  • Julien Vachon

    Un très beau film, l’esthétique docu que la bande annonce nous servait est vraiment très loin, on plonge rapidement dans un univers assez intimiste.
    En bref, une comédie américaine légère et touchante comme on n’en fait plus. Loin des clichés du genre où la musique devient un barbarisme ou un fardeau auditif; ici la musique soutient le nœud de l’histoire et des relations inter personnages.

    Dans les méandres du Jack Daniel se cache une certaine esthétique qui peut éventuellement nous rapprocher du personnage de l’écrivain incarné auparavant par Johnny Depp dans « Fenêtre secrète ». Dans ce film nous avions un écrivain qui n’écrit plus et qui se noie dans l’alcool pour ne pas voir la tempête du certains désert affectif. Tout comme dans Fenêtre secrète, nous avons un couple en point de rupture, mais dans New York Melody, l’histoire se finit bien, chacun part serein vers une nouvelle vie, tandis que dans l’autre film, le seul dénouement est le meurtre. Peut-être que finalement le meurtre est également présent dans le film de John Carney, mais de façon plus difficile à appréhender. En effet, n’y a-t-il pas plus dangereux qu’un producteur qui décide d’offrir gratuitement son œuvre ? Dans notre fin, il y a un certains suicides économiques pour aller vers une autre façon d’appréhender la vie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *