Archives Clap!,  Films

Une semaine et un jour : deuil, mode d’emploi

Cet article a initialement été publié dans Clap! 10 parmi les « Inédits de Cannes » en juin 2016 avec une interview du réalisateur Asaph Polonsky.

Sept jours, c’est le temps de recueillement après un décès dans la tradition juive. Un moment où la famille proche du défunt se réunit pour surmonter la douleur. Un moment qu’Asaph Polonsky ne nous montrera pas. Son film commence à la toute fin de la Shiv’ah («sept» en hébreu) lorsque Vicky et Eyal Spivak, qui viennent de perdre leur fils, se retrouvent seuls à la maison.

Chacun gère « l’après » à sa manière. Elle tente de reprendre coûte que coûte sa routine quotidienne (footing, travail, rendez-vous chez le dentiste), mais lui s’inflige une sorte de régression mentale. Pour lutter contre la souffrance qui l’étreint, Eyal rejette en bloc les conventions sociales et adopte un comportement adolescent, impulsif, voire irresponsable. Il se planque ainsi derrière un arbre pour éviter ses voisins hypocrites, donne un coup de pied à un taxi peu scrupuleux et apprend à rouler des joints avec l’ami d’enfance de son fils, Zooler, livreur de sushis et air-guitariste de son état. Ce décalage entre Vicky et Eyal constitue le principal ressort comique d’un récit pourtant profondément émouvant.

Aucune crise de larmes ou flash-back nostalgique ne vient parasiter cette histoire qui privilégie les non-dits et les petits gestes évocateurs (une main serrée, une accolade maladroite, un sourire éloquent…) aux ficelles dramatiques balourdes. Le fils décédé n’apparaît d’ailleurs jamais à l’écran, si ce n’est de dos, enfant, sur une photo. Une manière pudique de raconter l’absence, le vide terrible laissé par une disparition subite. Très rythmé et souvent hilarant, le premier long métrage d’Asaph Polonsky ne manque cependant pas de respirations sous forme de séquences musicales particulièrement rock’n’roll. La très belle conclusion offre même un début de solution aux spectateurs qui n’arriveraient pas à surmonter un deuil… Une semaine et un jour, un film aux vertus thérapeutiques.

Retrouvez aussi Une semaine et un jour, vu par Gabriel Perron, dans les « Choix de la rédaction » de Clap! 13.

Un film israëlien d’Asaph Polonsky. Avec Shai Avivi, Evgenia Dodina, Tomer Kapon… Durée : 1h38. Sortie en salles : 14 décembre 2016.

Arthur Bayon

Nourri aux blockbusters testostéronés et aux Jeudis de l'angoisse, je suis resté très friand de castagne, de SF et d'hémoglobine (on ne se refait pas). Cela dit, je ne suis pas insensible à la folie poétique d'Alejandro Jodorowsky, au réalisme tendre de Hirokazu Kore-eda et l'élégance de Nicolas Winding Refn. Les potentialités de l'animation me fascinent, sur grand ou petit écran.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *