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Confessions en série

Logan ou L’amour cramé

ATTENTION SPOILERS !!! Ne lisez pas une seule ligne de cet article si vous n’avez pas vu la saison 4 de Veronica Mars jusqu’au bout.

Cinq jours durant je n’ai pensé qu’à lui…

Impossible de sortir de la spirale infernale ancrée dans mon esprit par ma frustration, ma tristesse, ma colère. 

Je ne peux même pas dire que j’étais en deuil, car en réalité ce mot français semble inapproprié, trop froid, trop formel, trop rationnel. Je préfère de loin la formulation anglaise. Ce que je ressentais, ce que je ressens toujours, ce n’est pas une émotion apaisée, c’est plutôt la douleur que l’on associe au deuil : grief. J’ai même encore plus envie d’utiliser le terme grieving qui a la particularité d’être à la fois un verbe d’action et d’être au gérondif, la forme qui sous-entend un processus en cours, dont on ne peut encore imaginer la fin. Je subis activement les émotions d’une perte tragique. Et si mon grieving me submerge à ce point, si ma perte est si dévastatrice, c’est parce que ma perte est multiple.

J’ai perdu un des personnages que j’ai le plus adoré dans MON histoire de la télévision. J’ai perdu la capacité d’aimer sereinement une série qui a beaucoup compté pour moi. Et fondamentalement, j’ai perdu la relation que j’entretenais avec un auteur de série en qui j’avais confiance. 


Le fleuve est pareil à ma peine/ Il s’écoule et ne tarit pas/ Quand donc finira la semaine – Apollinaire

Veronica Mars semble n’être revenue que pour me faire souffrir. Comme un amant perdu retrouvé soudainement, qui vous brise le coeur, comme ça, pour rien, et n’arrive finalement qu’à entacher la mémoire d’un ancien amour trop bref peut-être, imparfait certainement, mais qui était si beau dans votre panthéon émotionnel à vous.

Ma fixation dure depuis l’instant fatidique où je me suis fait spoiler sur la tragique fin de la saison 4. C’était en pleine nuit, le 24 juillet, alors que je cherchais bêtement quelque chose sur le film de 2014, ce projet fou qui avait donné ses lettres de noblesse à notre communauté de fans de l’ombre. Telle une droguée je cherchais de quoi me faire tenir jusqu’au lendemain où j’allais voir les derniers 4 épisodes de la nouvelle saison. Et là boom! La bombe émotionnelle m’a éclaté en pleine figure avec cette accroche problématique à plus d’un titre : Rob Thomas explains (badly) why Logan had to die (Rob Thomas – ndr le créateur de la série – explique (mal) pourquoi Logan devait mourir). 

Je n’ai pas cliqué. Je me serais arraché les yeux plutôt que d’en savoir plus, mais je n’ai pas pu effacer cette information de mon esprit non plus. Où sont les machines à voyager dans le temps quand on en a besoin ? Comme un coup de froid directement dans le cœur j’ai d’abord ressenti les sueurs froides qui accompagnent la découverte d’une tragédie. Car c’était exactement ce que ce titre venait de m’annoncer : une tragédie, une apocalypse pop culturelle, une catastrophe sérielle. 

Et mon coeur de se briser en un millier de petits morceaux.


Les tragédies de la fiction sont des tragédies

Je me sens obligée de préciser tout de suite que je vais continuellement dans ce texte comparer la disparition de Logan à un drame de la vraie vie, je vous invite tout de suite à accepter cette analogie sans la remettre en question. J’espère, de plus, que vous aurez le discernement de ne pas hâtivement ranger tout ce que j’ai à dire sur le sujet dans un dossier intitulé : hystérie de fan. Ma réflexion est nourrie par des émotions fortes et le moteur de ma colère est la douleur, mais cela ne rend pas mon point de vue pour autant dispensable et laissez-moi brièvement faire une pause sur mon épanchement pour préciser ma pensée à ce sujet :

1- Refuser de reléguer la fiction au rang de « c’est pas réel donc c’est pas important » n’est pas un aveu de faiblesse intellectuelle. Il est de plus en plus accepté que notre cortex préfrontal nous permet de vivre les émotions fictives exactement comme les émotions créées par notre réalité, ce serait pour ça qu’on pleure au cinéma par exemple. On peut aussi considérer que la plupart des changements fondamentaux de notre histoire a été accompagnée par la fiction – les évangiles, Beaumarchais, Platon, Will & Grace, pour ne citer qu’eux. 

Plus personnellement, la fiction a contribué à mon approche du monde et de la vie autant – parfois plus – que mes expériences réelles. Je dirais même que j’accepte que la vie soit tragique, incontrôlable, injuste et terrible, et j’attends en revanche que la fiction soit responsable et considérée. Si elle est de qualité, elle se doit de ne pas faire n’importe quoi avec les gens qu’elle crée et les gens qu’elle invite dans son univers. Pour être honnête, je pardonne d’ailleurs bien plus facilement leurs égarements aux humains qu’aux personnages de fiction. J’irais jusqu’à affirmer que je n’arrive à maintenir une relation saine avec le monde réel que parce que je bénéficie de la richesse de la fiction humaniste que je trouve, choisis et collectionne avec attention, et que je consomme sans modération pour m’aider à faire la paix avec la nature humaine. 

2- Les personnages qui continuent à vivre dans ma vie intérieure bien après que leur histoire ait cessée d’être écrite sont de véritables personnes pour moi. Particulièrement quand ils ont une singularité difficile à trouver dans la nature. Comme mon tendre Logan.

Car je me mens un peu à moi-même en disant que si ça fait si mal c’est à cause de Rob (Thomas, le créateur) et de la série, c’est quand même surtout à cause de lui, Logan. Il était ce que j’avais le plus peur de perdre… Et sans prévenir, par facilité, on me l’a volé.

