Séries

Once Upon A Time saison 3 : lost in Neverland

Nul besoin de présenter Once Upon A Time, série populaire d’ABC (et de son diffuseur français M6). Apparue il y a deux ans, OUAT pour les intimes a fait rêver les téléspectateurs aux cœurs de grands enfants, ravis de voir les héros des contes de fée prendre vie de manière audacieuse sur petit écran. Surtout, la série a pu combler un vide laissé par la disparition de LOST, figure de proue de ce qu’on a pu communément appeler l’âge d’or des séries américaines modernes. Lost, avec son grand groupe de personnages, son île magique et ses flashbacks, est devenue une des séries les plus suivies frénétiquement par les fans. Once Upon A Time, que l’on doit à deux anciens scénaristes de Lost, reprend les mêmes ingrédients, saupoudrés d’un soupçon de magie enfantine. L’équipe de Clap!  avait d’ailleurs judicieusement fait le rapprochement dans un dossier.

 

Deux ans plus tard, dans un enthousiasme, disons-le, bien plus modéré, Once Upon A Time nous livre sa troisième saison. Comme son aîné, OUAT a perdu bien de ses admirateurs avec une saison 2 partiellement ratée où l’imagination et l’inventivité laissaient parfois place à l’auto-sabotage. Là où la saison 1 avait mis en place une méchante charismatique, Regina Mills, Evil Queen essentielle à tout conte de fée qui se respecte, et son rival malicieux et cruel Rumpelstiltskin, la saison 2 avait choisi de redistribuer les cartes en apportant un peu de nuances. Grand mal leur en a pris : après tout, dans les contes comme dans toute œuvre audiovisuelle, le vilain est primordial. Après une Regina déchirée entre ses instincts maléfiques et son désir de reconnaissance maternel (qui faisait son intérêt en saison 1), Rumpel se retrouve adouci et transi d’amour pour Belle. De deux vilains charismatiques, nous étions tombés à zéro. Ajoutons à cela des tentatives de nouveaux personnages foireux (le géant, le touriste cherchant son père), des relectures de contes peu inspirées (Jack, le chasseur de géants, serait en réalité une fille, WOW !) et les niaiseries incessantes de Blanche-Neige et son Prince beaucoup trop Charmant, il fallait repartir sur de bonnes bases.

Un héritage un peu trop assumé

Le message serait-il passé ? L’année 3 semble être celle du changement ! Exit Storybrooke, hello Neverland ! À la fin de la saison précédente, nos héros – en équipe très réduite – quittaient le village à la recherche d’Henry, kidnappé par les larbins de Peter Pan. Nous abandonnons donc tout ce à quoi nous étions habitués, tant niveau lieux que têtes connues. Tous les personnages secondaires sont restés au village et nous ne sommes désormais plus en présence que de la famille Swan, épaulée de Regina, Hook et Rupelstiltskin. OUAT se met alors à lorgner vers son héritage « LOSTien ». Alors que dans les saisons précédentes, les ressemblances étaient surtout liées à la structure de la série, celles-ci commencent à être de plus en plus visibles. Nos héros sont donc désormais prisonniers d’une île dont il est magiquement impossible de partir et sujets aux attaques d’un groupe souvent invisible parce que connaissant l’île comme sa poche ; Rumpel a des hallucinations ; l’île et ses pouvoirs jouent sur leurs nerfs et font ressortir les blessures du passé ; les personnages sont menacés par une ombre noire démoniaque qui rappelle une certaine fumée destructrice… Aucun doute : pour relancer la machine Once Upon A Time, les scénaristes ressortent la bonne vieille marmite et espèrent réussir une seconde potion magique. Mais leurs espoirs – louables – se trouvent un peu contrecarrés par les erreurs faites l’an passé.

À vilain, vilain et demi !

