Venise

Venise : Jour 4

Au vu du nombre de films programmés en ce quatrième jour du festival, il nous faut faire des choix. Pour moi, ce sera Manglehorn, le dernier film de David Gordon Green et le second film d’Al Pacino présenté pendant cette 71ème Mostra. L’acteur incarne le Manglehorn du titre, un serrurier vieillissant, incapable d’oublier la femme de sa vie, bien des années après leur séparation. Film sur la vie en latence, Manglehorn nous dépeint le quotidien d’un homme incapable de voir le temps et les opportunités qui lui restent, déterminé à regretter ses actes manqués. Malgré le talent de ses acteurs (Al Pacino, excellent comme toujours, Holly Hunter, très juste, Harmony Korine et Chris Messina), le film laisse un sentiment d’inachevé. David Gordon Green aurait pu pousser davantage ses personnages dans leurs retranchements et ne pas se contenter d’effleurer son propos.

L’heure des conférences de presse de l’après-midi est arrivé et nous parvenons à trouver une place dans une salle que la présence attendue d’Al Pacino fait déborder. La première conférence est consacrée au film italien de Michelle Alhaique, Senza Nessuna Pietà, qu’aucun de nous n’a encore vu. Les questions fusent et les réponses des nombreux membres de l’équipe donnent envie de trouver un créneau libre pour assister à une projection. Le temps s’écoule et déborde : l’acteur Pierfrancesco Favino passe avec humour la main à Al Pacino pour la conférence sur Manglehorn. Bienveillant envers les journalistes, la star prend le temps de répondre aux questions en détail et défend avec chaleur le film de David Gordon Green. Chris Messina, qui incarne son fils, nous décrit une facette plus personnelle d’Al Pacino, un mentor attentif et loyal. L’acteur, visiblement fatigué par le décalage horaire, sourit humblement. Puis, il est déjà l’heure de passer à la dernière conférence de presse de la journée, celle consacrée à Trois coeurs de Benoît Jacquot. Venu entouré de ses actrices (Charlotte Gainsbourg, Chiara Mastroianni et Catherine Deneuve), le réalisateur titille les Italiens présents dans la salle et botte en touche sur les questions qui dérangent.

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Complicité mère-fille en conférence de presse : Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni

Il nous faut courir et jouer des coudes pour assister à la projection du dernier film de Peter Bogdanovich, She’s Funny That Way. Le public, impatient de voir cette comédie qui réunit Owen Wilson, Rhys Ifans, Jennifer Aniston, Kathryn Hahn et Imogen Poots, a pris d’assaut la plus grande salle du festival et les rires fusent tout au long de la projection. Screw-ball comedy comme on n’en fait plus depuis des décennies, She’s Funny That Way est un film surprenant par son classicisme et son efficacité. Le talentueux et prolifique Peter Bogdanovich nous prouve qu’une bonne recette et un vieux pot n’empêchent en rien le succès. Changement total de registre pour le film français de David Oelhoffen, Loin des hommes. Inspiré de la nouvelle L’Hôte de Camus, le film met en scène Viggo Mortensen en instituteur de l’Atlas chargé d’escorter à son procès Reda Kateb, en meurtrier, alors que les premières insurrections de la Guerre d’Algérie agitent ce coin de désert. Devant le talent des comédiens, la beauté des images, la force de la musique et le propos du film, l’émotion s’impose. Plaidoyer contre la guerre et la colère des hommes, le film de David Oelhoffen dépeint avec justesse une réalité trop longtemps niée. Loin des hommes s’impose comme l’un des films phares de cette 71ème Mostra.

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She’s Funny That Way : Imogen Poots et Owen Wilson

Nous finissons la journée sur une touche plus légère avec Jackie & Ryan d’Ami Canaan Mann. La fille de Michael Mann raconte la rencontre entre un jeune train-hopper musicien (Ben Barnes) et une ex-chanteuse de country en plein divorce (Katherine Heigl, surprenante de justesse). Le choix du lieu (l’Utah sous la neige) et la finesse des personnages transforment ce qui aurait pu n’être qu’une énième bluette musicale en joli film touchant, portrait réaliste d’une société en pleine crise économique. Il est agréable de finir une journée aussi riche en émotions avec un simple sourire aux lèvres.

Vinciane Mokry

Tombée de son berceau dans les livres, tombée de son vélo dans l'écriture, tombée devant les films de Wilder en VO à 11 ans et tombée encore plus tardivement devant la télé, Vinciane se nourrit d'imaginaire. Depuis, avaleuse de séries en tout genre, avec une prédilection pour les jolies créations de HBO, elle s'efforce aussi de découvrir les quelques pépites dissimulées dans la fiction française. Après tout, étant scénariste, il lui est bon de se tenir informée de la concurrence...

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