Bref… Ce premier moment de détresse j’ai essayé de le dépasser… de l’ignorer, de m’y faire. Je me suis dit que j’attendrais de voir comment ce serait en vrai dans l’histoire. J’ai presque réussi à me convaincre en regardant le dernier épisode que j’étais reconnaissante de tout le bonheur qu’on voyait Logan et Veronica partager, comme si cela compensait… Et puis, deux jours plus tard, toujours incapable de penser à autre chose, m’efforçant en vain de me réapproprier mon amour de la série en me replongeant dans mes scènes favorites de la saison 1 et dans sa bande son, je suis tombée sur une scène iconique de la fin de la saison 2. Logan, enhardi par la boisson, profite de sa contre-prom pour confesser à Veronica l’étendue de son amour, c’est là qu’il qualifie leur histoire d’épique :  « Spanning years and continents. Lives ruined and bloodshed » et soudain j’étais en larmes. 



J’ai vite pensé au fait que beaucoup de témoignages que j’avais lus les jours précédents mentionnaient aussi les larmes. Mes larmes, comme les leurs, n’étaient pas la catharsis satisfaisante d’une histoire bien racontée qui nous bouleverse. Non. Elles témoignaient d’une peine teintée d’injustice et de cruauté. C’était la manifestation d’une blessure. C’est là que j’ai réalisé que je ne pouvais me défaire de l’obligation de passer par ce que les gens soucieux de leur santé mentale font dans ce genre de situation : écrire dessus.


Pour un artiste, la liberté est aussi indispensable que le talent et l’intelligence. – Gorki

Commençons par le commencement, le créateur : Rob Thomas. 
(Quand je pense à quel point je me suis enthousiasmée pour son existence il y a 15 ans quand je suis tombée amoureuse de Veronica Mars, j’ai envie d’hurler à la lune. Passons… )

Les droits du créateur

Parlons un peu du droit de vie et de mort d’un créateur sur sa création. L’argument qui revient généralement dans ce genre de discussion c’est qu’un artiste, un auteur, un réalisateur doit être libre de faire ce qu’il veut de son oeuvre. Généralement je trouve cette approche plutôt saine, particulièrement quand je suis confrontée à l’alternative qui consiste à manifester son mécontentement par une succession de suggestions où la critique, le fan, la spectatrice semblent finalement reprocher au film, à la série ou au livre de ne pas avoir fait exactement ce qu’on aurait voulu, nous, qu’il fasse. C’est absurde selon moi car cela sous-entendrait qu’il y a une bonne et une mauvaise façons de faire de l’art alors qu’en réalité un artiste ne peut faire que ce qu’il est en mesure de faire avec son art. Il est possible que la morale de cette aventure soit que Rob Thomas ne pouvait pas écrire de saison 4 où il ne tuait pas Logan. 

Cependant résumer toute cette problématique à un postulat régressif tel que « l’artiste fait ce qu’il veut donc on ne peut remettre en question ses choix » est au mieux simpliste, au pire l’opportunité parfaite pour une création insensible au monde qui l’entoure et à son impact potentiel sur les gens qui vont la recevoir. Un art totalement irresponsable donc, ce que certains qualifieraient probablement de pur. Personnellement je le qualifierais de primitif, car de fait cet art serait divorcé de notre réalité et par conséquence de la condition humaine. Bref, un art qui a bien entendu le droit d’exister mais pour lequel je n’ai absolument aucun intérêt. 

Ainsi les artistes qui refusent de se soucier de la misogynie internalisée de leurs oeuvres, des potentielles connotations racistes et homophobes de leur travail et se plaignent du politiquement correct me fatiguent. Je ne pense pas que de se poser des questions sur la réception de son travail rend son art plus pauvre, au contraire, c’est la meilleure façon de ne pas tomber dans les mêmes sempiternels clichés. C’est aussi comme ça que l’art peut changer le monde, pas que ce soit sa stricte responsabilité, mais c’est certainement son effet, que l’artiste le veuille ou non. Un art régressif renforce les structures sociales régressives. Tous les scénaristes et réalisateurs de la terre peuvent bien se défendre jusqu’à la fin des temps de « juste faire des films (ou des séries) », pour autant ce qu’ils décident de représenter dans leur fiction aura un impact sur la personne qui regardera cette fiction. De même pour la littérature, la musique et toutes autres formes artistiques.

Ne pas vouloir se soucier de l’impact social de son art est la meilleure façon de ne pas se poser les bonnes questions sur le sens fondamental de son propos, de sa démarche, de sa création.

Mais bon, je ne suis pas non plus du genre à dire qu’il faut empêcher les gens de créer ce qu’ils veulent, après tout, qui suis-je pour savoir si une oeuvre régressive ne va pas justement pousser un autre artiste à se révéler, un artiste dont la frustration ultime s’avérera le fioul nécessaire pour se lancer ? En gros, faites autant de séries nihilistes que vous voulez, je m’en fous, je vais juste pas les regarder !


Les causes du divorce

Et c’est là qu’on en revient à notre ami Rob, car Rob ce n’est pas exactement ça qu’il nous a fait. Dans le dernier épisode de la saison 4, Logan raconte ce que son ex, Parker, lui a confié sur son divorce : « She said it was like waking up with a stranger » (Elle a dit que cela lui avait donné l’impression de se réveiller à côté d’un étranger). C’est ironiquement la parfaite description de mon ressenti, et à en croire les internets, d’une large partie de la fandom. Attention, pas question de résumer une réception à quelques tweets en colère ou à des commentaires de trolls. Ce n’est pas ce dont on parle ici. Au contraire, le rejet de cette fin de saison n’est pas universel mais il est massif. Il est aussi soigneusement argumenté par les fans et partagé par une partie de la critique. On pourrait même le qualifier de consensuel. Cependant pour les besoins d’une argumentation au-delà de tout reproche, limitons la portée de notre plaidoyer à une section bien particulière de fans. Non, non, pas les shippers de la communauté LoVe. Je ne vous laisserais pas nous marginaliser pour notre amour de l’amour. Notre rébellion est bien plus profonde qu’un dépit amoureux. La bonne nouvelle c’est que nous avons déjà un nom inventé par les nôtres pour les besoins de Twitter : #BurntMarshmallows (ou BMs pour faire court). C’est une référence sardonique au nom que se donnent les fans de la série depuis bien longtemps : les Marshmallows. Car cette section de fans pour laquelle je souhaite parler se voit comme des chamallows cramés. 

