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While We’re Young : critique

Que vous évoque la crise de la quarantaine ? Est-ce un moment que vous redoutez ? Un tournant dans votre vie où vous vous remettriez en question? Où vous feriez le point sur votre existence ? Ces interrogations existentielles, Noah Baumbach se les pose dans son nouveau long métrage intitulé While We’re Young.

Un couple de quadras campé par Ben Stiller (Josh), réalisateur moyen de documentaires et Naomi Watts (Cornelia), productrice, ont une vie bien tranquille et rangée. Mais un jour, ils vont faire la connaissance de ce qui pourrait être leur reflet… avec vingt ans de moins. Cet autre couple, Jamie (Adam Driver) brun tout comme Josh, et Darby (Amanda Seyfried) blonde comme Cornélia, sont alors les benjamins de l’histoire. Or, leurs vies semblent être inversées. Les jeunes sont accros aux vinyles et aux VHS, se passent des réseaux sociaux et de trouver des réponses à leurs questions via Google, quand leurs aînés sont vissés à leurs portables et à Internet.

L’idée du scénario, à première vue, semble intéressante à traiter. On s’attend alors à un film aux fondements sociologiques bien ancrés dans notre vie contemporaine, au discours idéologique efficace pour pallier à ce manque cruel de connections avec le monde extérieur et avec ceux qui nous entourent… Malheureusement, comme le soufflé laissé trop longtemps dans le four, ce dernier retombe et manque de consistance. Passées cette métaphore et cette image culinaire pour parler de ce qui se dégage de ce While We’re Young, on est alors triste de se rendre à l’évidence que le film risque d’être long.

En dépit d’une durée relativement courte pour un long métrage, du moins pour un long métrage sorti après les années 2010 où la tendance est plutôt pour des films de deux heures et plus, Noah Baumbach ne se contente que d’une heure et demie. Durée amplement suffisante pour nous conter la fable de ces deux couples, liés par leur troublante ressemblance physique mais également par ce qui leur arrive dans le film. Et c’est presque trop. Syndrome des films disons d’auteurs mais d’auteurs américains, on adore outre-Atlantique les plans subliminaux où l’on filme aussi bien la star en gros plan (star-system oblige) que la ville de New York en plan large, décor de ce While We’re Young. L’oeuvre n’évite donc pas l’écueil des longueurs qui nuisent au rythme du film et à l’attention du spectateur.

Pourtant, le traitement du film est assez plaisant. L’idée de réaliser un métafilm, autrement dit un film dans le film est une idée qui fonctionne plutôt bien au cinéma. On l’a vu avec Birdman d’Inarritu récemment – bien qu’il s’agisse ici de théâtre et non pas de cinéma –  ou bien avec le très bon Soyez sympa, rembobinez de Michel Gondry. Le concept de métafilm est donc le seul et unique élément positif à retenir du long métrage de Baumbach.

A l’image des discours tenus par Ben Stiller dans le film pour tenter de défendre sa vision du documentaire, le propos de While We’re Young est confus. S’agit-il d’un film qui dénonce la jeunesse d’aujourd’hui et la crainte de cette dernière comme le laisse supposer les intertitres du début ? D’un film qui dénonce l’hypocrisie de l’industrie cinématographique et des trahisons qui blessent ? Voire même d’un film qui évoque « l’avant-après »  de la vie de quelqu’un qui devient parent ? Le film de Noah Baumbach ne sait pas vraiment où se situer. Et cela se sent et se voit. L’hésitation du réalisateur dans sa mise en scène, certes académique mais appliquée, oblige le film à survoler des interrogations centrales qui lui auraient permis de bénéficier de plus de profondeur. En réalité, on pourrait voir ou ressentir ce long métrage comme un Woody Allen, le style et l’humour en moins. Car oui While We’re Young, qui nous est vendu comme une comédie dramatique, n’est pas drôle. Une faute grave pour une comédie.

Noah Baumbach nous propose donc un film qui s’avère être finalement décevant. Ce n’est pas la faute du casting ou de l’interprétation de chacun, ni même du concept original qui était d’inverser le mode de vie des deux couples, sur fond de tournage de films documentaires, mais Baumbach ne nous séduit pas. Trop de clins d’oeil aux différentes générations, une satire facile des BCBG new-yorkais et des hipsters, un long métrage qui manque de vie à l’instar du jeune couple de 25 ans, une confusion des propos… La faute à l’incertitude du point de vue du réalisateur sans doute. Traverserait-il une crise de la quarantaine ?

While We’re Young. Un film de Noah Baumbach. Avec Ben Stiller, Naomi Watts, Adam Driver, Amanda Seyfried. Nationalité : américaine. Genre : comédie dramatique. Durée : 97 minutes. Sortie le 22 juillet 2015.

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