Films

Tourbillon : critique

Entre la vie et la mort
 
Il est des films difficilement pénétrables ; de ceux qui vous laissent au bord de la pellicule, le ventre vide, le coeur incertain. Tourbillon fait partie du club. Contemplatif, le long-métrage de Marins et Campolina prend la forme d’une réflexion poétique sur la vie, la mort, le rire, l’art, etc. Si, dans un premier temps, la spiritualité noue le voyage (et la photo sublime y engage fortement), elle finit, par la suite, par freiner l’élan, étouffant sous son poids le récit initiatique conté. Ce tourbillon, annoncé dans le titre, nous ne tient pas en son coeur. Pire, l’absence de mouvement tire les paupières vers le sol et le décrochage se fait sec. Car le flottement est total et l’expérience du silence fatale. Il y a d’abord ces chants. La séquence d’ouverture de Tourbillon capte l’attention par la voix ; la voix rugueuse de Bastu, vieille brésilienne de 81 ans dont la vie est rythmée par les fêtes de son village. La musique tire immédiatement l’émotion. Par le son, par les percussions, les réalisateurs nous invitent dans la tribu, nous mettant en contact direct avec les traditions. Le folklore culturel, l’universalité du langage musical, autant d’ingrédients qui tissent l’empathie.

Pourtant, si nous étions gagnés par le rythme envoûtant des premières séquences, les liens noués cèdent dès lors que le charme de la musique se rompt. Bastu, en perdant son époux, s’entoure de mots plus que de notes. Et le mysticisme installé finit par nous échapper, faisant peau neuve. Le lourd manteau du recueillement enveloppe le squelette du film et le charge d’un poids dérangeant. En effet, les réalisateurs, en nous privant de structure (autre que celle de la méditation sur pellicule), désengagent le spectateur de l’image (aussi pénétrante soit elle). L’idée d’une narration nouvelle (qui répond à d’autres codes culturels) est clairement portée ; mais le va-et-vient constant entre réalité et imaginaire brouille la représentation – et nous perdons de vue le sujet à l’horizon.

 
Car l’aspect formel de Tourbillon – cette déclinaison philosophique des couleurs et des humeurs de l’âme, pèse sur la réception du film. L’inaction et la lenteur des corps soumettent les yeux à rude épreuve. Difficile de tenir, de se concentrer tant le récit se fait lâche, tant les personnages sont fantomatiques. Trop d’air dans ce long-métrage. Trop de souffle. Qui eut cru que la liberté souffrirait un jour de l’ennui à l’écran ? Tourbillon a décidément une empreinte personnelle, du caractère et de la force (liée aux émotions musicales que le film suscite). Cependant, les contours narratifs s’effacent vite et le visage de Tourbillon se gâte, raidi par la volonté des réalisateurs : celle de faire un film brute, de suivre les ondulations de la vie et de la pensée. Beau, certainement. Mais assoupissant.
Sortie en salles le 15 août 2012 ; Réalisé par Helvecio Marins et Clarissa Campolina ; Avec Maria Sebastiana, Maria Do Boi, Preta, … ; Durée : 1h28 ; Distributeur : Damned Distribution
 

Ava Cahen

Profession : journaliste - chargée de cours à Paris Ouest Nanterre La Défense. Religion : Woody Allen (Dieu à lunettes). Série culte : Friends. Réalisateurs fétiches : Allen, Scorsese, Polanski, Dolan, Almodovar, Desplechin,... Ce que je n'aime pas : les films moralisateurs.

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