The Good Place by ClapMag
Archives Clap!,  Séries

Pourquoi The Good Place est la comédie la plus créative du moment

En deux saisons de 13 petits épisodes, The Good Place est parvenue à bouleverser son pitch de base pour nous proposer chaque semaine de nouvelles aventures complètement imprévisibles. La meilleure comédie du moment ?

En septembre 2016, nous découvrions la nouvelle série de Michael Schur un brin perplexes. Les (més)aventures d’Eleanor Shellstrop au Paradis (« The Good Place ») nous laissaient un arrière-goût mi-figue mi-raisin. Nous avions pourtant un véritable espoir, celui de voir la comédie s’envoler. « On ne peut s’empêcher de rêver The Good Place en nouveau Parks & Recreation, qui s’était révélée addictive après une première saison indigeste« , écrivions-nous à l’époque. Trop proprette à ses débuts, et peut-être un peu frileuse, la série ne nous semblait pas embrasser toutes ses possibilités. Nous espérions un mieux, nous l’avons eu. Une grosse année plus tard, la saison 2 vient de s’achever. Pas de nouveaux épisodes avant septembre prochain, au mieux. L’attente va être insupportable.

Pour appréhender The Good Place, il faut garder une idée en tête : elle va se jouer de vous. Pour ceux qui ne seraient pas familier avec la série de Michael Schur, diffusée sur NBC aux États-Unis et disponible sur Netflix chez nous, petit rappel du pitch. Après un décès qui résume plutôt bien son existence – tuée dans un accident pour avoir voulu esquiver un militant de la protection de l’environnement -, Eleanor Shellstrop se réveille au Paradis, entourée des meilleures personnes qui aient pu exister sur Terre. Elle comprend donc vite qu’il y a un bug dans la matrice et que sa présence dans cet endroit rêvé est accidentelle, et va tout faire pour se fondre dans le décor et dompter sa nature profondément égoïste. Spoiler alert : ça va être compliqué, et la première saison se charge avec un bonheur visible d’explorer les possibles conséquences de cette arrivée inopportune. À chaque épisode, ou presque, sa catastrophe, ses faux-pas et ses possibilités d’écailler le vernis des apparences où tout est trop beau et les gens trop parfaits. Mais si The Good Place a bien distillé sa bonne humeur hebdomadaire, elle a rapidement oublié son irrévérence, quitte à en devenir un peu plan-plan, un peu gentillette. Tout ce que son sujet ne pouvait pardonner. C’est du moins ce qu’elle cherchait à nous faire croire.

The Good Showrunner

Michael Schur est malin. Quiconque a pu co-créer les tordantes Parks and Recreation et Brooklyn Nine-Nine méritait le bénéfice du doute. The Good Place est une série des apparences. Elle se joue de nous comme Eleanor se joue de son entourage – dans la vie comme dans la mort. Elle se joue de nous comme Michael de ses confrères Architectes. Comme les bonnes âmes du Paradis d’Eleanor et ses amis. Telle est la bonne surprise qui s’est révélée progressivement au cours de ces deux saisons : rien n’est jamais ce qu’il semble être. En ce sens, l’épisode final de la première saison fait figure d’apothéose. L’apparente candeur de la série ? Oubliée ! La sagesse chaleureuse de Michael, figure paternelle bienveillante ? Largement complexifiée. Les erreurs d’Eleanor et leurs manifestations sous formes de crevettes géantes et de trous béants dans le sol ? Qu’elles nous semblent lointaines, déjà.

The Good Place by ClapMag

En vingt-six épisodes de 20 minutes, The Good Place a balayé toutes les appréhensions que nous pouvions avoir à son égard et dévoilé toute son ambition. Celle qui semblait n’être qu’un mix de Desperate Housewives, Samantha Who et My Fair Lady s’est délestée de ses influences pour se forger une identité propre. À l’heure où toutes les séries se ressemblent un peu, The Good Place détonne, brille, et n’hésite pas à changer de direction tous les dix épisodes. La série de Michael Schur étant encore méconnue de notre côté de l’Atlantique, difficile d’en parler sans tomber dans le spoiler maladroit. On vous dira simplement que, sous la supervision attentive de son showrunner, elle a su ménager ses effets de surprise et prendre toutes nos attentes à bras le corps. Il faut dire qu’en plaçant son intrigue dans un lieu imaginaire peuplé de personnages jamais vus ailleurs (tel qu’un Architecte immortel soucieux de bien faire ou une intelligence artificiello-cosmique omnisciente), le champ des possibles est infini. Good Place, Bad Place, Entre-Deux ou monde réel, et pourquoi pas les limbes dans les temps qui viennent ? Rien ne pourrait l’en empêcher.

La saison 2 l’a désormais démontré, The Good Place est en pleine possession de ses moyens. L’humour dans toute sa folie et son absurdité est poussé d’un cran. Les personnages évoluent et se révèlent imprévisibles (le petit-ami de Janet avec un carillon en guise d’organe sexuel ? Du génie). La quête d’Eleanor pour devenir une bonne personne se double d’une vraie réflexion sur le bien, le mal et la perception biaisée que peut en avoir un être immortel. En quelques mots comme en cent, The Good Place surprend par sa maturité, sa minutie, et sa facultée à nous mener par le bout du nez. Face à une telle créativité, nous sommes plus qu’heureux de nous laisser porter.

The Good Place, créée par Michael Shur. Avec Kristen Bell, Ted Danson, Jameela Jamil, D’Arcy Carden. Comédie. Diffusés sur NBC aux États-Unis et Netflix en France.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *