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A DISCOVERY OF WITCHES : Une adaptation ratée

Le 14 septembre débutait sur Sky One la première saison d’une nouvelle série mettant en scène sorcières, vampires et démons : A Discovery of Witches. Cette nouvelle venue est adaptée de la série littéraire du même titre, écrite par Deborah Harkness et vendue dans 34 pays avant même la parution du premier tome. Mais l’adaptation littéraire est un exercice périlleux et celle-ci n’échappe malheureusement pas aux écueils du genre.

La trilogie All Souls est sortie tout droit de l’imaginaire d’une universitaire, qui s’est demandée quels métiers pourraient bien faire les vampires s’ils existaient. Un postulat de départ singulier et original, d’autant que Deborah Harkness est spécialisée dans l’histoire des sciences du XVIe au XVIIIe siècle. Armée de ses connaissances et de sa créativité, elle nous plonge alors dans l’histoire de Diana Bishop (descendante de la célèbre sorcière Bridget Bishop de Salem), une grande universitaire spécialiste de l’histoire de l’alchimie, qui découvre un très ancien manuscrit ensorcelé (l’Ashmole 782) dans la prestigieuse bibliothèque Bodléienne d’Oxford. Diana est une sorcière qui a renoncé depuis longtemps à ses pouvoirs. Pourtant, d’autres créatures surnaturelles (sorcières, vampires et démons) convoitent le manuscrit et l’obligent à affronter son héritage familial. Parmi eux, un certain Matthew Claimont, vampire de sa condition. Malgré elle, Diana se retrouve dans une situation complexe et impossible, coincée entre un manuscrit maudit et un amour interdit.

Après l’annonce de la mise en production il y a quelques mois, un casting alléchant “so british” a donné de l’espoir aux fans des romans. On retrouve notamment le charismatique Matthew Goode (Henry Talbot dans Downton Abbey et Lord Snowdon dans The Crown) interprète de Matthew Clairmont mais aussi la sublissime et inoubliable Alex Kingston (notre Docteur Corday dans Urgences et plus récemment River Song dans Doctor Who) qui incarne la sorcière Sarah Bishop, la tante de Diana.

A Discovery of Witches © Sky Vision

La deuxième bonne nouvelle a été que l’auteure elle-même a participé à l’écriture de la série, garantissant normalement une grande fidélité à sa trilogie. Pourtant, les premiers épisodes sont une pâle copie de l’œuvre originale. La représentation des différentes créatures semble déjà vue et légèrement guindée, même si on peut saluer l’effort fait pour alléger les effets spéciaux parfois trop nombreux dans ce genre de série, souvent au détriment de l’histoire et des personnages.

Dès le début, le spectateur est noyé sous un déluge de personnages dont il peine à lier les destins. Il faut attendre les épisodes deux et trois pour commencer à entrevoir les connexions entre les deux supposés héros, le livre perdu et les créatures qui gravitent autour d’eux. Alors que le roman est écrit à la première personne, nous plongeant ainsi dans le quotidien de Diana, rattrapée par la magie qu’elle a toujours voulu fuir, les scénaristes ont décidé de ne pas suivre ce point de vue pourtant prenant, fort et précieux. À vouloir trop singulariser la série de l’œuvre originale, on en perd toute la saveur. Tout le monde ne peut pas avoir le talent du showrunner visionnaire Ronald D. Moore, qui a réussi dès le premier épisode de l’adaptation d’Outlander (roman lui-même écrit à la première personne) à nous emporter dans les aventures extraordinaires de Claire Randall et de son highlander, Jamie Fraser.

Le roman de Deborah Harkness repose exclusivement sur la relation passionnelle et impossible qui existe entre Diana et Matthew. Le lecteur est immergé en même temps que l’héroïne dans cet univers surnaturel et bien souvent terrifiant. Il tremble pour elle, sent cet amour naissant qu’elle éprouve pour Matthew et leur relation très particulière éclore avec délectation.

Mais la série redistribue radicalement les cartes. En démultipliant les points de vue et en s’éloignant dangereusement de son héroïne, l’adaptation abrège les événements fondateurs de sa relation amoureuse avec le vampire et noie complètement l’empathie du spectateur pour ces deux personnages. Il faut bien attendre la fin du quatrième épisode pour s’attacher un minimum à Diane et Matthew, nos amants maudits. Mais même à ce stade, on ne parvient pas à retrouver toute la saveur de leur relation originale. C’est un électrocardiogramme plat : la douche froide assurée pour les inconditionnels des romans.  

Alors que la série semblait prometteuse sur le papier, Sky One nous offre une première saison très décevante. Comment entrer dans cette épopée théoriquement passionnante mutilée par certains choix scénaristiques inappropriés ? Les fans des romans s’y retrouveront peut-être en comblant les lacunes de la série, mais les néophytes risquent clairement de s’y perdre. Dommage !

A Discovery of Witches. Série réalisée par Juan Carlos Medina et Alice Troughton. D’après la trilogie All Souls de Deborah Harkness. Avec Teresa Palmer, Matthew Goode, Alex Kingston. Fantastique/Romance. UK. Une saison / 8 épisodes. Diffusée sur Sky One depuis le 14 septembre 2018. 

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