Chéries-Chéris by Les Ecrans Terribles
Chéries-Chéris

Chéries-Chéris : sous la lumière, des coeurs vibrants

Alors que la 25e édition du Festival Chéries-Chéris touche à sa fin, deux films ont attiré notre attention durant cette belle semaine. Deux oeuvres d’une grande humanité et d’une grande tendresse, marques de fabrique d’une communauté LGBTQ au grand coeur.

Lola vers la mer, de Laurent Micheli (Belgique, 2019)

Pour sa cérémonie d’ouverture, le Festival Chéries-Chéris a su trouver le petit bijou qui ferait briller sa 25e édition. Dans Lola vers la mer, une jeune fille transgenre tente de renouer, après le décès de sa mère, avec un père qui l’a mise à la porte quelques mois plus tôt. Ensemble, ils entament un dernier voyage forcément compliqué et tendu vers leur maison du bord de mer pour lui rendre un dernier hommage. Ce père, c’est Benoît Magimel, qu’on n’a pas l’habitude de voir aussi à fleur de peau. Face à sa fille et son tempérament très rentre-dedans, il incarne une figure paternelle tantôt fuyante et colérique, tantôt aimante et protectrice. Lola, elle, se cherche entre une soif de liberté primaire (celle d’être elle-même) et un besoin de reconnaissance fébrile : celui d’être reconnue et acceptée comme l’enfant de son père, qu’elle reste malgré sa transition. Laurent Micheli, pour son second long-métrage, a donc su donner à ses personnages la complexité et le relief qu’une telle histoire nécessitait. Dans ce portrait nuancé d’une relation passionnée, les caractères s’entrechoquent et les arguments rationnels des uns et des autres atteignent rapidement leurs limites. Car il apparaît vite difficile de laisser sa raison prendre le dessus quand ce sont les émotions brutes qui tiennent les commandes. Pour son portrait d’une relation père-fille tumultueuse, son discours sur l’émancipation et sa manière d’aborder les contradictions les plus intimes et les plus vivaces, Lola vers la mer touche au coeur et séduit très rapidement, en plus de révéler une jeune comédienne épatante, Mya Bollaers, qu’on a déjà hâte de retrouver.

Lola vers la mer, de Laurent Micheli
Avec Mya Bollaers, Benoît Magimel, Sami Outalbali
Sortie le 11 décembre 2019 chez Les Films du Losange

Mya Bollaers, Benoît Magimel © Les Films du Losange

Les Reines de la nuit, de Christiane Spièro (France, 2019)

Soyons honnêtes, ce documentaire sur les talentueux transformistes français était une de nos plus grosses attentes de la sélection de Chéries-Chéris cette année. Christiane Spièro est partie à la rencontre de nombreux artistes, qui se sont confiés à elle sur leurs aspirations, leurs parcours, leurs vedettes, leurs rêves, leurs regrets. Lors d’entretiens très humains, la réalisatrice a pu capter leur passion commune : celle d’incarner, le temps de quelques minutes et de quelques chansons, des personnalités bâties de toutes pièces ou des artistes qui les ont fascinés et continuent de les fasciner, parfois quelques décennies plus tard. Car si on croise à un moment Amy Winehouse ou Chris(tine & the Queens), ce sont bien principalement Dalida, Sylvie Vartan, Liza Minelli ou Sheila qui continuent de hanter l’imaginaire des artistes et de dynamiser les nuits des cabarets. Les comédiens, eux, viennent de milieux très différents. Ils ont été médecins, libraires, agriculteurs. Ils viennent de familles aimantes, dysfonctionnelles ou même de la DDASS. Devant la caméra de Christiane Spièro, ils se livrent sur leur ressenti, sur leur rapport à leurs alter-egos et à cette manière qu’elles ont eu de les sauver, de donner un sens à leur vie ou d’influer sur leur sexualité. Pas à pas, Les Reines de la nuit met en lumière ces artistes de l’ombre, qui s’effacent pour laisser la scène à leurs idoles, et rappelle intelligemment des vérités qui peinent encore à être assimilées. Que travestissement et prostitution n’ont pas à aller de pair. Que le transformisme est un art vivant aussi légitime qu’un autre. Bien sûr, on aurait aimé que le film soit un peu plus cinématographique dans son ensemble. Que les entretiens soient davantage mis en scène, que les prestations scéniques captées soient aussi magiques et envoûtantes sur l’écran qu’elles le sont sous les feux des projecteurs. Ce n’est pas vraiment le cas, faute probablement à un manque de moyens techniques et financiers – ils vont souvent ensemble. L’âme du transformisme, elle, est bien présente. Et c’est bien ce qui donne tout son intérêt au film.

Les Reines de la nuit, de Christiane Spièro
Avec Lulu, Framboise, Galipette, Pétunia et les autres.
Sortie le 4 décembre 2019 chez Zélig Films Distribution 

Les Reines de la nuit © Zélig Films Distribution

Pour en savoir plus sur le Festival Chéries-Chéris, retrouvez également :
quelques morceaux choisis
la critique d’Océan
notre interview d’Océan

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi. Une identité se forge quand elle peut ! Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Voue un culte à Zach Braff, Jim Carrey, Guillermo DelToro, Quentin Tarantino et Balthazar Picsou (because why not ?).

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