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Nicolas Winding Refn, l’impardonnable

Balancé sous le feu des projecteurs avec le bolide Drive en 2011, Nicolas Winding Refn connaît un parcours en dents de scie. Considéré tour à tour comme le nouveau Scorsese, le futur Kubrick ou le mauvais fils spirituel de Lynch et Jodorowsky, le réalisateur danois intrigue, éblouit, divise. Ses protagonistes, rocs isolés dans la marée des violences humaines, sont autant de masques qu’il s’attribue dans une quête de reconnaissance continue. Anges vengeurs aux prises avec leurs démons, les héros de Refn sont les figures tragiques d’une humanité comprenant que le pardon est impossible. 

Mythes et Martyrs

Refn a fait du chemin. De Copenhague à Los Angeles, en passant par Bangkok, celui qui fut un temps l’enfant terrible du cinéma scandinave a créé sa voie, aux frontières du drame et du cinéma de genre, de l’épique et de l’intime, du fantastique et du trivial. Qu’ils grouillent dans les bas-fonds de Pusher ou hantent les lofts et manoirs de The Neon Demonses personnages sont le fruit d’une vision bâtie sans compromis.

La défense à tout prix d’une liberté créative unique, assumant ses références comme ses particularités, est au cœur de l’approche cinématographique de Refn. Pour l’auteur, qui appose à ses films le sceau « NWR » comme pour annoncer qu’aucune contrefaçon ne sera tolérée, tous les moyens sont bons pour transcrire à l’écran une vision que lui seul semble en mesure de maîtriser. Y compris négocier avec l’organisation d’un festival thaïlandais afin d’y intervenir aux côtés de Ryan Gosling contre rémunération – une somme qui sera immédiatement redistribuée dans le budget de production d’Only God Forgives. Refn ne semble se fier qu’à lui-même, au risque parfois de laisser son public et ses critiques loin, bien loin derrière lui.

Refn est aussi complexe que complexé. Ses personnages, à la fois observateurs et participants aux dérives du monde, existent aux frontières du réel et du mythologique. Le religieux n’est jamais loin de son esprit, souvent présent dans ses titres – L’Ange de la mort, Only God Forgives, Valhalla Rising, The Neon Demon sont autant d’échos au sacré, païen ou chrétien. Refn traite ses histoires comme des mythes, des tragédies épiques où le héros, isolé car sorti de ses terres comme One Eye dans Valhalla Rising ou Jesse dans The Neon Demon, sera sacrifié pour exposer le meilleur et le pire de son nouvel environnement. La mort est souvent l’issue préférée pour les martyrs de Refn, laissant à leur entourage le soin de chercher le propre pardon.

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Refn, ou le refus du pardon

L’artiste Refn se voit peut-être comme ces mêmes personnages, un outsider dont la mission serait de montrer une forme unique de cinéma, donnée en pâture à la critique pour animer les âmes. Entre ambition et prétention, Refn communique comme ses protagonistes, par tranches de silences entrecoupées d’éclats de violence. Une violence parfois vue comme un but en soi, comme un moyen de secouer le statu quo. Dans Bronson, le personnage éponyme joué par Tom Hardy fait de la brutalité un medium, une façon de communiquer un point de vue. Bronson ne cherche pas le pardon non plus ; mais là où les héros de Drive, Valhalla Rising ou The Neon Demon agissent en réaction du monde qui les entoure, Charlie Bronson est un acteur actif, exprimant sa volonté de changer l’ordre des choses.

À mesure qu’évolue sa filmographie, Refn est lui aussi passé du statut d’agitateur conscient à celui de force brute, exprimant par l’image, le son, la violence et la vulgarité une volonté, un souhait d’impacter son environnement. La culmination des thèmes et ambitions dans Drive, film à l’humanité inédite dans l’oeuvre du cinéaste danois, a depuis laissé l’auteur dans un état d’attente, de tentatives artistiques rarement concluantes. Les motivations de One Eye, du Driver ou de Bronson étaient claires, et mues par une volonté d’aider, ou au moins d’apprécier ceux qui le méritent. Dans The Neon Demon, la jeune Jesse devient rapidement consciente de l’admiration teintée de jalousie que lui porte son entourage. « I don’t want to be like them, they want to be like me » – l’icône de beauté, déchaînant la haine et les passions, se sacrifie pour inspirer, pour donner une chance aux actrices de son milieu d’atteindre un jour son niveau. Au terme du film, on imagine sans mal la même idée naviguer dans l’esprit de Nicolas Winding Refn. Pousser sa vision au risque d’être crucifié par la critique, plutôt que chercher son pardon : au rythme de ses succès et de ses échecs, le réalisateur danois a au moins réussi à faire passer son message.

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