Cramés par cette fin de saison, cramés par la violence de ce choix, cramés par l’intensité de notre amour d’une vision de la série qui semble différente de celle de Rob. Puisque nous on lui reproche d’avoir détruit une des parties les plus précieuses de sa série, alors que lui a l’impression d’avoir libéré son héroïne de ce qui l’empêchait d’être la détective la plus cool de la terre, clairement le divorce était la seule issue possible.

Cela m’amène à la particularité de cette situation. Le fossé de notre malentendu avec Rob (je parle pour les BMs, pas pour tous les fans bien entendu), c’est que nous étions effectivement mariés. Nous partagions l’univers de Neptune et ses habitants depuis 15 ans. Nous pensions être un tant soit peu sur la même longueur d’ondes. Nous pensions qu’il nous comprenait, nous croyions qu’il désirait écrire l’histoire que nous souhaitions voir. Rob, lui, pensait que ce qui nous plaisait c’était que Veronica soit cynique, émotionnellement bloquée, traumatisée et seule. Nous avions apparement tous tort.

Comme on dit, le plus terrible dans les divorces c’est pour les enfants. Et s’il y a bien une chose qui est le fruit de la relation entre la série et ses fans, c’est Logan. Pas parce que nous sommes tous des midinettes et qu’il est beau gosse d’ailleurs, mais bien parce que son histoire et le lien qu’il partage avec Veronica sont des éléments si puissants de la série qu’ils sont devenus indistinguables du reste. Logan a longtemps été traité comme le sale gosse qu’on aimerait foutre en pension, les auteurs ont tenté toute la saison 2 de justifier sa séparation à Veronica, ils ont recommencé durant la saison 3. Sacrifiant à mes yeux le parcours émotionnel de leur héroïne qui semble ne jamais vraiment savoir ce qu’elle veut et fait preuve d’une immaturité émotionnelle particulièrement frustrante. 

Mais il semblait qu’avec le film de 2014, inespéré mais vrai, on était enfin tous tombés d’accord. Rob Thomas nous prouvait dans ses choix ce que nous pensions depuis le début : l’amour épique de notre cher LoVe (le nom du ship composé des premières lettres de leurs prénoms) n’était pas juste une lubie fleur bleue pour sériephiles en mal d’amour; c’était un symbole de résilience irrésistible. C’était aussi l’histoire d’une femme exceptionnelle, qui avait continuellement trois longueurs d’avance sur tout le monde mais qui se faisait toujours rattraper par cet homme-là. Parce qu’il était autant, voir plus, brisé qu’elle. Parce qu’il partageait sa colère, son humour, son espièglerie. Parce qu’il la voyait entièrement et sans retenue, et avait compris dès l’instant où il s’était permis de l’aimer qu’il ne cesserait jamais de le faire. Car quoi qu’elle fasse, quoi qu’elle dise elle resterait Veronica, sa personne préférée. Un homme à sa mesure qui rendait sa si coriace carapace obsolète. 

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Jason Dohring, Kristen Bell |Copyright Warner Bros. GmbH

Pour moi ce film, malgré ses faiblesses, avait au moins réussi à démontrer que Veronica, terrifiée par la vulnérabilité, avait passé tout ce temps à se fuir. Depuis le début de la saison 2, dès qu’elle se présentait comme insensible à cet homme qu’elle semblait pourtant aimé, elle ne faisait que se protéger, se mentir pour tenir une position par principe, aussi absurde soit-elle. Ainsi Logan n’était pas juste un boyfriend mais la représentation de son soi véritable : de ce qui la terrifiait mais la faisait fondre, la faisait se remettre en question, du meilleur de l’âge adulte en somme. 

Il était évident que Rob n’avait jamais eu l’intention de créer Logan comme ça. LoVe est le genre de génération spontanée heureuse née d’une rencontre fortuite entre une idée, la sensibilité d’un acteur et son alchimie à couper le souffle avec sa partenaire de jeu. Cet enfant n’avait pas été voulu, mais il avait grandi malgré tout et était probablement responsable en partie de la durabilité de notre mariage. Il apportait un supplément d’âme à la série et à son personnage principal qui contre-balançait le cynisme parfois discordant des mystères qui constituaient l’intrigue. 

Sa destruction, brutale, cruelle, dénuée de tout espace pour pouvoir faire notre deuil réduit toutes mes (nos) convictions en cendres. Nous avons passé 15 ans à dormir avec un étranger. Ce n’est pas Veronica qui se fuyait en fuyant Logan, c’était Rob qui voulait se débarrasser de lui tout ce temps. La suite logique de cette pensée est d’une amertume quasi insupportable : le traitement de leur histoire dans le film était effectivement uniquement une forme de fan service non désiré. 

Je pensais que c’étaient les journalistes qui ne nous comprenaient pas Rob… Que toi et moi on savait que ce que certains appellent le fan service, d’autres appellent ça la continuité. Que de vouloir écrire une histoire d’amour n’est pas une forme de niaiserie, car l’amour est une chose rare et pleine de conflits et pleine de contradictions et on a bien besoin de modèles dans la fiction parce que on galère grave dans la vraie vie. 

Mais tu pensais rien de tout ça… A en croire tes déclarations (qui soit dit en passant sont un peu trop sur la défensive pour être totalement sincères), y a plus rien d’intéressant à raconter sur les gens une fois qu’ils sont mariés. Apparement le mariage c’est le début d’un bonheur simple, chiant et sans aucun attrait narratif. J’ai une mauvaise nouvelle pour toi Rob, le mariage c’est que le début des emmerdements. Regarde, nous !


