Vers la lumière by ClapMag
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Vers la lumière, amour et cinéma

Présenté à Cannes, Vers la lumière de Naomi Kawase relate la rencontre entre une jeune femme et un photographe devenu aveugle. Une réflexion sur le monde du cinéma en demie-teinte.

Misako écrit l’audio-description d’un film d’amour. Lors d’une projection, elle fait connaissance avec Masaya, un photographe qui perd progressivement la vue. Par cette rencontre entre deux êtres en quête de sens, Kawase renoue avec les grands thèmes de sa filmographie. Son cinéma est une invitation à observer la beauté de la vie ordinaire, le vent qui agite les branches d’un cerisier, un rayon de soleil qui pénètre dans l’obscurité d’un appartement. Après les dorayakis, ces biscuits à base de haricots rouges qui parfumaient Les Délices de Tokyo, c’est la lumière qui révèle ici la poésie du quotidien. Une réflexion sur les images et le rôle thérapeutique du cinéma qui s’avère assez inégale.

L’infirmité de Masaya l’a rendu taciturne et austère. Il n’hésite pas à critiquer durement le travail de Misako. Leur relation est toute en contraste. Il sombre dans l’obscurité quand elle s’applique à décrire avec précision les détails qui l’entourent. Mais comme souvent dans les films de Kawase, l’altérité est synonyme d’apprentissage. Ils se dirigent ensemble vers la rédemption, se sauvent mutuellement. Car la jeune fille n’offre pas seulement au photographe un lien avec le monde qui s’obscurcit. Lui aussi la conduit vers la lumière en aiguisant son intériorité, l’aidant à se réconcilier avec un événement douloureux de son passé.

La maladie et le deuil, toujours au centre des histoires de la réalisatrice japonaise, trouvent ici une nouvelle déclinaison. Plus romanesque que Les Délices de Tokyo, Vers la lumière a le mérite d’interroger le cinéma en lui-même, sa capacité à retranscrire le réel. Très humblement, la cinéaste souligne la prévalence de l’interprétation, la subjectivité des spectateurs. En insistant sur la réception, elle réaffirme le rôle thérapeutique des films, leur capacité à nous aider à vivre, à ressentir, à comprendre le monde. Dommage que cette réflexion soit alourdie par une sublimation outrancière qui tranche avec l’importance qu’elle attribue pourtant à l’ordinaire et sa beauté cachée. Ou que la relation entre les deux personnages sombre dans le mélodrame. Ce dernier long métrage conserve, néanmoins, de réelles qualités visuelles et la bande originale signée Ibrahim Maalouf ne manque pas de séduire.

Écrit et réalisé par Naomi Kawase. Avec Ayame Misaki et Masatoshi Nagase. Drame. France/Japon. 2018. 1h41. Distributeur : Haut et Court. Sortie : 10 janvier 2018.

Léa Casagrande

Des Beaux Arts à la philosophie, de Jurassic Parc à Jeanne Dielman, il n'a jamais été question de choisir. Mais le cinéma n'est-il pas, justement, le lieu rêvé pour tous les incohérents qui ont refusé de trancher entre un vélociraptor et un éplucheur à pomme de terre ?

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