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American Nightmare 4 : Les Origines : Staten Island brûle-t-il ?

Selon un schéma dorénavant bien connu, la série des American Nightmare, sur fond de guerre civile légalisée, fait irruption dans les cinémas au moment de l’Independance Day américain. Ce quatrième chapitre prétend revenir aux sources du fascisme… pour y trouver du néant ?

Pilule rouge ou pilule bleue ? Pour Skeletor (Rotimi Paul), premier visage à ouvrir ces Origines de la saga American Nightmare (The Purge), le choix est tout fait. Traits émaciés, diction de psychopathe sous crack, tatouages et scarifications en diable : c’est ainsi que Gerard McMurray, qui remplace le géniteur de la saga d’action-horreur James DeMonaco, nous présente son Adam, premier pécheur à accepter l’expérience sociologique visant à se défouler sur n’importe qui, sans répercussions, le temps d’une nuit, pour faire baisser le taux de criminalité le reste de l’année. La Purge citoyenne, cet autre visage que les États-Unis tentent de cacher, avait déjà fait l’objet d’un commentaire social parfois percutant au cours des trois précédents films. Skeletor, donc, va croquer dans le fruit défendu des Pères Fondateurs, parti organisateur des Purges annuelles. Mais… quel est le vrai rôle de Skeletor dans ce film ?

Alors que se déploie la petite musique bien connue des préparatifs de la Purge, est introduit le personnage de Dmitri (Y’Lan Noel), un dealer irascible et bodybuildé au costume sur mesure et pendentif en croix brillant, bien décidé à rester en dehors de la Purge pour ne pas interférer avec son business ; et celui de Isaiah, « jeune à la dérive » à la gueule d’ange qui va vouloir devenir un des volontaires enfermés dans Staten Island pour la bagatelle de 5000 dollars, offerts généreusement par les organisateurs de l’expérience. Ce jeune Afro-américain corrompu va-t-il errer, lentilles de contact fluo aux yeux, dans un voisinage criblé de milices armées jusqu’aux dents ? Cela pourrait être un parti pris décent et réjuvénateur pour une franchise bâtie autour de mâles quarantenaires (Ethan Hawke et Frank Grillo dans les précédents volets). Malheureusement, McMurray est beaucoup plus intéressé par une chasse à l’homme avec gros calibres, et une partie du film va nous montrer les conséquences hasardeuses d’une nuit où tout est permis contre Dmitri et ses ennemis… Le règlement de comptes nihiliste, un des pires clichés de la blaxploitation, aurait-il pu se dérouler aussi violemment sans avoir des pauvres marginalisés laissant cours à leurs pulsions de violence ? Très probablement. Ainsi, DeMonaco frôle le hors-sujet à plusieurs reprises, et laisse McMurray faire feu de tout bois, en transformant son Skeletor si ténébreux en boogeyman à peine digne d’un Freddy Krueger sous crack.

AMERICAN NIGHTMARE 4 : LES ORIGINES © Universal Pictures International France

Agneaux sacrificiels

Là où les trois précédents volets de la saga laissaient entrevoir des motivations pour leurs personnages, American Nightmare 4 sacrifie ses protagonistes sur l’autel d’une violence généralisée, appelée à s’étendre dans le reste du pays. Rien n’est plus insultant pour le public-cible que de voir les doyens du quartier (un black, un latino et un immigré chinois, sinon la blague ne fonctionnerait pas) présentés comme des sages inquiets et brailleurs, martyrs d’une Amérique dépeçant ses quartiers populaires avec la complicité du gouvernement. Ces bas instincts populistes ne sont même pas nuancés par les considérations morales horrifiées portées par une Marisa Tomei anecdotique, architecte de l’expérience de Staten Island qui ne sait pas encore qu’elle est manipulée – contrairement aux fans des trois précédents volets.

Gerard McMurray peine à formuler un propos clair et s’efforce, en vain, d’inventer des personnages intéressants pour incarner la résistance : l’activiste Nya (Lex Davis Scott), Mère Courage sous testostérone déterminée à protéger la veuve et l’orphelin de l’oppresseur. Dans ce cas précis, les protégés seraient Isaiah, son frère, et les bonnes gens de l’église-sanctuaire, trop pauvres pour quitter Staten Island. Le réalisateur est trop occupé à mimiquer la nuit chromée des précédents films sans vision ni nouveauté, sans même prendre en compte que cette esthétique urbaine a été largement pillée dans le Hell’s Kitchen des séries Marvel/Netflix (Daredevil en étant l’exemple le plus notable). Bien qu’elle se déroule dans un futur proche, comme toute bonne dystopie, American Nightmare 4 ne peut s’empêcher de commenter l’ère Trump et son impact sur les communautés urbaines. Mais le film dilue toute quête de sens dans des agencements de séquences dignes de jeux vidéo. Des acteurs blancs et constipés sans identité se retrouvent à être les prête-voix de la NFFA, le parti fasciste au pouvoir, tandis que Dmitri déambule dans Staten Island en God Mode, semi-automatiques à la main et pectoraux saillants. On taira le massacre dans une fête en plein air, évocation putassière des faits divers de Las Vegas.

Les happenings suprémacistes ayant fait la Une des médias depuis deux ans, les bonnes intentions de montrer une communauté opprimée se dressant contre la violence exceptionnelle d’une proto-Purge n’étaient pas une si mauvaise idée. Tous les personnages ne sont cependant que des esquisses délavées par des utilisations prévisibles, tant passés à la moulinette du genre qu’ils ne parviennent plus à exister par eux-mêmes. La vraie fascination de Gerard McMurray pour les fusillades et les rides en 4×4 sur fond de A$AP Ferg (un autre embrassement opportuniste du hip-hop de rue souligné par l’apparition gratuite et sans intérêt du rappeur Desiigner) achève de transformer son film en nanar ni fait ni à faire. American Nightmare 4 : Les Origines se love dans l’ultraviolence qu’il fait mine de dénoncer, tentant de rallier le mouvement Black Lives Matter à sa cause sans lever le petit doigt pour comprendre la violence sociologique dont il découle. Alors que la série The Purge, chapeautée par DeMonaco lui-même, devrait faire son apparition en septembre, ce quatrième volet classe la franchise dans la catégorie des sagas de genre qui n’ont que trop duré. Oui, c’est toi que l’on regarde, Saw.

De Gerard McMurray. Avec Y’Lan Noel, Lex Scott Davis, Lauren Velez. Genres : thriller, épouvante, horreur. Distribution : Universal Pictures France. Durée : 97 minutes. En salles le 4 juillet 2018.

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