Règlement de comptes

Ok… Bon… Mais on fait quoi maintenant ? C’est quoi la solution, c’est quoi l’étape d’après ? Je fais quoi de toute cette peine ? D’abord je vais commencer par vous dire ce que je refuse de faire. Je refuse de prendre pour moi la responsabilité de ma tristesse. Je réitère ce que je disais plus haut : pas question de me mordre les doigts d’avoir trop aimé Logan, d’avoir trop voulu voir cette histoire sur mon écran. Je ne me laisserais pas convaincre par la crasse condescendance avec laquelle il est acceptable de traiter les shippers. Je reste convaincue qu’il est bien plus délicat, innovant et courageux d’écrire l’amour vrai que le fantasmé. L’amour qui se réveille avec une haleine de chacal, celui qui nous écoute plus parce qu’il est sur son téléphone, celui qui oublie de faire la vaisselle, qui veut pas aller voir le psy, qui travaille trop, qui continue à avoir peur d’avouer ses angoisses après des années de vie commune. L’amour qui nous rend tarés parce qu’on a l’impression d’avoir la même engueulade depuis la nuit des temps, l’amour avec lequel on a envie de vivre pour toujours car on sait que chaque seconde de cet amour fait de nous une personne plus complète, plus responsable de ses actes, plus capable d’empathie, plus aimée, plus aimante, de l’autre, mais aussi du reste de la planète.

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© Warner Bros.

Je m’égare… Ce que j’essayais de dire c’est que c’est pas ma faute Rob si je suis malheureuse. D’après ce que tu dis tu t’attendais parfaitement à nos réactions, dans ce cas tu m’as fait mal exprès et avant de décider de t’éjecter de mon existence pop culturelle j’ai besoin d’essayer de comprendre pourquoi. Tu dis que personne ne veut voir une détective badass de 35 ans qui a un mec, ou pire un mari. Ah bon ? Moi c’est exactement ce que je veux voir. Alors c’est toi qui délires ou c’est moi ? 

Vu que je n’ai pas vraiment accès à la vérité, je ne peux vous offrir que ma version, marginalement paranoïaque, de ce que j’imagine être les raisons de ce désastre…

Pièce à conviction n°1
Un des avertissements que Rob Thomas a continuellement voulu donner sur cette saison était qu’elle serait plus « adulte ». 

Conclusion n°1
Pour lui « adulte » est un mot qui sous-entend sombre, dur, désespéré. C’est aussi comme ça qu’il entend le terme « noir ». Soit l’interprétation la plus naïve et juvénile de ces termes possible. J’imagine qu’il est totalement convaincu que c’est plus « intéressant » de montrer un personnage enferré dans son trauma, incapable de faire confiance ou de s’ouvrir à qui que ce soit, que de faire le portrait d’une adulte complexe qui continue à porter son trauma tout en essayant d’avoir une vie émotionnelle plus équilibrée et plus positive. Mais sa sincérité n’excuse pas l’étroitesse de sa réflexion.
Peut-être que c’est de là que vient notre malentendu. Dans le premier épisode de la série, tu nous avais présenté une Veronica traumatisée, abandonnée, durcie par la perte horrifique de sa meilleure amie (un trauma renforcé par son viol quelques semaines plus tard), incomprise, maltraitée par ses pairs comme par les figures d’autorité qui l’entouraient à l’exception de son père… Bref c’était la merde comme qui dirait. Bêtement j’ai pensé que c’était le point de départ d’une histoire de reconstruction, lente peut-être, sinueuse certainement, mais dont la trajectoire se voulait résolument ascendante. Finalement toi tu voulais juste qu’elle tourne en rond. Je vais être honnête avec toi, cela m’inquiète pour ce que ça dit de ton propre bonheur Rob. 

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Kristen Bell dans la saison 1 de Veronica Mars © FR_tmdb

Pièce à conviction n°2
Pire tu as décidé de nous montrer à quoi ressemble cette trajectoire avec Logan. Tu lui as fait dépasser tout le mal de son enfance, de son adolescence, toute la violence de sa vie adulte pour devenir un homme qui a à la fois la capacité de s’accepter et de vouloir grandir, et la capacité d’aimer inconditionnellement une femme compliquée tout en la mettant face à ses conneries. Et BOOM! Tu le dégommes, tu le retires de l’échiquier, sa santé mentale le disqualifie de toute légitimité dramatique.

Conclusion n°2
Les gens abîmés ne méritent de peupler tes histoires que tant qu’ils sont dans l’auto-destruction. Si par malheur ils essayent de s’en sortir, alors mieux vaut leur dire au revoir tout de suite car leurs jours sont comptés.
Crois-tu vraiment à ça ? Tu te rends compte que c’est pour ça que tant de gens continuent de souffrir de dépression, de traumas, prisonniers qu’ils sont de cette idée ô combien infantile que d’être cassés nous rend plus intéressants. Tous ces artistes qui ont peur de perdre leur talent s’ils commencent à aller mieux. Une notion dangereuse colportée par l’ignorance généralisée sur le sujet qui reste un tabou nuisible et une incompréhension fondamentale de la nature des dysfonctionnements mentaux. 

Alors je schématise un peu pour les besoins de ce texte mais soyons clairs : 
1- Le trauma ne disparaît pas magiquement le jour où on se marie. 
2- L’impact de nos traumas sur nos vies n’est pas une ressource limitée qui a besoin d’être réapprovisionnée.
3- Travailler à son bien-être, par la thérapie, la communication, le yoga, ne fait disparaître aucune de nos névroses, on tente juste d’apprendre à les vivre autrement, dans le meilleur des cas elles arrêtent simplement de contrôler nos vies.
4- Prendre des médicaments pour nos besoins mentaux ne nous transforme pas en automates sans personnalité.
(D’ailleurs permettez-moi un aparté supplémentaire: Fuck you Veronica de demander à Logan s’il prend des médocs car il est l’ombre de lui-même – Carole Milleliri, notre rédac chef adorée, m’a très justement rappelé que ce commentaire est particulièrement dérangeant dans la bouche de Kristen Bell qui elle-même est sous anti-dépresseurs)
5- Il est hautement problématique de faire dire à son personnage principal qu’elle se suiciderait si elle perdait les deux personnes les plus importantes de sa vie, et de terminer la saison sur la disparition traumatique de celui des deux avec lequel elle voulait partager son existence.

