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Milla (Babyteeth) : Jeunesse éternelle

Après son passage par le court métrage et plusieurs séries australiennes, la réalisatrice Shannon Murphy débarque au cinéma avec Milla (Babyteeth). Un premier long métrage lumineux et émouvant qui évite les clichés malgré son sujet (très) casse-gueule.

Milla (Eliza Scanlen) n’est pas une adolescente comme les autres. Elle est atteinte d’un cancer, et vient d’entamer sa chimiothérapie. Sur le quai d’une gare, elle croise la route de l’exubérant Moses (Toby Wallace), un marginal de 23 ans viré avec perte et fracas par sa mère. Le feeling passe rapidement entre ces deux personnalités antipodiques, au point que notre jeune fille de bonne famille propose même à son nouvel ami d’emménager chez ses parents. Géniteurs réticents face à cette relation, à commencer par son père (Ben Mendelsohn), psychothérapeute, comme sa mère (Essie Davis), qui use de cachetons pour faire face à la maladie de sa fille. Et quand Milla tombe amoureuse pour la première fois, c’est toute sa vie et celle de son entourage qui s’en retrouvent chamboulées.

Une jeune fille en phase terminale retrouvant goût à la vie dans les bras d’un jeune homme hors des clous, voilà un pitch qui ne suinte pas (du tout) l’originalité, et laisse même craindre le pire. On échappe cependant aux violons en pagaille et à l’avalanche de mouchoirs à la sauce Now Is Good (2014) ou Nos Etoiles Contraires (2014).

Dans Milla, la réalisatrice choisit plutôt de prendre le sujet grave et casse-gueule du deuil anticipé – maintes fois traité au cinéma en poussant parfois excessivement le pathos – à contre-courant, en omettant tout sentimentalisme. La cinéaste trouve un juste équilibre entre la comédie et le drame, par le biais de situations aussi banales que cocasses, et des personnages à la fois bousculés et attachants. Shannon Murphy dresse le portrait d’une famille aimante confrontée à l’insurmontable, et dont le dysfonctionnement vire par moment au grotesque. Aucun protagoniste ne tient sa place au sein du cocon familial, notamment les parents – tous deux brillamment campés par Mendelsohn et Davis – dont les rôles s’inversent régulièrement avec celui de leur fille, qui se retrouve parfois à consoler ces derniers de sa disparition imminente. Et si Milla tombe amoureuse d’un garçon qui ne sied pas à ses parents, cette romance est sans doute la chose la plus sensée de son environnement.

On ne voit que peu de choses de l’évolution de la maladie de Milla, relayée presque au second plan par moment, pour mieux mettre en avant les aléas du quotidien avec ces jours radieux, et d’autres plus sombres. La construction même du film, tout en ruptures et intertitres couleurs bonbons, illustre avec délicatesse les sentiments instables des différents personnages. Le dérèglement de cette famille face à des émotions inédites et violentes est magnifié par la photographie lumineuse et colorée du film. Milla, c’est l’éclosion d’une jeune fille au destin injuste, et dont la jeunesse sera éternelle. S’apparentant par moment à une enfant, puis à une jeune adulte (par le biais d’un jeu avec son apparence via ses multiples perruques colorées), Milla est une adolescente pleine de vie et d’amour qui n’a que quelques mois pour devenir une femme. On s’émeut face à ce film au sujet si douloureux qui parvient à prendre des allures de feel good movie par endroit sans rien édulcorer.

Réalisé par Shannon Murphy. Avec Eliza Scanlen, Toby Wallace, Essie Davis, Ben Mendelsohn… Australie. 01h58. Genre : Drame, comédie. Distributeur : Memento Distribution. Sortie en salles le 28 Juillet 2021.

Crédits Photo : © Memento Distribution.

Camille écrit et réalise des courts métrages, et officie en tant que directrice de casting sur de nombreux projets. Après un passage chez Studio Ciné Live, Clap! Mag & Boum! Bang!, elle est rédactrice chez Les Écrans Terribles depuis 2018.

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