Hojoom
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À Berlin, une comédie gore et un film fantastique venus d’Iran

Dans Porc de l’Iranien Mani Haghighi, en compétition à la Berlinale, un tueur en série pourchasse les réalisateurs pour leur couper la tête.

Étranger objet que ce film Khook (Porc), qui nous arrive d’Iran. Il commence par une scène de rue à Téhéran : quatre jeunes filles bavardent et rient en marchant, le nez rivé sur leur téléphone portable. Puis un homme les dépasse en courant, elles le suivent, arrivent sur un attroupement. Que fixe la petit foule sur le bord du trottoir ? Une tête coupée. Le ton est donné, ce film iranien ne sera pas une chronique, ni sociale ni familiale. Ce sera un film de genre. Mais quel genre ? Une comédie, avec têtes coupées, qui se déroule dans le milieu du cinéma iranien, entre les réalisateurs censurés et ceux qui ne le sont pas.

La scène suivante introduit le personnage principal : Hassan, un quadragénaire ventru et chevelu, habillé d’un t-shirt ACDC, perdu dans un vernissage d’art contemporain. Il est cinéaste, mais est interdit de tournage, et bout de jalousie en voyant son amante, actrice, badiner avec un autre cinéaste qui, lui, a encore le droit de faire des films. Bientôt tout le petit monde de l’art présent au vernissage s’émeut en regardant son téléphone portable : un réalisateur a été assassiné, on a retrouvé sa tête coupée. En fait, dans Porc, un tueur en série a décidé de s’en prendre aux cinéastes du pays. Est-ce que ce sera bientôt le tour d’Hassan, alors qu’il est obligé de tourner des pubs pour des pesticides et que la police sera bientôt après lui ?

porc

Porc est à la fois une satire du pouvoir iranien qui censure les cinéastes et du monde du cinéma, souvent tourné en ridicule dans le film. Sûrement un peu les deux. Le personnage du réalisateur immature, vaniteux, maladroit et caractériel est définitivement comique. Les péripéties de comédie s’enchaînent aussi avec les morts. Le tout sur une tonalité gore, les têtes explosées suivant les têtes coupées. Mani Haghighi avait été remarqué l’année dernière avec son film Valley of Stars (qui a bénéficié d’une sortie en France) : il s’intéressait déjà au monde du cinéma et tirait aussi vers un cinéma de genre au registre comique. Dans ce nouveau film aussi, le spectateur passe sans conteste de bons moments sans perdre de vue la dimension grinçante du propos.

Hasard ou signe d’un mouvement de fond en cours dans le cinéma national, l’autre film iranien présenté à la Berlinale cette année, Hojoom (Invasion), dans la section Panorama, s’inscrit lui aussi fermement dans le genre, pas du tout dans la comédie cependant, plutôt du côté du fantastique noir.

Dans Hojoom, des membres d’une étrange équipe de football doivent rejouer pour la police les événements d’une journée particulière qui a abouti au meurtre d’un homme. Celui-ci était-il entraîneur, membre de l’équipe, gourou ? On ne le comprend pas exactement. Il semblait en tous cas avoir un ascendant malsain sur les joueurs. L’un d’eux l’a tué, et maintenant, les joueurs, tous tatoués et les ongles vernis de noir, doivent reprendre et reprendre et reprendre encore les mêmes gestes, les mêmes dialogues, les mêmes déplacements, en pleine nuit dans un espace confiné au stade, terrain, vestiaires et gradins. Ils changent de rôle à chaque fois.

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Mais nous ne sommes pas dans une reconstitution policière réaliste d’un crime dans l’Iran d’aujourd’hui. Les dialogues et la voix off de l’un des joueurs racontent en filigrane un monde coupé en deux, avec l’enjeu de passer de l’autre côté, où la vie serait meilleure ou moins suffocante. Bientôt, la sœur jumelle du tué fait son apparition. Elle récupère des tubes de sang auprès des joueurs. Son frère défunt et elle seraient-ils des vampires ? Difficile d’y voir clair dans ce film dont l’opacité et la poésie noire en font aussi tout le charme.

Porc. Un film de Mani Haghighi.Avec Hasan Ma’juni, Leila Hatami, Ali Bagheri… Durée : 1h 48.

Hojoom.  Un film de Shahram Mokri. Production : Iran Novin Film. Durée : 1h42.

Images : Porc © Berlinale – Berlin Film Festival/ Hojoom © Abdolreza Nikou

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