Pièce à conviction n°3
Et avec tout ça je n’ai fait qu’effleurer le sujet de sa responsabilité vis-à-vis de ses personnages. Je n’ai même pas réellement encore parlé de ce qu’il nous a fait à nous. Car tout ce que je viens de décrire est particulièrement inquiétant quand on réfléchit au type d’audience de cette série. Qui veut parier sur la proportion de fans qui sont eux-mêmes (femmes, hommes et tout l’arc-en-ciel des genres) des survivant.e.s de violence ? Abus physique, viol, deuil, sans compter ceux qui comme moi s’identifient à Veronica non pas à cause de ses circonstances de survivante mais de son état émotionnel tourmenté. Dans la catégorie des dépressifs il y aussi un certain nombre de suicidaires j’imagine. Bref, même si un nombre certain de spectateurs.ices ne partagent pas cette expérience du monde, les créateurs ne peuvent ignorer cette section très vocale de leur fandom. On le sait parce qu’ils en parlent continuellement de ces fans qui leur ont dit avoir réussi à survivre à leur années lycées grâce à eux.
Au-delà de tout le reste : tuer Logan ainsi est un putain de moment traumatisant de télévision sans trigger warning.

Conclusion n°3
Rob Thomas n’en a rien à foutre de nous.P


J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. – Sand

En même temps moi j’ai été prévenue… J’ai passé 24h à porter le secret de la mort de Logan avant de le vivre. Peut-être que je n’aurais jamais vu la fin si je n’avais pas déjà prévu de la regarder avec deux autres marshallows. Elles n’auraient jamais compris ma soudaine réticence, et j’aurais été contrainte de les spoiler pour me défiler. Sur le coup, j’ai cru que c’était moins pire parce que je savais déjà. Je me suis dis que d’avoir été préparée m’avait épargnée. Mais c’est seulement le choc du premier impact qui a été vaguement étouffé. Les ravages sont inchangés. Aujourd’hui j’ai l’impression d’avoir été pillée. On m’a enlevé un personnage de ma vie, pour des besoins mesquins et bornés. On m’a mis dans une situation de tristesse, de détresse même, sans aucun égard pour les conséquences que cela allait avoir sur ma vie intérieure. Je ne regrette pas d’avoir aimé Logan, mais là tout de suite je me demande si je n’aurais pas préféré ne jamais la rencontrer Veronica, ne jamais m’identifier à son mal, à sa force non plus, puisque cela voulait dire partager sa perte. 


Un amour aveugle

Si ce que je vous raconte, cher lecteur, ne vous parle pas, vous avez peut-être envie de balayer mon ressenti comme injustifié. Alors sachez qu’en fait je n’essaye pas de le justifier. Je ne suis pas dans une joute rhétorique, je ne cherche pas vraiment à porter un jugement sur Rob, sa série ou son dernier épisode. Même si j’exprime de la colère, je suis surtout dans la vulnérabilité de mon état émotionnel. Je n’ai pas de réponse définitive, tout ce j’ai c’est cet état là. Et je considère qu’il mérite d’être discuté car en 32 ans de visionnage de séries, c’est la première fois que je vis ça. (Pour les historiens parmi vous, je considère comme date de début mon obsession pour Star Trek à l’âge de 7 ans). Inutile de vous dire que j’en ai connu un paquet de séries qui m’ont déçue, que j’ai abandonnées, qui m’énervent encore des années plus tard. Mais ce sentiment de perte, d’injustice, ce ressentiment vis-à-vis d’un créateur je ne l’ai jamais connu.

C’est la magie de Logan?  La force de LoVe? Ou c’est nos 15 ans de mariage qui font ça? 

Comme tout.e aimé.e éconduit.e je ne peux m’empêcher de chercher des réponses en me refaisant le film des années qu’on a passés ensemble. Et là je me brise un peu plus le coeur en me disant qu’en fait j’aurais dû le savoir. J’ai voulu taire mes doutes trop souvent mais cela fait déjà bien longtemps que je ne suis pas sûre d’être sur la même longueur d’onde avec Rob. Je peux même dater (plus ou moins) le premier essoufflement de mon enthousiasme pour lui : c’était le premier épisode de la saison 2. Logan était déjà le canari dans la mine de mon inquiétude. Sa caractérisation semblait tour à tour étrangement négative, détachée, schizophrène. Cependant ce n’était rien à côté de Veronica et son obsession pour une normalité qui n’avait pas de sens pour elle. J’ai trouvé un milliard d’excuses à cet épisode. La vérité c’est que je ne l’ai jamais revu. La vérité c’est que j’ai vu la première saison de Veronica Mars probablement des dizaines de fois, mais que je n’ai jamais rien pu revoir d’autre. Alors oui, Rob, peut-être est-ce ma propre faute ce mal. J’aurais dû mieux me connaître, j’aurais dû ne pas être aveuglée par les excuses faciles, par mon désir de continuer à aimer Veronica.


Un amour aveuglant

J’aurais dû résister à l’envie de suivre Logan à la vie à la mort. Car si j’ai réalisé quelque chose ces derniers jours, ce n’est pas juste la force de mon amour pour lui, mais combien son amour pour Veronica servait de catalyseur à mon lien avec elle. C’est comme si l’inconditionnalité de son regard sur elle m’avait maintenue dans un déni artificiel de tout ce que ce personnage et cette série avait de problématique. 

