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La Déesse des Mouches à Feu : Ardente adolescence

Coming of age, récit d’une chute, portrait sensoriel d’un âge tumultueux : en multipliant les grilles de lecture, La Déesse des Mouches à Feu trouve une identité propre dans le registre pourtant encombré des films sur l’adolescence et nous présente une héroïne bouleversante qu’on n’a pas envie d’oublier.

Les coming of age sont nombreux au cinéma comme en littérature. Tellement qu’il devient parfois difficile d’en trouver de véritablement mémorables. En 2014, Geneviève Petterson chamboulait les lecteurs québécois avec son premier roman. Un livre « à dévorer avec Kurt Cobain à fond dans les oreilles », précisait la couverture. Avec son style à la première personne, son amour des années 1990 et son héroïne fascinée par Christiane F. et Mia Wallace de Pulp Fiction, La Déesse des Mouches à Feu a marqué les esprits, au point d’être étudié dans les salles de cours de la Belle Province. Tombée en amour pour ce roman, Anaïs Barbeau-Lavalette s’est emparée de son histoire. Celle de Catherine, 16 ans, qui voit ses parents se séparer avec fracas le jour de son anniversaire. De fille discrète qui observe les choses se dérouler sous ses yeux, elle va progressivement devenir plus affirmée, voire tête brûlée. Des amitiés vont se forger, des amours et des substances seront consommées, des limites vont être franchies. L’adolescence dans tout ce qu’elle peut avoir d’incandescent, en somme !

Si la figure de l’ado qui se libère de ses chaînes est une figure courante des coming of age, force est de constater que Catherine est l’atout numéro 1 de celui-ci. Tour à tour mutique, émerveillée, charmeuse ou égarée, mais aussi butée et limite insupportable, elle est le cœur vibrant de cette histoire. Au fil des rencontres et des expériences, elle passe de l’ado mal dans sa peau, intimidée par « les gens cool » du lycée, à battante féroce et déchaînée, prête à prendre ce qu’elle veut et à saisir les occasions qui se présentent. D’observatrice, elle devient actrice. Et ce regard, ah ce regard ! Catherine capte autant qu’elle captive. Ce regard posé sur les choses, elle nous le transmet, sans détour. Dans toute sa poésie, dans toute sa beauté, dans toute sa brutalité. Anaïs Barbeau-Lavalette a bien compris le potentiel de son héroïne (et de son interprète Kelly Depeault). Au centre de chaque scène, la jeune fille aux yeux azur aimante la caméra. Quand le monde explose autour de Catherine, il entre violemment en collision avec sa bulle. Quand ses parents s’inquiètent pour elle de manière (lui semble-t-il) déraisonnée, ils s’introduisent brutalement dans le cadre. Comme des intrus. Car n’est-ce pas ce que sont les parents quand ils viennent perturber l’univers qu’on se construit (sans eux) à seize ans ?

En épousant son point de vue à chaque instant, La Déesse des mouches à feu nous fait vivre l’adolescence de Catherine dans toute son ardeur. Ses erreurs, ses errances. Ses expériences, ses émois. Son envol, sa chute. Tout est vécu de l’intérieur, avec l’intensité d’un âge où on se fout des limites et où on se livre pleinement, sans mur autour du cœur pour se protéger. Pour Catherine, les beaux moments sont merveilleux. Les découvertes du corps de l’autre, poétiques et d’une grande sensualité. Et les moments rudes, eux, dévastateurs. Quand elle franchit la ligne, elle ne s’arrête pas juste derrière. Quand la vie lui met une gifle, elle est retentissante. On pourrait retenir plein de choses de cette Déesse des Mouches à Feu. Sa fureur, son côté punk, sa photo, son ensemble d’interprètes. Mais c’est bien ce caractère sensoriel qui nous marque et nous émeut. Celui qui met le monde à portée de pupilles, de doigts ou de narine. Celui d’une jeune fille en retrait coupé de tout, qui se révèle avide de sensations. Les belles comme les moins belles, les pures comme les néfastes. Au point de jouer avec le feu et de s’en cramer les doigts.

Réalisé par Anaïs Barbeau-Lavalette. Avec Kelly Depeault, Eléonore Loiselle, Marine Johnson… Canada. 01h45. Genre : Drame. Distributeur : Les Alchimistes. Interdit aux moins de 12 ans. Sortie le 10 novembre 2021.

Crédits Photo : © Laurent Guérin.

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi. Une identité se forge quand elle peut ! Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Voue un culte à Zach Braff, Jim Carrey, Guillermo DelToro, Buffy et Balthazar Picsou.

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