Films

90’s : Nineties & skate fever

Après avoir foulé les plateaux de tournage sous la houlette – entre autres – de Martin Scorsese, les frères Coen, Quentin Tarantino, Judd Apatow et plus récemment Gus Van Sant et Harmony Korine, Jonah Hill passe pour la première fois derrière la caméra avec 90’s. Le comédien signe un coming of age sur fond de skate simple dans sa forme, mais d’une justesse terriblement touchante.

« Et pourquoi tombons-nous ? C’est pour mieux nous relever ! » dit Thomas Wayne à son rejeton  Bruce dans Batman Begins (2005) de Christopher Nolan. Une réplique qui sied très bien à Stevie  (Sunny Suljic), préadolescent haut comme trois pommes en quête de lui-même. Comme le petit  Bruce, il enchaîne les chutes et les coups, et a la faculté impressionnante de toujours se remettre  debout. N’est-ce cependant pas là, la réalité même de la vie ? Des hauts, des bas, des coups, des doutes, des joies, des peines, etc. Soit. Mais cette réplique tombe à pic pour illustrer la fresque dépeinte dans 90’s, coming of age sur fond de skate, où les chutes font partie intégrante de cette discipline underground.

L’action se déroule dans le Los Angeles des années 1990. Stevie, 13 ans, a du mal à trouver sa place. Il n’a pas vraiment d’amis, et côtoie la majeure partie de son temps une mère dépassée, souvent absente (Katherine Waterston), et son grand frère Ian (Lucas Hedges), sujet à d’impressionnants accès de violence. La séquence d’introduction filme crûment la brutalité inouïe dont fait preuve l’aîné, et nous comprenons rapidement lors de la scène suivante que Stevie encaisse les coups de celui qui est finalement son modèle. Mais quand une bande de skateurs le prend sous son aile, il se prépare à passer l’été de sa vie…

Si Jonah Hill est loin de révolutionner les codes du coming of age, force est d’avouer qu’il réussit malgré tout son coup. Les premiers émois amoureux, les premières soirées alcoolisées, la place dans un groupe, la relation fraternelle, l’amitié, la solitude, la violence… Tous ces motifs sont évoqués dans le film, sans grande innovation. Pourtant, les tribulations du petit Stevie touchent profondément. Pour épater la galerie, et notamment ses nouveaux amis, il n’hésite pas à tenter un trick du haut d’un toit sans prendre suffisamment de vitesse, quitte à s’ouvrir le crâne. Autant de prises de risque, et de gamelles, qui rendent ce protagoniste captivant, aussi puissant que fragile.

Le réalisateur a par ailleurs un don certain pour raviver la flamme des années 1990. Housse de couette Tortues Ninja, T-shirts aux imprimés cartoonesques, posters de Mobb Deep et du Wu-Tang accrochés au-dessus du lit, sans parler de sa bande originale géniale (où se mèlent Big L, Cypress Hill, Nirvana, The Pharcyde, Pixies ou encore les compositions planantes de Trent Reznor et Atticus Ross), 90’s ravira tous ceux qui, comme Jonah Hill, ont grandi dans les années 1990. Le réalisateur parvient également à captiver, malgré la simplicité de sa mise en scène, par le biais de ses comédiens. Il dépeint avec justesse la jeune population côtoyant les skateparks comme leurs états d’âmes sans jamais tomber dans le surplus mélodramatique. L’« esprit de meute » de la bande est observée avec finesse et le spectateur s’embarque bien volontier dans les tribulations de ce groupe attachant. On salue au passage les prestations des jeunes comédiens non professionnels qui ont su, par leur personnalité et la direction de Hill, donner de l’épaisseur à leur personnage en gardant toujours un ton juste. Jonah Hill pose un regard tendre, sobre et sincère sur l’adolescence qui touche et fait un bien fou. Film « coup de chance » ou non pour le cinéaste, l’avenir nous le dira !

Réalisé par Jonah Hill. Avec Sunny Suljic, Katherine Waterston, Lucas Hedges… Etats-Unis. 1h24. Genres : Comédie, drame. Distributeur : Diaphana Distribution. Sortie le 24 Avril 2019. 

Crédits Photo : © D. R. 

Camille Griner

Touche-à-tout, Camille a écrit et réalisé plusieurs courts métrages, et tenu différents postes sur des projets courts (première assistante, chef opératrice, cadreuse, scripte, photographe de plateau). Elle officie également en tant que directrice de casting sur des courts et moyens métrages. En parallèle, elle écrit pour Les Ecrans Terribles et Boum! Bang!, photographie compulsivement tout ce qui l’entoure, et voue un culte inexplicable aux ratons laveurs et aux Clash, entres autres.

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