Depuis qu’il est mort je n’en finis pas de voir ce qui cloche. Que ce soit le caractère psychologiquement bizarre et illogique des crimes que la série dépeint ou la récurrence des relations toxiques à sens unique dans la vie de Veronica qui traite ses ami.e.s aussi mal que son père, en passant par l’infantilité exaspérante des postures de Miss Mars. Je me rends compte aussi qu’en fait Rob, tes copains et toi vous traitez presque toutes vos créations un peu mal. Vous instrumentalisez vos personnages pour vos besoins, vous les torturez, leur volez toute leur évolution, parfois leur caractérisation, souvent leur marge de manoeuvre.

Il y avait pourtant tant à aimer à Neptune. La musique, les blagues, le charme transcendant de Kristen Bell. Je me sens bafouée aussi parce que je sais que je ne saurais remplacer Veronica Mars dans mon cher panthéon, je suis condamnée à devoir lui pardonner ou à m’habituer à un trou béant dans le paysage. 

Durant mes premières années de fièvre marsienne, j’avais remarquée que dans toutes ses enquêtes Veronica avait systématiquement tort. Elle avait toujours une théorie ultra cynique qui s’avérait totalement fausse, pas que la résolution de ses enquêtes mène à des vérités bien plus glorieuses. Pour moi cela montrait la profondeur du propos : Veronica conditionnée par sa paranoïa et sa tendance à juger tout et tout le monde ne pouvait envisager le monde tel qu’il était vraiment. Ce manque regrettable de compréhension de la condition humaine, je le prenais pour une conséquence de son immaturité et de son incapacité à avoir accès à sa propre vie émotionnelle. Mais la saison 4 démontre que Rob n’a jamais cru en son évolution. Ce qui était touchant chez une fille de 17 ans est cruellement décevant chez une femme de 35 ans. Comme dirait un autre personnage de mon panthéon :



Que reste-t-il de nos amours? – Trenet

La question reste à savoir si ma relation à Veronica Mars, tout du moins sa première saison, sa bande originale, les scènes du film et de la saison 4 où Logan, aussi retenu et souvent triste qu’il soit, irradie tout de même une sensibilité si rare que je ne peux me résoudre à m’en séparer pour toujours, peut être sauvée. J’ai perdu toute confiance en Rob, mais qu’en est-il des fruits de notre amour?

On s’interroge souvent, ces dernières années, sur la nécessité ou la possibilité de séparer une œuvre de son créateur dans le cadre d’une personne détestable, aux convictions ou actes terribles. Mais qu’en est-il de notre capacité à le faire quand le crime n’est pas contre des humains mais contre l’œuvre même qu’ils ont créée, un mal qu’on pourrait appeler le syndrome George Lucas. En vérité c’est difficile de reprocher moralement à quelqu’un les œillères de son regard biaisé sur le monde ou sur sa création. 


L’acte de trahison originel

J’ai plutôt envie de me souvenir des raisons pour lesquels je lui ai tant donné ma confiance. De ce soir de 2013 où j’ai appris le lancement d’un Kickstarter pour financer un long métrage et que j’ai parlé de la série sans discontinuer à cette connaissance qui n’était pas encore une amie mais qui avait eu le malheur de décider d’aller au restaurant ce soir-là avec moi. Des années plus tard, elle m’a confié qu’elle n’avait jamais oublié la passion avec laquelle je lui avais parlé de Veronica Mars et la profonde joie qui se dégageait alors de moi. Je n’ai pas hésité un seul instant avant de contribuer, car je comptais sur Rob et Kristen pour prendre soin de notre petit, pas comme je l’entendais moi d’ailleurs, car ma confiance en leur jugement était totale. Il ne me serait pas venu à l’idée d’être intrusive vis-à-vis du processus créatif. J’étais persuadée qu’on était à présent en parfaite entente vu leur insistance sur la présence de Logan dans l’histoire. Aujourd’hui je me dis avec tristesse que Rob ne l’avait alors brandi que comme un leurre auquel il ne croyait pas lui-même, alors que j’y voyais la marque de sa volonté de prendre la psychologie de son personnage au sérieux. 

Et c’est là que l’histoire devient réellement tragique : les justifications insultantes du créateur montrent qu’il n’a jamais compris ce que LoVe représentait. Il nous a jugés comme des pauvres groupies qui ne savaient pas ce qui étaient bon pour eux/elles. Il nous a considérés comme une horde de fans écervelés, et à présent il nous traite à peine mieux que des trolls. Pourtant ce n’est pas la relation qu’il semblait entretenir avec ses fans jusque là. Il semblait ne pas avoir de problèmes avec notre passion à l’époque du Kickstarter. Il aimait qu’on prenne ses histoires au sérieux quand on allait dans son sens… Je sens que je tourne amère, et je commence à radoter, il faut que je sorte de ce cercle vicieux, plus de porte de sortie possible : le divorce est vraiment inévitable !


Et maintenant on regarde quoi? – Simkovitch

Si je continue à retourner le problème de mon deuil dans tous les sens c’est parce que je continue à me débattre contre la fatalité de mon sort. J’en arrive aux limites de mon propre contrôle. Je peux rationaliser tant que je veux mais Logan, un personnage qui représentait tant pour moi, notamment à cause de son portrait dans cette satanée saison 4, est mort. Je dois vivre avec cette réalité qui donne un accent de tragédie à tout son parcours et tout ce qu’il avait réussi à surmonter. Cela me déprime fondamentalement pour moi-même et pour tous les êtres abîmés de ma vie et de ce monde. 


