On The Spectrum by CLapMag
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On the Spectrum : la différence à fleur de peau

Depuis quelques années, Israël est devenu un grand vivier de séries innovantes et audacieuses. De Hatufim, qui a inspiré l’Américaine Homeland, à Betipul, que son créateur Hagaï Levi a lui-même adapté aux États-Unis (En analyse), en passant plus récemment par Fauda, série polémique disponible sur Netflix : les projets sont nombreux et traitent de sujets forts à la résonance internationale. Cette année, à l’occasion de sa neuvième édition, Séries Mania a sélectionné On the Spectrum pour sa compétition officielle. Une pépite intimiste, au point de vue troublant.

Samedi 28 avril, pour la première projection de la Compétition officielle, Séries Mania a frappé fort avec l’avant-première mondiale d’On the Spectrum. La série nous invite dans le quotidien complexe et chaotique de trois autistes vivant sous le même toit. Une colocation atypique, chapeautée par une assistante sociale qui se charge de les aider dans leurs recherches d’emploi et de gérer avec eux cette nouvelle autonomie. Pour écrire la série, ses créateurs Yuval Shafferman et Dana Idisis (dont l’un des frères est atteint du trouble du spectre de l’autisme) se sont particulièrement inspirés du développement récent de ces nouveaux lieux de vie pour autistes, leur offrant ainsi une indépendance relative et encadrée.

Dès les premières images, on sent tout de suite la volonté de coller au plus près de la réalité de ces personnages attachants, décalés, qui réagissent bien souvent de manière déroutante pour nous, spectateurs. Pour incarner au mieux leurs alter egos, les comédiens principaux, présents lors de la projection, ont d’ailleurs exacerbé leur jeu d’acteur pour coller au plus près des réactions épidermiques et disproportionnées de leurs personnages peu conventionnels.

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La volonté du réalisateur Yuval Shafferman était de développer le point de vue de ces fabuleux personnages, en nous immergeant complètement dans la complexité de leur quotidien. La caméra s’attarde sur la difficulté pour eux de trouver l’amour, de passer un entretien d’embauche ou de communiquer avec les autres alors qu’ils n’ont pas de filtre et disent tout ce qui leur passe par la tête, quitte à être politiquement très incorrects. La série rend accessible leur principal challenge : être acceptés pour ce qu’ils sont, sans être perçus comme des individus inquiétants et dérangeants. Pour y parvenir, Shafferman nous montre des personnes avant tout : sans maquillage ni fioriture. La série revendique ainsi ouvertement son besoin d’authenticité.

On the Spectrum est une série chorale, filmée tout en finesse et en plans larges pour capter le décalage. Elle surfe habilement entre comédie et drame, sans jamais se moquer de ses trois héros hors norme. Le programme israélien capte les petits plaisirs et la naïveté de ces trois colocataires, mais aussi leur désespoir, leur impuissance et cette insupportable rage face à la difficulté d’exister, en tant que personne, dans un monde où leur différence leur est renvoyée en pleine figure à longueur de temps. Dans un monde où la société rejette les personnes qui n’entrent pas dans le moule. Dans un monde où le handicap dérange profondément. Dans un monde qui ne veut pas s’adapter.

On the Spectrum aura été mon coup cœur du festival. Malheureusement, la série n’a pas de diffuseur français à ce jour.

Israël. Créée par Dana Idisis et Yuval Shafferman. Avec Niv Majar, Neomi Levov, Ben Yosipovich, Avi Dangur, Uri Gat, Tal Yakimov, Itamar Rotschild. 12×28’. Diffusion prévue en Israël sur Yes courant mai 2018

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