Films

Sinister : critique

Chéri, fais-moi peur

Note de Scott Derrickson à son scénariste :

1 – Faire peur.

2 – Faire peur

3 – Appeler Ethan Hawke (caution casting)

4 – Faire peur

5 – Revoir The ring, The Grudge et Le village des damnés

6 – Remplacer la caméra DV par une Super 8 (style J.J Abrams)

7 – Faire peur

8 – Pas de sexe

9 – Rappeler Ethan Hawke

10 – FAIRE PEUR

Derrickson veut du poil qui se hérisse, de l’ongle rongé, de la mine terrorisée – à l’image de ce public crispé découvrant Paranormal Activity, image qui a servi de teaser au film. Pourtant, ce dernier nous avait laissés de marbre. Même pas peur des pas dans la farine, des télés qui s’allument par l’opération du saint-esprit, des couettes envoûtées qui glissent sur les corps la nuit. Une arnaque tournée en DV qui a rapporté des millions. Faire peur, c’est l’objectif marketing affiché. De la pub mensongère pour pousser à consommer l’horreur façon 2.0, cheap et choc.

Le 7 novembre sort donc le dernier de la bande : Sinister, par les producteurs de Paranormal Activity et Insidious. Si l’on reconnaît au film des qualités supérieures par rapport à ses aînés (un effort de scénario, une mise en scène léchée, une direction d’acteur appliquée, une bande son qui fiche la chair de poule), nos résistances finissent toujours par prendre le dessus – et nous voilà amusés par ces héros qui cherchent à se faire peur par tous les moyens, consternés par le manque de jugeote des personnages, alors que l’on sent venir les coups à des kilomètres à la ronde.

Sinister repique une mécanique que l’on connaît trop bien. Un peu de Shining (une famille, une maison, un drame), de The Ring (des vidéos interdites), de The grudge (des yeux exorbités), ou encore du Village des damnés (des enfants possédés). Trop d’influences affichées, de secours par les hommages. Le réalisateur passe par la case mise en abyme, jouant du film d’horreur dans le film d’horreur, catalysant la peur par l’image et les fantômes qui se perdent dans la pellicule d’une vieille Super 8 (« I see dead people » est un gimmick que nous avons en tête en permanence).

En effet, Ellisson (Ethan Hawke), qui se prend pour Truman Capote, décide d’écrire un livre sur le meurtre abominable d’une famille aux membres retrouvés pendus à un arbre, sauf un (FBI porté disparu, Cold case, le début du film flirte avec l’ambiance polar). Pour plus d’inspiration, le romancier embarque sa petite famille et s’installe sur le lieu du drame (charmant). Il découvre, au grenier, une boite remplie de bobines. Des films de famille. Des short-cuts. De la nourriture concrète pour le livre du héros. Ce dernier, whisky à la main, découvre la vérité projetée, des meurtres rituels, à en cracher sa boisson. Le film d’horreur, c’est davantage lui qui le regarde – le notre semblant bien fade à côté…

Quand faire peur devient un business, tout l’effet cathartique est vain. Sinister n’est pas le plus mauvais du genre ; mais il ne tire pas chez nous le cri espéré. La peur du boggie man est partie avec notre dernier pipi au lit. Pas besoin de porter de couche-culotte ici, la peur n’est qu’un placebo. On est loin du temps où l’horreur était le miroir d’angoisses existentielles, une métaphore de nos fantasmes les plus sombres – extériorisés avec force et majesté. L’occulte, la nouvelle bombe à fric de Hollywood. Des Sinister, on n’a pas fini d’en souper.

Sortie en salles le 7 novembre 2012 ; réalisé par Scott Derrickson ; avec Ethan Hawke, Juliet Rylance, Fred Thompson, … ; durée : 1h50 ; distributeur : Wild Bunch Distribution.

Ava Cahen

Profession : journaliste - chargée de cours à Paris Ouest Nanterre La Défense. Religion : Woody Allen (Dieu à lunettes). Série culte : Friends. Réalisateurs fétiches : Allen, Scorsese, Polanski, Dolan, Almodovar, Desplechin,... Ce que je n'aime pas : les films moralisateurs.

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