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Whit Stillman : « La série télé m’a aidé à travailler autrement »

Il est connu pour être l’un des plus grands stylistes de la comédie indé, un portraitiste orfèvre de figures féminines modernes, et le plus francophile et francophone des réalisateurs américains. Rencontre avec Whit Stillman, qui nous offre ce mois-ci une adaptation surprenante d’un roman méconnu de Jane Austen : Love and Friendship.

Clap! : Cinq films en 25 ans, c’est votre rythme ou cela est-il subi ?

Whit Stillman : Cinq films et demi pour moi car j’ai aussi travaillé sur le série télé The Cosmopolitans. J’ai écrit beaucoup de scénarios durant cette période, j’ai pris mon temps. D’ailleurs, il faut trouver un autre nom que séries télé pour ce qui est devenu de la vraie création artistique. Cela m’a vraiment aidé à travailler différemment sur mes projets. On peut créer à chaque fois de nouvelles histoires avec les mêmes personnages que l’on développe, c’est passionnant ! Le scénario de Love and Friendship m’a pris plus de dix ans en tout, j’ai besoin d’écrire et de laisser reposer un temps pour écrire autre chose comme les paysans qui mettent leurs terres en jachère. J’ai toujours deux, trois choses en cours.

Cela vous a permis d’utiliser des codes proches de la série notamment dans cette présentation des personnages un peu décalée dans les premières scènes du film…

Oui ! Avant, le scénario était un fait accompli. Avec les séries, j’ai appris que les choses pouvaient facilement évoluer sur le tournage. J’ai vraiment appliqué cela au film. J’ai parfois réécrit des scènes à 4h du matin, tout pouvait changer sur le tournage, je pouvais tout casser ! Et en adaptant Lady Susan, ce roman épistolaire de Jane Austen, il le fallait car il n’y aurait eu que des scènes de femmes parlant entre elles. J’ai eu la chance d’avoir des comédiens anglais très drôles comme Tom Bennett ou Justin Edwards : ils sont très créatifs et cela m’a permis d’avoir plein d’idées. Le film s’est donc construit au fur et à mesure. Un tournage de film d’époque, avec les costumes, les carrosses, les chevaux, de beaux endroits, c’est fastidieux. Il faut attendre longtemps entre deux plans. C’est pour ça que j’ai décidé de faire ces plans courts de portraits des personnages. Ma monteuse a eu l’idée d’y ajouter quelques-unes des observations écrites dans le scénario pour les illustrer avec de la musique classique.

Avec cette ironie constante et cet humour un peu cynique, on est vraiment dans un univers à la Oscar Wilde.

Oui, exactement, et cela me fait vraiment plaisir que vous l’évoquiez ! J’adore Oscar Wilde et quand j’ai lu ce roman de Jane Austen, j’ai tout de suite pensé au théâtre de Wilde. Donc ce film est une adaptation d’une pièce de théâtre d’Oscar Wilde, tiré d’un roman de Jane Austen ! Comme j’ai de forts préjugés sur notre époque, j’ai tendance à croire que les classiques parviennent à n’être ni modernes, ni datés. Ma première lecture de Jane Austen avait été une catastrophe, je trouvais ça vraiment nul. Mais quand j’étais à Paris en 1998-99, j’ai découvert les bons Jane Austen. Maintenant j’apprécie vraiment son œuvre : elle travaille souvent la parodie de roman gothique, du genre des Hauts de Hurlevent. Le personnage de Lady Susan (titre original du roman épistolaire de Jane Austen dont est tiré le scénario du film, Ndlr) existe caché au fond de nous tous, ce côté manipulateur, le fait de vouloir parvenir à ses fins. C’est universel  et atemporel.

Filmographie

1990 : Metropolitan
1994 : Barcelona
1998 : Les Derniers Jours du disco (The Last Days of Disco)
2011 : Damsels in Distress
2014 : The Cosmopolitans (série TV)
2016 : Love and Friendship

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