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Baden Baden : Été caniculaire à Strasbourg

Cet article a été initialement publié le 4 Mai 2016 à l’occasion de la sortie en salles du film. Il est réédité sous sa version originale pour la thématique Été & Cinéma 2021.

Après deux courts métrages primés, Baden Baden clôt le triptyque de Rachel Lang sur le thème du passage de l’adolescence à l’âge adulte. La réalisatrice strasbourgeoise livre un premier long métrage naturaliste et rafraîchissant, avec des choix esthétiques des plus plaisants, relatant les tribulations d’une jeune femme de 26 ans au cours d’un été caniculaire.

Née en 1984 à Strasbourg, Rachel Lang peut se vanter d’avoir à son actif deux courts métrages qui ne sont pas passés inaperçus en festivals : son projet de fin d’études Pour toi je ferai bataille (2010) et son second court métrage Les navets blancs empêchent de dormir (2011). Cycle sur le thème du passage de l’adolescence à l’âge adulte, la réalisatrice marque aujourd’hui la fin de ce triptyque audiovisuel avec son premier long métrage Baden Baden. Dans ce dernier, Rachel Lang dépeint les péripéties d’Ana (Salomé Richard), qui retourne à Strasbourg, sa ville natale, suite à une expérience ratée sur le tournage d’un film en Angleterre. Le temps d’un été caniculaire, la jeune femme décide de remplacer la baignoire de sa grand-mère par une douche, roule en Porsche, perd son permis, couche avec son meilleur ami Simon (Swann Arlaud) et retombe dans les bras de son ex Boris (Olivier Chantreau). Bref, elle tente de s’occuper et de composer avec la vie…

Si le synopsis peine à se détacher d’autres films du genre, Rachel Lang réalise pourtant un opus original, naturaliste et savoureux. Outre cette thématique du passage à l’âge adulte, la réalisatrice s’amuse également avec les archétypes et tente de briser les frontières entre les hommes et les femmes : Ana n’est en effet pas un sex-symbol, mais une « vraie personne ». Héroïne aux cheveux courts et pas sexy, Ana rote, demande le 06 d’un homme qu’elle vient à peine de rencontrer ou frime au volant de son bolide… Nous sommes donc loin du sex-symbol féminin au cinéma, et cela fait plaisir à voir. La comédienne Salomé Richard excelle d’autre par dans l’interprétation de cette jeune femme paumée et tâchant de se débrouiller avec les aléas de l’existence. Le thème de la famille est aussi évoqué dans le film, avec des scènes jubilatoires entre Ana et sa grand-mère, mais aussi avec sa mère, son père et son frère. Des humains de 2015, des vrais.

© D.R.

© Jour2fête.

Baden Baden, c’est aussi un panel de choix esthétiques radicaux. A commencer par la scène d’ouverture, sous forme d’un plan séquence de quatre minutes dans lequel Ana conduit la vedette du film sur le tournage. Anxieuse car en retard, la protagoniste est filmée en plan serré afin de mieux percevoir chacune de ses expressions. Un coup de maître, qui crée directement de l’empathie pour le personnage et donne immédiatement envie de la suivre. Même lorsque celle-ci arrive sur le lieu de tournage, et qu’elle se fait réprimander brutalement par l’un des hommes de la production, la caméra ne s’arrête pas. Un choix radical, mais fort. L’autre idée esthétique brillante de la réalisatrice est de mettre en parallèle le côté brouillon d’Ana, et ses actions, dans des plans aux images architecturales et épurées d’une grande beauté. La ville de Strasbourg, l’appartement de la grand-mère d’Ana et même le magasin de bricolage sont sublimés par la photographie naturaliste et travaillée de Fiona Braillon.

Quant aux personnages gravitant autour d’Ana, ils se révèlent tous plus touchants et vrais les uns des autres. Un petit bonus cependant pour l’hilarant et maladroit Grégoire, campé par Lazare Gousseau, gérant des stocks du magasin de bricolage qui donne un coup de main à Ana pour l’installation de la douche. Par le biais de ses personnages, Rachel Lang offre une vision dépouillée de la vie quotidienne et des questionnements sur sa place dans le monde. Un premier long métrage à la fois mélancolique, frais et entraînant qui révèle une réalisatrice et une comédienne de talent.

Réalisé par Rachel Lang. Avec Salomé Richard, Claude Gensac, Swann Arlaud… France, Belgique. 1h35. Genre : Comédie dramatique. Distributeur : Jour2fête. Sortie le 4 mai 2016.

Crédits Photo : © Jour2fête.

Touche-à-tout, Camille écrit et réalise des courts métrages, et officie en tant que directrice de casting sur de nombreux projets. Elle est également la rédactrice en chef des Écrans Terribles depuis mai 2021. Sur son temps libre, elle photographie compulsivement tout ce qui l’entoure, et voue un culte inexplicable aux ratons laveurs, aux bandes originales mélancoliques et au grand écran, entres autres.

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