Séries

Sons of Anarchy : le bilan

Une virée en enfer

Le 9 décembre 2014 s’achevait Sons of Anarchy, série américaine créée par Kurt Sutter et diffusée sur la chaine FX depuis 2008. Après sept années de bons et loyaux services, nos bikers préférés sont arrivés au terme de leur inexorable descente en enfer. Un show bourré de testostérone, un peu boudé par le public français, mais dont le caractère dissident méritait bien une petite rétrospective. Ses héros hors la loi, ses influences shakespeariennes et, surtout, son final percutant ont permis à la série de se démarquer des autres TV dramas. Retour sur une folle virée à moto…

Un club haut en couleur

SOA raconte le quotidien d’un gang de motards dans la ville de Charming en Californie, et plus particulièrement de Jax Teller, son vice-président. Porté par de nobles desseins au début de son voyage, il se retrouve vite pris dans la spirale infernale de la violence (ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions). Sa mère, Gemma, lui voue un amour inconditionnel, voire déplacé, qui va la conduire à des extrémités insoupçonnées. Dans les premières saisons, elle est la compagne de Clay Morrow, un beau-père auquel Jax va devoir se confronter pour prendre du galon. Sa promotion au poste de Président, il l’obtient grâce au soutien de ses compagnons de route : Opie, le meilleur ami à la loyauté indéfectible, Chibs, l’Irlandais un brin bougon, Tig, le sadique au grand cœur, Juice, la jeune recrue en manque de repères, Bobby, la tête pensante, et Unser, le shérif à la botte du club. Mais s’il y a bien un personnage qui a eu une influence considérable sur le parcours de cet anti-héros, c’est celui de Tara. Elle est, avec ses enfants, la raison principale de son changement de cap vers un business plus légal.

Sons of Anarchy est donc habitée par toute une galerie de personnages à la morale plus que douteuse, mais au capital sympathie incontestable, et portée par un casting singulier. C’est l’acteur britannique Charlie Hunnam qui a été choisi pour incarner le charismatique Jax Teller. Inconnu du grand public jusqu’alors, ses apparitions dénudées dans le show lui ont permis d’acquérir une notoriété internationale. A ses côtés, on trouve de nombreuses « gueules » du cinéma et de la télévision : Katey Sagal (inoubliable Peggy de Mariés, deux enfants), Ron Perlman (second rôle récurrent chez Jean-Jacques Annaud et star de Hellboy) et Tommy Flanagan dont le visage tailladé a hanté de nombreux films et séries télé. Des guest stars à la personnalité sulfureuse ont également contribué à la construction de l’identité rebelle du show. On a pu voir notamment, dans la dernière saison, les musiciens Courtney Love et Marilyn Manson.

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Au fil des épisodes, les personnages se sont aimés, trahis et même entre-tués. Pas une seule saison sans la disparition brutale d’une figure centrale. Comment oublier le sacrifice d’Opie ou l’exécution de Clay ? Jax réussit à survivre à cette hécatombe jusqu’à l’assassinat de sa femme, qui le plonge au fond du gouffre. Le biker, tout comme l’ensemble du gang, sera forcé d’expier ses péchés par le sang. Une cruauté bien sentie de la part des scénaristes (le même genre de cruauté à l’œuvre dans Game of Thrones), qui a maintenu l’intérêt du public jusqu’au bout de la route.

Un itinéraire singulier

Avec SOA, Kurt Sutter a créé une série en roue libre qui n’a jamais suivi la route balisée du petit écran. Il n’a pas hésité à user de métaphores et à faire dans le mysticisme. Une mystérieuse SDF apparaît ainsi dans de nombreux épisodes. Cette sans-abri qui se retrouve sur le chemin de Jax à des moments clefs de la série – et qui semble en savoir beaucoup sur ce dernier – a longtemps été considérée comme l’ange-gardien de Teller. Cependant, son apparition enveloppée dans une couverture dans l’ultime épisode et sa réplique « It’s time » font plutôt penser à une incarnation de la grande Faucheuse (aussi surnommée dans le show « Mr. Mayhem »). Elle est le symbole de la Mort qui rôde autour de Jax et qui l’attend au tournant.

