Nu by ClapMag
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NU et VINGT-CINQ, les petites fessées d’OCS

Si ARTE est la seule chaîne de l’Hexagone à bénéficier des honneurs de la compétition internationale avec Ad Vitam, OCS n’est pas en reste puisque deux de ses créations se partagent l’affiche de la compétition française. Nu et Vingt-Cinq semblent très éloignées dans la forme, mais elles partagent pourtant une thématique commune : celle d’un monde qui continue d’avancer envers et contre tout. Surtout quand on est loin derrière, complètement à la ramasse.

Nu, créée par Olivier Fox (France)
Avec Satya Dusaugey, Malya Roman, Alain Bouzigues, Valérie Decobert-Koretzky
Diffusion prévue dès le 7 juin 2018 sur OCS Max

Un joggeur court au ralenti autour d’un lac et passe devant deux pêcheurs affairés non loin de là. Tous trois se saluent calmement. Il fait beau, l’image est bucolique à souhait, une musique électronique planante enrobe cette petite escapade. Rien de bien étrange jusque là. Si ce n’est que les trois protagonistes ont oublié leurs vêtements chez eux et qu’aucun ne semble s’en émouvoir. Bienvenue dans Nu, la première série d’Olivier Fox (scénariste pour Avocats et Associés, Engrenages et Doc Martin). Son postulat est plus que prometteur : en 2026, la société a bien changé. Une loi un brin extrême a été votée quatre ans plus tôt, obligeant tous les Français à se présenter nus dans tous les lieux publics. En son cœur, un besoin urgent de sécurité et de se protéger des autres. Depuis, le crime a radicalement baissé et les relations humaines se sont apaisées puisque personne ne peut plus rien cacher à son entourage. Bref, la Loi Transparence a changé le monde et toute l’Europe – ou presque – l’a adoptée. Le lieutenant Frank Fish en prend brutalement conscience le jour où il sort d’un long coma et frôle le malaise devant tous ces corps (trop) exposés.

D’entrée de jeu, Nu fascine. Son pitch, véritablement culotté, en a fait l’une des curiosités les plus intrigantes du 9e Festival Séries Mania. À travers cette « Loi Transparence », la série d’Olivier Fox titille de nombreux thèmes importants : le besoin fébrile de se sentir en sécurité, la difficulté de s’adapter à un monde bien différent de celui auquel on est habitué, l’endoctrinement des masses par les régimes totalitaires, ou les sectes. Il y a un peu de ça dans ce nouveau mode de société… Des sujets a priori lourds, mais que Nu aborde avec la légèreté et la fraîcheur caractéristiques de bien des séries OCS (à la manière d’Irresponsable, Les Grands ou Holly Weed). Peut-être un peu trop à notre goût ? Alors que les possibilités d’un tel postulat sont infinies et infiniment passionnantes, la série d’Olivier Fox fait le choix un peu étrange de se focaliser sur les petites histoires de ses héros (les tromperies, les tensions entre collègues, l’omniprésence étouffante des parents) en laissant les problématiques sociétales très en arrière plan. Un choix assumé mais parfois étonnant. Nu aurait pu (dû ?) faire preuve de plus d’ambition et avait le potentiel pour devenir une série impertinente au regard affûté sur l’actualité. Restent ce pitch complètement fou, quelques idées de génie (les publicités pour lingettes anales, parfaites pour éviter les bactéries lors des transports en commun) et ce parti-pris bien courageux de mettre tout son casting à poil le temps de dix épisodes. Et croyez-nous, la nudité est bel et bien frontale. On a connu des séries bien moins couillues.

Nu by ClapMag

Vingt-Cinq, créée par Bryan Marciano (France)
Avec Bryan Marciano, Esther Garrel, Alexandre Boublil, Pablo Pauly
Diffusion prévue en automne sur OCS Max

Face à Nu, OSC joue la carte du générationnel avec Vingt-Cinq, première série de Bryan Marciano (aperçu dans Les Gamins ou La Crème de la crème). Après un séjour de deux ans à New York, Jérémy se fait plaquer à l’aéroport par la fille qu’il aime depuis le lycée. Neuf ans de vie commune sur lesquels tirer un trait, quand on a rien vu venir, ça vous sonne comme un coup de poing dans la gueule. Marche arrière pour le pauvre Jérémy : adieu ses rêves d’appartement à deux et retour chez les parents, pour qui il bosse sans trop toucher d’argent. Autour de lui, ses potes se font plaisir. L’un trouve toutes les astuces possibles pour gagner du fric sans trop d’effort, un autre baise tout ce qui bouge – du moins le dit-il – et un autre encore demande sa copine en mariage. Bref, quand son monde s’effondre, celui des autres continue de tourner. Il est des crises identitaires qui s’annoncent pour moins que ça.

Avec Vingt-Cinq, OCS tape un grand coup dans la fourmilière des rêves et des attentes d’une génération égarée. 25 ans, le bel âge. Celui où tout est encore possible. 25 ans, c’est la jeunesse, la vivacité, le dynamisme, le sexe libre. Mais c’est aussi l’âge où l’on réalise que toutes les belles choses qu’on nous a fait miroiter sont encore hors de portée. Que les jobs qu’on rêve de décrocher sont inaccessibles, que le grand amour n’est pas éternel, qu’on peut étouffer dans son quotidien paisible comme dans une prison. Vingt-Cinq s’attache donc à dresser le portrait nuancé d’une jeunesse paumée entre ce qu’on lui a promis et ce qu’elle se voit soudainement devoir gérer, et pour qui les 30 ans qui s’annoncent, là-bas dans le viseur, apparaissent comme une affreuse épée de Damoclès et pourraient bien sonner la fin de la récré.

Pas bien joyeuse sur le papier, Vingt-Cinq a pourtant été dévoilée lors du Marathon Comédie de Séries Mania. Mais la série de Bryan Marciano, produite par Géraldine Nakache, apportera indéniablement une nouvelle couleur aux grilles d’OCS. Loin des autres programmes de la chaîne, souvent lumineux et colorés, Vingt-Cinq semble être la première comédie d’auteur d’Orange. Sombre, désenchantée, elle se rapproche davantage des dramédies existentielles anglo-saxonnes (à la Girls) que des autres séries maisons. Derrière chaque scène, même les plus drôles, suinte un mal-être palpable, un désespoir touchant, qui font de Vingt-Cinq la première vraie comédie triste du paysage audiovisuel français. De quoi instantanément attiser notre curiosité et nous faire attendre avec intérêt la diffusion des dix épisodes qui nous manquent.

Vingt-Cinq by ClapMag

Gauthier Moindrot

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi. Une identité se forge quand elle peut ! Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Voue un culte à Zach Braff, Jim Carrey, Guillermo DelToro, Quentin Tarantino et Balthazar Picsou (because why not ?).

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