Une héroïne sacrifiée

Et puis il y a Veronica, condamnée à la solitude. À en croire les différentes interviews postmortem, Logan serait effectivement l’âme soeur de Veronica et sa mort était « nécessaire » pour garantir à la détective un statut solitaire permanent. Je ne pense pas que Rob Thomas réalise que c’est bien malheureusement une malédiction qui frappe nombre de femmes qui partagent la singularité de Veronica. Si l’intensité de ma tristesse semble revenir en vagues de plus en plus lacrymales, c’est aussi parce qu’il est dur de rester une femme indépendante et sûre d’elle dans ce monde sans croire que cette indépendance nous l’obtenons au prix de l’amour, au prix d’être aimé. Or Logan était une des rares représentations d’une imaginable contre-argumentation. Pourtant Rob semble confirmer un état de fait. Il soutient ne pas vouloir tenir de discours misogyne mais il réduit de fait le champ des possibles en éliminant toute chance de combiner amour et raison d’être. La fiction subversive est mon arme ultime contre les messages réducteurs et nuisibles de la société quant à mes choix de vie. Et voilà qu’un de mes refuge vient de me trahir, me laissant totalement démunie contre la violence de ce carcan. 

Peut-être que si c’est si dur à vivre, c’est aussi parce que notre chère littérature française nous a déjà traumatisés notre adolescence durant avec des fins tragiques en queue de poisson : Armance, Le Rouge et le Noir, On ne badine pas avec l’amour. Autant d’histoires amoureuses vouées à l’échec sans trop qu’on sache pourquoi mais qui ont réussi à mettre dans le crâne de générations que l’amour ne peut être vrai, ne peut être fou, ne peut être merveilleux que s’il est condamné. Quelle leçon de merde si vous permettez l’expression ! A se demander s’il s’agit là d’une étrange prise de pouvoir par un auteur sur des personnages qu’il préfère réduire en poussière plutôt que de les laisser exister au-delà de son oeuvre. 

Nous continuons donc à porter notre malheur programmé de spectateurs, privés de toute la richesse d’un portrait de couple. Et soyez prévenus, le premier qui ose utiliser le terme « Syndrome de Clair de Lune »  je le tape avant de lui rappeler que si cette série là s’est effondrée ce n’est pas parce que les personnages sont passés à l’acte mais bien parce que la série n’a jamais pu écrire leur relation, Cybill Shepherd étant tombée enceinte et ayant demandé à ce que son personnage quitte l’agence pour les 12 épisodes suivant l’accouplement fatidique. Bref, c’est pas parce que tant ont manqué du courage nécessaire pour écrire ces histoires qu’elles n’ont pas de valeur à exister !


Le coup de grâce

Et si vous continuez à trouver que j’exagère en parlant de mon trauma, sachez que Diana Ruggiero Wright, collaboratrice de Rob depuis l’épisode 2 de la première saison, a été incapable de regarder le dernier épisode. Elle a lu le script mais préfère rester avec une vision heureuse de Veronica et Logan plutôt que de s’infliger ce final. Dans ce cas, pourquoi nous l’infliger à nous ? Etait-il nécessaire de le faire à ce moment précis de la série ? Sans pour autant donner sa place à un véritable au revoir. Cela semble un coup bas plus qu’autre chose. 

En somme nous avons été dépossédés de notre marge de manoeuvre, Rob nous a imposé sa fin tragique sans notre consentement. Un peu comme Veronica qui, dans ces derniers instants, est une figure presque autant sacrifiée que Logan. La détective tout terrain, qui n’a pas pensé à vérifier que le sac était dans sa voiture, qui n’a pas compris la référence au fuseau horaire de Fidji et a réussi à tant enrager son ennemi qu’il désire la tuer, est responsable de la mort de son tout nouveau mari, de l’amour de sa vie, de son salut. En fait, elle a toujours autant tort qu’avant. 

Il est bien difficile de ne pas avoir l’impression que Rob a tout brûlé : le bonheur de son héroïne, Logan, Neptune, tous ses personnages secondaires et notre sensibilité par la même occasion sur l’autel de son entêtement à vouloir écrire une histoire qui n’existe plus. Comme s’il courait toujours éperdument après la série qu’il pensait créer en 2004. Quel orgueil, quel erreur de calcul, quelle cruauté vis-à-vis de la série dont il était responsable. 

En définitive il nous a donné une fin bien plus régressive qu’on ne le méritait : il a choisi de rendre le tout premier commentaire à haute voix de Veronica dans ce pilote il y a quinze ans terriblement prophétique :
« Life’s a bitch until you die… »
En fait il nous avait prévenus ?


La liberté du fan

Non ! Je refuse de jouer son jeu, je me libère, je me rebelle, je sauve Logan.

Je vais faire ce que les sériephiles ont dû faire depuis l’invention des séries : je vais garder ce que j’aime et ignorer ce qui me fait mal. Du coup en attendant d’avoir le temps d’écrire ma toute première fan fiction, je décide de rester sur cette fin là.

Come back to me too Logan…

Yaële, tombée à 5 ans dans les séries, à 10 dans les screwball comédies américaines, à 14 dans "Loïs & Clark" a vu toutes ses passions se conflagrer violemment à 18 ans avec la découverte de "Buffy The Vampire Slayer", l’œuvre qui allait dominer sa vie adulte. Devenue aujourd'hui Geek professionnelle (pour justifier sa consommation astronomique d’œuvres de culture populaire), elle aime réfléchir aux interactions entre la fiction et le monde dans les pages de magazines pour aficionados, sur la scène de Comic Con Paris, dans des conférences de sériephiles ou dans son podcast Parlons Pop et Parlons Bien. Dans sa seconde vie, elle écrit des scénarios et est consultante en écriture de série.

7 Comments

  • Pau

    Je viens de lire ton essai (c’est presque ça non ?). Maintenant je vais digéré un peu.
    Mais quoi qu’il en soit, je veux te dire MERCI pour ça.

    C’est brillamment écrit bien sûr (les papiers des critiques sont vraiment médiocres à côté).

    Mais surtout je me reconnais. Donc Merci. Merci milles fois.

    Et si je peux rassembler mes idées, mes pensées et m’exprimer à nouveau je le ferai. Il me faut un peu de temps, je crois.

