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The Act l Saison 1 : Comment j’ai tué ma mère

Diffusée en mars 2019 sur Hulu, la première saison de The Act est maintenant disponible en intégralité sur Starzplay. Une saison glaçante en huit épisodes, portée par un duo de comédiennes bluffantes.

The Act est une série d’anthologie, diffusée à l’origine sur Hulu, dont chaque saison se concentre sur une véritable histoire de crime parmi les plus étranges. La première saison, maintenant disponible en intégralité sur Starzplay, se penche sur l’assassinat de Dee Dee Blanchard (Patricia Arquette) orchestré par sa fille Gipsy Rose Blanchard (Joey King). Cette dernière est une jeune fille handicapée à la voix fluette bercée par les princesses Disney depuis l’enfance. Quant à sa mère Dee Dee, elle ferait n’importe quoi pour son enfant et passe auprès de tous pour la mère la plus aimante et dévouée du monde. Mais les apparences sont trompeuses, et Gipsy Rose, arrivée à l’adolescence (et en quête du prince charmant), va tout faire pour échapper à sa mère surprotectrice atteinte du syndrome de Münchhausen par procuration. Il y a des histoires si sordides qu’on aimerait qu’elles ne soient que pure fiction. On reste cependant scotché devant The Act comme le sont des automobilistes face à un accident de voiture. Le morbide fascine par l’ambivalence des émotions qu’il suscite : empathie pour les victimes d’un côté, mais aussi soulagement de ne pas vivre ces malheurs et d’en être simplement spectateur de l’autre. Cela conjure par la même occasion nos angoisses profondes. 

Tandis que le premier épisode s’ouvre sur un carton indiquant « based on real events », puis un long travelling avant anxiogène dans une maison sans dessus dessous avec en voix off une communication vive entre la police et les voisines très inquiètes des Blanchard, j’ai rapidement eu envie de vérifier la véracité des faits sur l’Internet après deux épisodes. Et cette histoire effroyable est tout bonnement véridique. Un mélange de fascination et d’horreur s’est donc emparé de moi. Fascination face à cette mère perverse qui ne veut pas voir grandir sa fille pour mieux la garder auprès d’elle. Et surtout horreur face aux violences physiques et psychologiques que Dee Dee inflige de force à sa fille afin qu’elle paraisse malade aux yeux de tous pour récolter de l’argent de l’État et d’associations caritatives, mais aussi pour bien faire comprendre à Gipsy qu’elle ne peut pas vivre sans elle. Un état double, et dérangeant, qui m’a fait comprendre que « l’anormal » de cette histoire atroce me rassurait sur ma propre « normalité ». Nous connaissons tous des gens prêts à tout pour avoir le sentiment d’être aimés et ne pas rester seuls. Et il nous arrive aussi parfois de côtoyer quelqu’un qui profite abondement du système, mais jusqu’où cela peut-il aller ? Imaginez le pire, et sachez que Dee Dee Blanchard est allée encore plus loin. 

Parce que oui, malgré sa tignasse rasée, son fauteuil roulant et sa sonde gastrique, Gipsy Rose est en réalité une jeune femme sans problème de santé qui peut tout à fait marcher. C’est là que le titre de la série prend également tout son sens : The Act, « Le numéro ». Tout n’est en effet que poudre aux yeux chez les Blanchard et quand les masques tombent, la vérité est terrifiante : Gipsy joue les invalides contre son gré, forcée par sa mère qui joue elle-même la Mère Courage dans une quête effroyable d’attention. La série se concentre sur le moment où Gipsy Rose se met à (beaucoup) rêver au prince charmant et à l’amour avec un grand A, chose que sa mère lui refuse catégoriquement. Plus la jeune fille tente de sortir de ses jupons, plus Dee Dee se révèle violente. Ce qui causera finalement sa perte. Les têtes d’affiche de cette saison, Patricia Arquette (auréolée de deux statuettes pour ce rôle) et Joey King s’illustrent largement grimées ici, et donnent l’impression d’avoir paradoxalement pris du plaisir dans l’interprétation de ces deux personnages. Portée par deux comédiennes captivantes, la première saison de The Act hypnotise par sa mise en scène colorée qui contraste habilement avec son scénario macabre. L’intrigue se déroule sur plusieurs temporalités, et on ressort bouleversé, et profondément choqué, par l’histoire de cette jeune fille, jugée pour meurtre en 2015 et aujourd’hui encore sous les barreaux. Une peine de dix ans que la véritable Gipsy Rose Blanchard vit comme la période la plus libre de son existence. Glaçant.

Créée par Nick Antosca & Michelle Dean. Avec Patricia Arquette, Joey King, Chloë Sevigny, AnnaSophia Robb… États-Unis. 8 Épisodes x 60 minutes. Genres : Drame, Thriller. En intégralité sur Starzplay.

Crédits Photo : © Brownie Harris.

Touche-à-tout, Camille écrit et réalise des courts métrages, et officie en tant que directrice de casting sur de nombreux projets. Elle est également la rédactrice en chef des Écrans Terribles depuis mai 2021. Sur son temps libre, elle photographie compulsivement tout ce qui l’entoure, et voue un culte inexplicable aux ratons laveurs, aux bandes originales mélancoliques et au grand écran, entres autres.

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