Reprocher à Once Upon A Time ses effets spéciaux plus cheap que ceux de Charmed il y a dix ans reviendrait à enfoncer une porte déjà bien martelée. On sait qu’ils sont mauvais, d’accord, mais on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi la série s’entête à mettre en place des éléments nécessitant un budget de post-prod conséquent (l’épisode 3×01, particulièrement mal foutu, se passe quasiment entièrement en mer, parfois déchaînée, parfois pleine de sirènes, quoiqu’il en soit toujours très très moche). Passons, donc. Point positif : OUAT semble avoir retrouvé l’envie d’opposer à ses personnages un méchant vite identifiable et d’autres protagonistes aux ambitions troubles. Adieu aux errances et aux questions du style « Regina est-elle gentille ou vilaine ? », « M. Gold est-il un monstre ? ». Tant mieux d’ailleurs, puisque ni l’un ni l’autre n’ont plus la crédibilité nécessaire pour mériter le statut de vilain potentiel. Avec l’introduction d’un Peter Pan maléfique, OUAT recommence à jouer avec les contes de fées de manière inattendue. Grand « « Big Bad » annoncé de la saison, rendu quasiment tout puissant après l’épisode 8 diffusé le 17 novembre, Pan mêle l’insolence d’un adolescent tête à claque, la séduction du côté obscur de la Force et l’assurance d’un méchant en pleine conscience de ses capacités. Un bon point à ajouter à celui d’introduire des personnages dont on ne sait pas encore s’ils seront de véritables alliés, comme cette Fée Clochette revancharde au célèbre tempérament capricieux.

 

 

Long Live The (Evil) Queen !

Malheureusement, la série continue d’être desservie par ce qui devrait faire la force de toute série feuilletonnante : ses personnages. Snow White et Charming en sont le handicap le plus flagrant. Ces inséparables romantiques n’apportent depuis deux saisons que niaiseries et faiblesses à leurs histoires. Pas un épisode sans sa déclaration d’amour, son baiser fougueux ou sa désapprobation commune envers le comportement maléfique de Regina. Snow, particulièrement, ne semble être présente dans le groupe que pour asséner à chacun sa morale personnelle à base d’amour et d’optimisme jusqu’au-boutiste. « You saved my life. The least I can do is help you find the love of yours. » (“tu m’as sauvé la vie, la moindre des choses serait que je t’aide à trouver l’Amour ») dit-elle dans un épisode ; « You deserve a happy ending, Emma, and happy endings always start with hope » (« Tu mérites d’être heureuse, Emma, et le bonheur n’arrive jamais sans un peu d’espoir ») lance-t-elle ensuite. Snow, ou le pudding humain, optimiste jusqu’à l’écœurement ! Regina, qu’on ne peut s’empêcher de trouver horriblement sous-exploitée, est heureusement là pour servir de contre-pied, tel un véritable sniper de cynisme chargé de tirer à vue.

SNOW WHITE – Bring back the mermaid !!

REGINA – And then what, you’ll win her over with your rainbow kisses and unicorn stickers? 

(BLANCHE NEIGE – Ramène la sirène à la vie !!

REGINA – Et après ça ? Tu la vaincras en lui jetant des bisous couleur arc-en-ciel et des autocollants en forme de licornes ?)

 

Au bout du conte…

Le problème de Once Upon A Time est que ses créateurs ne semblent avoir retenu des contes de fée que la fin habituelle : ils vécurent heureux patati patata et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Un peu candide comme vision des choses, tant ces histoires ont une part de noirceur. Avant le happy end obligatoire, ils font tout de même passer un mauvais quart d’heure à ses héros. Que ce soit Blanche Neige empoisonnée, Cendrillon humiliée, Aurore endormie, les héroïnes trinquent et les vilains se marrent, du moins pour un temps. Or, pas une trace de cruauté dans OUAT, sorte de monde parallèle où tout problème se résout dans la minute. Cette noirceur est pourtant primordiale car elle aide les contes de fées à transmettre à l’enfant qui les reçoit un message, une leçon de vie qui l’aidera à grandir. Ils lui apprennent à distinguer le bien et le mal, le mettent face à des situations qu’il peut avoir à affronter tôt ou tard : rivalité fraternelle, émancipation des parents…. C’est parce qu’ils sont très noirs, très durs (pensons au Petit Poucet, abandonné dans la forêt par des parents sans le sou) que la fin des contes apparaît comme un soulagement, une victoire du bien sur le mal. Même si elle est destinée à un public évidemment plus âgé, on ne peut s’empêcher de regretter qu’avec ses intrigues beaucoup trop faciles, Once Upon A Time manque une opportunité de quitter son statut d’ersatz low-cost de Lost et de devenir une série intéressante d’un point de vue intellectuel. Pour l’instant, elle ne reste qu’un divertissement de week-end. Le genre de série qu’on regarde parce que ses défauts nous font marrer. Comme une sorte de nanar télévisuel. On se met alors à espérer que la série ne s’étire pas sur trop de saisons et que le happy end final s’approche de celui qu’espère Regina… et de nombreux fans.

 

Gauthier Moindrot

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi. Une identité se forge quand elle peut ! Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Voue un culte à Zach Braff, Jim Carrey, Guillermo DelToro, Quentin Tarantino et Balthazar Picsou (because why not ?).

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