The end of the f***ing world by ClapMag
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The End of the F***ing World est le bijou de ce début d’année

Huit petits tours et puis s’en vont. The End of the F***cking World n’a eu qu’un nombre limité d’épisodes pour imprégner nos rétines et faire frémir les avants-bras de ceux qui lui auront donné une chance. Personne ne le regrettera : la petite Anglaise a déjà tout d’une grande.

Soyons honnêtes, la série nous a captivés à la simple lecture de son pitch. Nos voisins anglais ont ce talent de séduire avec des idées simples. Les « Boy meets Girl » sont innombrables, à la télévision comme ailleurs, mais The End of the F***ing World avait quelque chose en plus. Une espèce d’impertinence qui aurait très bien pu, sur le long terme, jouer en sa défaveur. Ce qui n’arrivera heureusement jamais. Dans le premier épisode, James, 17 ans, croise le chemin d’Alyssa à la cafétéria du lycée. Pas de rencontre artificielle à mettre en place, la série a autre chose à penser : Alyssa interpelle James sans ménagement. Lui se considère comme un psychopathe parce qu’il aime tuer des animaux, elle s’emmerde tellement dans sa vie que son loisir préféré consiste à envoyer chier tous les gens qui l’entourent. Fascinés par cette nouvelle rencontre tant l’un est l’antithèse de l’autre, ils prennent la tangente et se tirent de leur petite ville minable, comme un énorme doigt d’honneur au destin et à leur entourage. Les deux fugueurs piquent une voiture, direction nulle part. Le vent les portera, tout disparaîtra… Eux en premier, le monde ensuite, ou peut-être l’inverse. Advienne que pourra.

Teenage dream ?

Si la Grande-Bretagne est déjà parvenue à marquer de son sceau le genre de teen série (Skins et Misfits, du moins dans leurs premières années, feront éternellement la nique au reste de la production mondiale), The End of the F***ing World s’ajoute comme un nouvel ornement au trône de la télé anglaise. Loin de ses consœurs, la série de Charlie Covell s’exfiltre du territoire habituel du genre (le lycée et ses alentours) pour prendre la route, façon road trip survitaminé. Autour de James et Alyssa, pas d’autres jeunes en pleine puberté (ou très peu), les deux fugueurs ne finissant entourés que d’adultes pas forcément plus stables qu’eux. Plus qu’une série sur les adolescents, The End of the Fucking World – parce qu’à un moment les astérisques deviennent superflues – est une série sur le mal-être que l’on peut ressentir quand on est jeune, et qui ne nous quitte peut-être jamais. Celui qui vous ronge et qui vous mine, parce qu’on ne rentre pas dans le moule. Parce qu’on est trop petit, trop grand, trop gros, trop frêle, trop boutonneux. Ou parce qu’on a envie de tuer des gens mais qu’on ne devrait pas… The End of the F***ing World est une série sur les masques, ceux que l’on choisit de porter comme ceux qu’on n’a pas conscience d’avoir sur soi. James a 17 ans, ne rêve que de tuer un être humain, lassé d’ôter la vie d’animaux sans défense, et se définit lui-même comme un psychopathe, incapable de ressentir quoi que ce soit, même lors d’une agression sexuelle. Alyssa, elle, envoie chier le monde entier pour lui montrer qu’elle flotte bien au-dessus de lui. La blanche colombe face à ce sale crapaud qu’est l’Homme. C’est évidemment tout l’inverse. Autant dire qu’ils se sont bien trouvés : le garçon qui ne ressent rien et la fille qui se laisse trop atteindre. L’une fuit ses émotions, l’autre traque celle qui lui manque.

The end of the f***ing world by ClapMag

Au fil de ses huits épisodes, The End of the F***ing World convie tout un imaginaire bien éloigné de l’univers formaté de la teen série. « You make me feel like I’m living a teenage dream« , chantait Katy Perry dans une décapotable lancée sur les longues routes américaines. Ce besoin de liberté et d’explorer – et repousser – ses propres limites est bel et bien là, exacerbé par l’esthétique du road movie auquel la série emprunte beaucoup. James et Alyssa roulent sans grands objectifs, font étapes dans des stations services et petits restos un peu crados, sur fond de musique pop ou country des années 1960-1970. Fleetwood Mac, Wanda Jackson, The Belles ou même Françoise Hardy quand les sentiments se confondent (« Voilà, je regarde les autres. Pourtant je ne leur trouve rien« ), et la musique du guitariste de Blur, Graham Coxon, en fil rouge… The End of the F***ing World se plaît à brouiller les pistes, se teinte d’une ambiance américaine intemporelle et convoque les fantômes d’inoubliables voyageurs, entre grands voyous et âmes perdues. Bonnie & Clyde ne sont jamais bien loin, la relation tumultueuse entre James et Alyssa n’hésitant d’ailleurs pas à faire écho aux tensions (et problèmes) sexuels entre les deux gangsters iconiques tels qu’Arthur Penn, Warren Beatty et Faye Dunaway les ont immortalisés.

En huit petits tours de piste de seulement 20 minutes, soit trois fois rien pour une série, Charlie Covell est parvenu à nous présenter deux jeunes (anti-)héros comme la télévision en crée bien trop peu. Impertinents, anti-conformistes et libres, peut-être plus dans l’espace que dans leurs têtes. En leur compagnie, c’est à une ballade infernale et jouissive que le spectateur prend part, bourrée d’humour noir, de rencontres dangereuses et exaltantes. Avec The End of the F***ing World, Netflix a trouvé une pépite. Une saison 2 serait déjà en prévision. Un grand merci à Channel 4, son diffuseur original, de lui permettre d’exister.

The End of the F***ing World, de Charlie Covell. Adapté du roman graphique de Charles S. Forsman. Avec Alex Lawther et Jessica Barden. 8×20′. Road-série adolescente. Diffusée sur Channel 4 (Grande-Bretagne) et Netflix (International). 

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