    • Yaële Simkovitch

      Merci, cela me touche beaucoup. Je souhaitais avant tout partager mon émotion avec ceux et celles qui s’y reconnaitraient 😉 Me voilà comblée.
      Prends ton temps, mais n’oublie de partager ton ressenti aussi 🙂
      Yaële

      • Alicia

        Bonjour,
        Merci pour cet article qui résume si bien ce que beaucoup pense y compris moi.
        Pour ma part la fin de la série c’est leur mariage. Et je ne regarderais pas la suite des aventures de veronica. Car j’estime que bien que ce ne soit peut être pas l’idée de base de rob, il n’en reste pas moins que veronica mars sans Logan, ça n’a plus la même saveur. Comme tu l’as si justement dit dans ton article, les enquêtes de veronica et son histoire avec logan sont devenues indissociable l’une de l’autre. De ce fait, si Logan avait survécu mais que veronica avait décider de travailler dans un fast food et que la saison 5 avait été orientée comme une série humoristique dans laquelle on voit veronica parfaitement heureuse en ménage et qui s’éclate à la 2 broke girls, ça n’aurait, également, pas eu beaucoup plus d’intérêt à mes yeux.
        Je suis entièrement d’accord concernant Rob, je pense que sa vision de la vie et de l’amour est affreusement pessimiste voir malsaine. Pourquoi ne pourrait elle pas être à la fois une détective hors pair et une femme plus ou moins épanoui en ménage ? Car comme tu l’as dit, également, le mariage ne résout pas les problèmes de couples et la vie n’est pas toute rose après, bien loin de là. Une vie maritale n’est pas un long fleuve tranquille. Et bien qu’on espère qu’il y ait plus de bons moments il y aussi malheureusement des moments plus compliqué, qu’il faut apprendre à surmonter. Et c’est ce qui fait souvent la force d’un couple que de réussir à les surmonter ensemble. Ça leur permet de grandir.
        Enfin, je terminerais sur le fait que si Rob pense faire mieux que Melissa Rosenberg je lui souhaite bien du courage. Car ce qu’il a décrit comme sa vision de sa série veronica mars ressemble étrangement à un plagia de Jessica Jones…

  • Ghita

    je n ai pas encore vu la 4 ème saison je l attendais avec impatience maintenant je suis déçue et frustrée le même sentiment que j ai eu quand j ai su qu’il n’y avait pas une autre saison mais à la sortie du film j ai été pleine d espoir vous venez de décrire exactement mes sentiments merci pour cette article qui M a un peu réconforter en sachant qu il y a d autres personnes qui ressentent comme moi je veux dire que la fiction est faite pour nous donner du plaisir pas pour nous ramener sur terre

  • Emy

    Il me restait deux épisodes de la saison 4 à regarder mais quand j’ai vu sur twitter qu’il y avait une longue confession sur celle-ci, j’ai été curieuse même si tu as bien écrit que c’était à lire que si on avait vu toute la saison 4, après t’avoir entièrement lu, je n’ai plus très envie de regarder les 2 derniers épisodes, j’ai l’impression que je vais ressentir l’horrible peine, certainement même plus intense que celle ressentie lors du dernier épisode de « The Vampires Diaries » avec la mort de Stefan, je n’avais jamais autant pleuré pour une série ou un film, j’ai détesté cette fin et j’en ai beaucoup voulu à la créatrice « Julie Plec », il m’a fallu des mois pour ne plus penser à cette horrible fin. J’ai découvert la série  » Veronica Mars » alors qu’il y avait déjà les 3 premières saisons de sorties, je les ai regardé en quelques jours, je n’arrivais plus à m’arrêter, Logan était mon personnage préféré avec Veronica, quand ils se sont séparés, d’ailleurs à chaque fois, je ne voulais qu’une chose, c’est qu’il soit à nouveau ensemble, c’est certainement très « guimauve » voir complètement naïf mais j’aurai aimé que malgré leur passé et tout ce qu’ils avaient subi, ils finissent heureux, la vie réelle est assez dure et compliquée, si dans la fiction, on nous fait vivre la même chose, ça sert à quoi, franchement ?! Cette fiction on la vit en parallèle et on ne rêve que de deux choses, la première, c’est que la série dure le plus d’année possible et qu’elle ne finisse pas tragiquement, comme tuer un personnage que l’on adore. Pour moi, leur amour était magique ou comme disait Logan « épique », je ne voyais pas Veronica sans Logan, je pense sincèrement que sans Logan et leur amour, la série n’aurait pas eu le même attrait, je n’ai pas du tout aimé quand Veronica était avec Duncan Kane ou Léo et encore moins avec « Piz », je n’ai jamais accroché, il n’y avait pas d’alchimie, pas d’amour ni de vraie relation, malgré leurs difficultés et leurs différentes séparations, ils sont toujours revenu un vers l’autre comme des âmes sœurs, à quoi ça servait, hein Rob ?, de les remettre ensemble, pour finir par nous planter un couteau dans le dos avec cette fin tragique que Yaële décrit, ils ne méritaient pas ça et nous, encore moins !!! Rob a eu besoin de la participation de tous les fans pour pouvoir créer le film, et on était heureux d’avoir enfin une suite car je n’ai pas aimé, comme beaucoup, comment la saison 3 s’est terminée mais après tout cela, c’est comme ça que Rob nous remercie , je suis vraiment dégoutée et très triste alors que je n’ai pas encore vu l’épisode tragique. Pour ma part, sans Logan, pas sûr qu’il y aurait eu une deuxième saison et malgré tous les fans qui ont soutenu et aimé la série ainsi que leur protagoniste, on se prend une vraie gifle, bonjour le retour sur terre, à la fin, de ces 15 ans, il ne nous reste que de la frustration, de la peine, de la colère et du dégoût. Alors bravo Rob… Vraiment génial, merci de nous avoir fait souffrir autant, bref comme dans la vie réelle.

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