La série s’inspire aussi consciemment de Hamlet de William Shakespeare. Trahison, vengeance et violence : les ingrédients traditionnels de la tragédie shakespearienne sont effectivement présents tout au long d’une saga familiale tumultueuse. Pour venger la mort de sa femme, Jax n’hésite pas à accumuler les cadavres autour de lui et lorsqu’il découvre l’auteur du crime, il commet le pire sans état d’âme : un matricide. Un acte qui peut paraître complètement fou mais qui répond à la logique tragique du show. Durant leur ultime face-à-face, Gemma va jusqu’à approuver le choix de son fils «It’s who we are, sweetheart. » (c’est ce que nous sommes, chéri). Cette tragédie shakespearienne en terre motarde est portée par une ambiance musicale unique. À côté du rock and roll traditionnel, Sons of Anarchy reprend des titres emblématiques, réenregistrées spécialement pour l’occasion. Ainsi les paroles de la chanson House Of the Rising Sun des White Buffalo ont été modifiées pour coller parfaitement à l’univers de la série (« There is a House in New Orleans’ » devient « There is a House in Charming Town »).

 

Le goût des scénaristes pour la métaphore et l’allégorie explose dans la dernière saison : Jax, en pleine rédemption, est présenté comme une réincarnation du Christ. Un parallèle pas vraiment original pour le coup. L’assimilation est certes récurrente dans les œuvres américaines, mais la représentation pieuse est amenée ici de manière trop grossière et hâtive pour réellement convaincre. La fameuse SDF apparaît dans le dernier épisode aux côtés d’un morceau de pain taché de vin, qui se retrouvera éclaboussé du sang de Jax dans la séquence finale. Devant sa mort imminente, le biker adopte une posture christique, les bras écartés, et plus aucun doute n’est permis quant aux influences religieuses dans l’œuvre de Sutter. La musique, très présente, vient aussi appuyer cette atmosphère biblique : l’épisode final démarre sur une longue séquence musicale où l’on peut entendre la chanson « Adam Raised a Cain » de Bruce Springsteen. Mais la manière dont cette réflexion est amenée, avec une surenchère de signes explicites, ne sert pas vraiment le propos. Jax est loin d’avoir été un messie pour son club, qui a connu de nombreuses pertes et dont l’avenir, malgré son sacrifice, reste incertain.

Une fin de course attendue

On savait depuis longtemps qu’il n’y aurait pas d’issue positive pour le leader de SAMCRO[1], qui devait logiquement achever son parcours dans une mare de sang. Sa fin lui permet cependant de faire la paix avec son sombre passé. En choisissant de suivre les traces de son père, Jax accepte sa nature profonde et met définitivement ses enfants à l’abri. La boucle est bouclée : les corbeaux qui rôdaient sur le bitume dans l’épisode pilote reviennent dans le dernier plan pour picorer le pain taché de sang (allusion pas très fine mais efficace). Même si cette conclusion était prévisible, Kurt Sutter offre un final très réussi et particulièrement émouvant où Jax trouve enfin le moyen d’être libre. Après avoir passé des années à poursuivre la quête de son père, à essayer de remettre son club dans le droit chemin, il comprend finalement que ce rêve n’était qu’une utopie. Il assume son statut de criminel sans se voiler la face : « I’m not a good man » (je ne suis pas un homme bon). Tout comme Walter White dans Breaking Bad, Jax expie ses fautes et finit par embrasser son destin.

 

Si la série est souvent tombée dans des maladresses scénaristiques avec ses grosses ficelles et ses twists improbables, sa vision moderne de la famille et sa réflexion sur le pouvoir et ce que les hommes sont prêts à faire pour le conserver en font une œuvre essentielle. Kurt Sutter a permis à SOA (ses personnages forts, ses scènes traumatisantes, et ses nombreux rebondissements) de finir ses jours en beauté. Pour longtemps, elle restera la série la plus anarchiste et la plus badass de l’histoire de la télévision. Le show à peine achevé, Kurt Sutter s’attèle déjà à la réalisation d’un pilote, toujours pour la chaîne FX. Intitulée The Bastard Executioner, cette nouvelle création est un drame en costumes se déroulant sous le règne d’Edouard III. Stephen Moyer, l’ex-star de True Blood, Katey Sagal (Gemma) et Sutter himself en seront les interprètes principaux.

[1] Sons of Anarchy Motorcycle Club Redwood Original

Sons of Anarchy, série américaine créée par Kurt Sutter, avec Charlie Hunnam, Katey Sagal, Ron Perlman, Maggie Siff, Kim Coates, Tommy Flanagan, Diffusion USA : FX, Diffusion France : M6 /Série Club/W9 , Nombre de saisons : 7, Nombre d’épisodes : 92.

Emmanuelle Etienne

Passionnée du petit et du grand écran Film de chevet : Edward aux mains d’argent Série de chevet : Sex and the City Réalisateur chouchou : Quentin Tarantino Acteur chouchou : Leonardo DiCaprio Saga préférée : Hunger Games

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